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Billet de blog 4 févr. 2021

Le stage obligatoire, aubaine ou calvaire ?

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Le stage obligatoire, autrefois une rareté dans le monde de l’enseignement supérieur, est aujourd’hui devenu un passage presque obligé de l’étudiant, aussi tôt parfois que la première ou deuxième année de licence. Et pour ceux qui n’en ont pas fait pendant leur premier cycle universitaire, il ne fait aucun doute qu’ils pourront se rattraper en master. Les arguments abondent pour soutenir cette obligation : elle permet à l’étudiant de se « familiariser » avec un monde du travail où ils sont censés passer toute leur vie, de donner une application concrète aux éléments théoriques abordés durant le semestre universitaire, de se faire des contacts, et aussi parfois de gagner un petit peu d’argent, les stages de plus de deux mois étant rémunérés (une misère, s’entend, mais tout de même rémunérés).

En réalité, ces stages sont l’un des meilleurs incubateurs d’inégalités que l’enseignement public ait pu produire. Tous les stages ne se valent pas, il n’y a pas besoin d’une étude scientifique pour le démontrer. Il est beaucoup plus simple de valoriser son stage à la direction d’IBM que dans une obscure boutique de prêt-à-porter. Or comment trouver un stage ? En répondant aux diverses annonces, bien sûr, en envoyant des candidatures spontanées, évidemment, mais aussi, et surtout, en faisant appel au sacro-saint réseau. Or, à vingt ans, ce n’est pas tant à son réseau que l’on fait appel qu’à celui de ses parents, et tous n’ont pas le même carnet d’adresses.

Mais avant même le stage trouvé par le biais du réseau ou de méthodes plus traditionnelles, les inégalités ont déjà commencé à poindre. Les moyens de chaque étudiant sont différents et cela a des implications certaines pour la direction que prendront ses recherches. On ne cherche pas un prestigieux stage à Paris si l’on n’a que les moyens d’habiter à Saint-Etienne, on ne cherche pas un stage à l’étranger si l’on devra faire un prêt pour se payer le billet d’avion, on ne cherche pas un stage complémentaire de deux mois si on ne peut se permettre de ne pas être payé durant cette période. Or quels sont les stages les plus valorisés sur le CV d’un jeune candidat ? Ce stage passionnant dans un grand cabinet parisien, cet incroyable stage à Londres qui démontre une maîtrise aisée de l’anglais, ce petit stage supplémentaire de quelques semaines qui souligne la motivation, même non-pécuniaire, du candidat. Alors il est vrai, aucune discrimination ne sera faite lors du recrutement, la DRH aura bien choisi le CV le plus brillant. Mais comment rendre son CV brillant lorsque l’on doit faire briller des carrelages entre deux cours pour payer son loyer ? Le temps et les moyens financiers sont deux facteurs qui sous-tendent la recherche de stage, parfois de façon à peine consciente, mais ils se rappellent toujours douloureusement à l’étudiant qui trouve un stage auquel il doit renoncer faute de moyens.

Alors le stage obligatoire, aubaine ou calvaire ? Aujourd’hui, dans une situation rendue encore plus difficile par une crise sanitaire gérée avec un mépris croissant des étudiants, il s’agit plus que jamais d’un calvaire déguisé en aubaine.

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