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Billet de blog 17 janvier 2026

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JOURNAL D'UNE ÉVADÉE / 1 : L'amicale des témoins. Les médecins

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Aujourd'hui l'amicale des témoins c'est à dire ceux ceux qui assistent aux violences ou les repères souvent même avant nous, ceux vers qui l'on se tourne en premier lieu, a peur. Pour exemple je prendrais ici le cas des médecins. Pas facile tous les jours d'être une super maman, par exemple en cas de grippe. 

On a un gros passif W. et moi côté maladie, parce que Monsieur était souvent absent et même que même présent il ne s'est jamais occupé des soins. Il ne lui donnait pas ses médicaments, ne lui lavait pas le nez, ne le mouchait pas etc... Résultat des maladies qui s'aggravent et nous envoie aux urgences. Comme ça ça paraît anecdotique oui sauf que : W. a souffert de reflux gastro oesophagien, ce qui lui a valu petit, une oesophagite (irritation de l'oesophage rendant l'alimentation douloureuse). Parcours classique d'abord du gaviscon pour tapisser l'oesophage. Pas d'amélioration. Donc inexium pour éviter les remontées acides. Pas d'amélioration. Tentative de changement de molécule, sans résultats. Malgrè les médicaments des otites à répétition et des laryngytes qualifiées d'asthmétiformes donc antibiotiques sur antibiotiques. Un enfant continuellement malade mais sans retard de croissance avec un poids normal. W. a fait des échographies, des prises de sang, des tests allergologiques, une naso fibroscopie... Puis quand le reflux est passé une fissure anale, des irritations du pénis et un refus catégorique de l'examen de ses parties génitales. 

A l'époque je m'étais inscrite sur des groupes facebook de mamans portant sur le RGO (reflux gastro-oesophagien pour les intimes) et HPI (Haut potentiel intellectuel). Je me souviens du post d'une maman qui avait filmé sa fille et la soupçonnait d'autisme ou de TDHA. La petite devait avoir trois ans, elle jouait en marmonnant sur un ton monocorde, ses gestes étaient répétitifs, elle ne semblait y trouver aucune satisfaction. Elle répétait des gestes mécaniques complètement absorbée par sa tâche. Aujourd'hui je me rend compte qu'il s'agit ici d'un comportement typique d'une enfant traumatisée1. Alors, je me demande à quel point la mode actuelle de diagnostiques précoces d'enfants TDHA ou relevant du spectre autistique, ne cache pas une totale méconnaissance, et donc une absence de dépistage, des traumatismes psychologiques chez les jeunes enfants. 

Au moment de la fissure anale de W. je me suis confrontée à des médecins prudents voir peureux, qui ont déjà été je cite : « amenés à comparaitre à Nanterre, accusés d'avoir pris le partit de la mère ». Des psychologues qui ne répondent plus au téléphone après un premier entretien avec mon fils. Des médecins qui refusent d'attester de la parole de notre enfant alors qu'ils en ont l'obligation légale. L'article 226-14 du Code pénal prévoit une obligation de signalement et autorise même la levée du secret médical dans certaines situations2  Le code de déontologie médicale et l’ordre des médecins insistent sur une approche mesurée fondée sur l'article R.4127-44 : Le médecin doit signaler les cas où un mineur est en danger, MAIS il doit veiller à agir en conformité avec la loi et le respect des droits des personnes concernées.

C'est sur cette ambiguïté que se base de nombreuses répressions à l'encontre de médecins exerçant leur devoir de signalement. Oui de nombreux médecins se sont vus suspendu.e.s pour avoir constaté des coups portés sur des mineurs. Constatations difficilement sujettes à interprétations dans des situations de maltraitances physiques vous en conviendrez. Le Docteur V. Belpomme par exemple, médecin experte agrée CNAMED3, experte auprès du tribunal administratif de la cour d'appel de Paris et de Versailles, et référente MIPROF4. a été accusée en 2024 d'avoir TROP signalé et menacée de suspension par l'Ordre des médecins. 

