Pierre, Jean, Sophie ... et les autres

Cette semaine c’est l'histoire de Pierre, Jean et Sophie. L'histoire de vies trops courtes qui, à quelques jours des épreuves du baccalauréat, ont décidé d'en finir. Alors qu'en France, un jeune de moins de 25 ans tente de mettre fin à ses jours toutes les 10 minutes, il reste si difficile de mettre des mots sur l'inacceptable suicide des jeunes.

Les spécialistes comme le neuropsychiatre Boris Cyrulnik ou le Dr Xavier Pommereau du CHU de Bordeaux notent « une évolution inquiétante »… décrivent « un phénomène », ne manquent jamais l'occasion de prendre la parole dans les congrès, publient des rapports. Mais à quel moment va-t-on atterrir sur cette terrible réalité du mal-être des jeunes ?

Un malaise qui dérange, sur lequel il est si difficile de publier dix lignes dans les colonnes d'un journal, reléguant ces actualités au rang des faits divers. Spontanément jugé «  anxiogène » dans les rédactions, parler du suicide des jeunes dérange tout le monde et abandonne les familles endeuillées à leur chagrin, impossible à mesurer et à accepter.

Guidées par cet acharnement à vouloir tout comprendre, de multiples explications aseptisées nous sont proposées. Problèmes relationnels avec l'entourage, conflits amoureux, des ados souvent en prise avec leur identité, des jeunes livrés à eux-mêmes : des explications plausibles qui rassurent et qui nous laissent l’amère impression d'avoir un peu compris !

Car c'est bien de cela dont il s'agit : écouter, repérer, entendre ces souffrances réelles et silencieuses avant le passage à l'acte. Ceux qui passent autant de temps avec les ados au cours d'une année scolaire entre  4 murs d'une classe mériteraient peut-être aujourd'hui d'être sérieusement formés pour tenter de déceler ces fragilités chez ceux qui justement, font bien souvent très peu parler d’eux au sein d'un groupe.

Ouvrir l’œil, c'est aussi mettre un terme aux réflexions humiliantes dont sont capables certains profs ou pions. Chacun retrouvera gravée au fin fond de sa mémoire une situation vécue personnellement ou par un camarade. Nos ados ne sont pas tous solides du cortex et il faut parfois des années pour s'endurcir. Pierre, Jean et Sophie n'en ont pas eu le temps. Garder le silence ne règle rien.

Monsieur Vincent Peillon, de grâce ne laissez pas cette difficulté de côté et formez nos profs à l'écoute de cette indescriptible souffrance. Repérer l'indécelable peut paraître  mission impossible. Il y a quelques mois, Jeannette Bougrab alors secrétaire d'État à la jeunesse et à la vie associative avait courageusement mis ce chantier sur la table en conseil des ministres, qui à l'approche des élections présidentielles avait spontanément trouvé le sujet peu populaire. Arrêtons de botter en touche ! Quelques-uns de ces drames pourraient être évités si nous y étions tous plus attentifs. Se projeter dans l'avenir relève aujourd'hui d'un défi pur et simple. Une équation à plusieurs inconnues qui peut paraître parfois impossible à résoudre, dans une société avec la dette et la crise en toile de fond où la culture du résultat a pris le pas. Il y a urgence à en parler et à agir, pour que l'Histoire ne se répète pas.

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