Retour sur le procès des faucheurs volontaires anti-OGM

[Archives] Le 29 septembre 2011, le procès des faucheurs volontaires anti-OGM s'est ouvert à Colmar (Haut-Rhin). En détruisant les essais de vignes de l'Institut national de recherche agronomique (Inra), ils ont enterré toute nouvelle expérience et poursuivi l'action du militant Pierre Azelvandre.

Un des 62 faucheurs poursuivi par la justice pour la destruction de vignes OGM. © Laure Siegel Un des 62 faucheurs poursuivi par la justice pour la destruction de vignes OGM. © Laure Siegel

Hors de la société dont il a pourtant contribué à faire bouger les lignes, Pierre Azelvandre a été le militant anti-OGM le plus érudit d'Alsace. Deux ans après l'action d'arrachage des plants, le 22 avril 2013, il s'est donné la mort le long d'une nationale haut-rhinoise, sur une aire de repos en pleine nuit. Ceux qui l'ont connu, la Confédération paysanne, Alsace Nature, les Verts et ses proches lui ont rendu hommage, regrettant le peu d'écho médiatique que provoquait sa disparition, les journaux locaux refusant de se positionner sur un suicide. Quelques jours après son décès, j'ai publié un billet sur le Club Mediapart qui retrace son parcours.


Voici le reportage rédigé à l'époque sur le procès des faucheurs volontaires à Colmar : 

Les faucheurs d'OGM à la barre

Le procès "faucheurs volontaires" contre Inra s'est ouvert hier matin au tribunal correctionnel de Colmar. Appelés à la barre un par un, ces 60 activistes expliquent pourquoi ils ont participé à la grande opération d'arrachage de la totalité des plants de vignes OGM le 15 août 2010 à la station de l'institut national de la recherche agronomique de Colmar. Ils disent avoir accepté la recherche en milieu confiné, mais dès lors que les vignes ont été cultivées en plein air, ils ont craint la contamination du vignoble alentour par le vent et ont décidé d'agir. Jean-Pierre Frick, viticulteur bio et objecteur de conscience, est l'un des deux Alsaciens poursuivis. "De ce procès, j'espère qu'on ne se souviendra pas d'un grillage découpé, mais d'une fenêtre ouverte vers la société civile", se défend t-il. Serrée sur les bancs du public, une centaine de sympathisants venue soutenir les prévenus acquiesce bruyamment.

Face au tribunal, Michel et Yvette Hartweg tiennent un stand d'information sur les OGM. Affublés d'un T-shirt orange : "Je soutiens les faucheurs volontaires d'OGM", ces viticulteurs sont les parents de Maya, 20 ans, la deuxième prévenue de la région : "C'est la seule fois où notre fille ne nous a pas dit où elle allait. Ils ont eu le courage de faire ce qu'on n'osait pas. On pensait bêtement qu'avoir répondu non à l'enquête de concertation de l'Inra suffirait à arrêter ces essais". Ces 70 pieds de vignes transgéniques, fruits de huit ans de travail, étaient destinés à étudier leur résistance au court-noué, une maladie virale présente partout dans le monde. Après avoir été refusé par la profession en Champagne, puis en Hérault, le projet a été implanté en Alsace, après discussion avec les viticulteurs et les associations hostiles aux OGM. "Nous étions sur le point de démontrer que la transgénèse était inefficace pour cette maladie. Ils ont détruit le seul essai en France né d'une véritable interaction citoyenne, qui allait en plus nous donner des clés sur l'impact environnemental des OGM" vilipende Jean-François Launay, directeur de la communication de l'Inra. Une discussion animée s'engage, sur les marches du palais, avec une dizaine de faucheurs.

Un grand gaillard à béret, T-shirt de la Mano Negra et drapeau de la Confédération paysanne sur l'épaule, écoute attentivement. Martin, céréalier dans la Drôme, est sceptique. "L'Inra n'est pas l'ennemi. On travaille ensemble sur des semences, on est souvent en contact mais on a trop peur que l'institut passe du côté obscur, en cédant à l'appel des fonds privés, et en agissant alors comme Monsanto. Ils ont reconnu que la recherche publique manque cruellement d'argent". Financé intégralement par l'Etat, l'institut affirme que ces recherches n'ont aucun but marchand. Les militants écologistes l'accusent de vouloir déposer des brevets, ce qui légitimerait les brevets OGM sur le marché.

Actuellement, 2% des effectifs de l'Inra (60 chercheurs) sont spécialisés dans la transgenèse, tandis que 4% travaillent sur l'agriculture biologique.

"On revendique le droit à la recherche oecuménique. Nous sommes des scientifiques, non partisans, et devons étudier tous les aspects de l'agriculture pour être capables de rendre des avis crédibles" revendique Jean-François Launay, qui aura passé une heure à débattre informellement avec ses adversaires d'audience. A Colmar, les essais sont suspendus, et l'équipe de chercheurs n'est pas sûre d'être assez motivée pour se réengager dans un projet aussi polémique.

[Mise à jour] La soixantaine de faucheurs volontaires a été relaxée par la Cour d’appel de Colmar en mai 2014. Un an plus tard, ce jugement est annulé par la Cour de cassation, saisie par le ministère public. Le 6 juin 2019, la Cour d’appel de Nancy déclare les faucheurs coupables mais les dispense de peine (source : Info OGM)

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