Lorsque W. a eu sa fissure anale mes questions étaient : "Est-ce le signe d'un abus sexuel ? Est ce que cela peut constituer une preuve ?". Avant même d'établir qui était l'auteur. La réponse de son médecin, mais aussi de tous les médecins de mon cercle amical ou familial a été  : "Cela peut arriver en cas de constipation". MAIS il n'était pas constipé, alors ? Pas de réponse. Jusqu'à la pharmacienne à qui j'ai demandé : "Mais vraiment cela arrive souvent les fissures anales à des petits enfants ?" Elle me répond : « Moi mes enfants en ont eu plusieurs ». « Et vous n'aviez aucun soupçon d'abus sexuels ? », elle me répond « Ha non Madame! Il n'y a pas de ça chez nous !». Non pas chez vous non, partout ailleurs, mais pas chez vous. Alors je n'ai pas pris le médicament contre la constipation car il n'était PAS constipé, j'ai acheté la pommade et je suis rentrée. Maintenant je comprends pourquoi le médecin de W. me racontait que sa femme voulait qu'il prenne sa retraite. W. avait très souvent des irritations, des infections. Je me suis de nombreuses fois, vue obligée de lui tenir un petit flacon remplis de produit dans lequel il devait mettre à tremper son zizi... W. avait déjà deux ans et demi donc j'ai ensuite insisté pour qu'il apprenne à se décalotter. Impossible. Il avait peur, il hurlait avant même que je ne commence. Et Monsieur en rajoutait, sur le fait que ce n'était pas nécessaire, que je faisais une fixette, comme si tout cela dépendait de moi finalement.

Aujourd'hui j'ai compris que l'état de santé, non pas dramatique, mais préoccupant de W. dans ses premières années de vie a participé du système coercitif mis en place par Monsieur. Il attendait que je rentre pour que j'emmène W. à la maison de santé à 22h alors qu'il l'avait gardé toute la journée. Il voulait que je me noie dans une bonne dose de charge mentale, sauproudrée de stress médical et de la fatigue induite.  Il est allé jusqu'à me dire « Tu ne dois pas être une si bonne mère que ça pour que notre enfant soit aussi souvent malade ».

Non seulement je suis une bonne maman mais j'ai su déjouer ces pièges et garder la confiance de mon enfant. W. a faillis être opéré par un gastro entérologue de confiance. Chaque fois que nous avions rendez-vous W. était fiévreux et nous avons du repousser le rendez-vous. La troisième fois nous sommes tout de même allés au rendez-vous avec l'anesthésiste. W. avait 38,3 de fièvre et comme à chaque fois il courait tout de même partout. L'anesthésiste valide l'opération en me disant il n'a pas l'air vraiment malade. J'appelle le médecin pour lui signaler et celui-ci refuse d'opérer.

Aujourd'hui je me demande sincèrement si W. aurait pu mourir. W. serait-il encore en vie si je n'avais pas été aussi vigilante? Monsieur tente de retourner contre moi l'état de stress intense dans lequel il nous a plongé. Il instrumentalise la faille qu'il a lui même générée. Le système coercitif instauré par Monsieur nous a laissé une sorte de syndrome de stress post traumatique. W. au moment de ses révélations tournait en rond en pédalant sur son vélo et criant "Papa veut nous tuer". Pourtant jusqu'ici la dimension psychologique des violences que nous avons subies est totalement passée sous silence. Mes plaintes relevant du pénale sont mise au même plan que ses allégations de manipulation. Et ses allégations posent les jalons de ses futurs accusations d'aliénation parentale en cas de classement sans suite pour infraction insuffisamment caractérisée des plaintes contre lui. La boucle est bouclée. Qui sont ces expertes mandatées par la justice (enquêtrices sociales et psychiatre) que j'ai vues moins de deux heures en tout et dont les rapports rédigés à la va vite comme en témoignent les nombreuses erreurs peuvent pourrir la vie de mon fils à jamais ? 

1Voir sur la chaine youtube Face à l'inceste, la table ronde : Les enfants victimes d’inceste : quel accompagnement dans notre système de santé ? 2024. Intervention d'Alexandre Ledré : « L'enfant victime d'inceste au stade pré-verbal »

2Lorsqu’un médecin a connaissance de privations, de sévices ou d’atteintes sexuelles infligées à un mineur ou à une personne incapable de se protéger ou si la révélation de ces faits est nécessaire pour protéger l’enfant.

3La Commission nationale des accidents médicaux (CNAMed) est une instance indépendante placée auprès des ministres chargés de la justice et de la santé, qui a été créée par la loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé.

4Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains

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