Lettre ouverte à Laurent Fabius en vue de son débat ce soir avec Nicolas Sarkozy à l'émission: "Des paroles et des actes".

Monsieur le Premier Ministre,Dans la démocratie lacunaire que la France subit aujourd'hui, il est rare que le chef de l'Etat prenne le risque d'un débat public avec un authentique contradicteur. Les journalistes du paysage audiovisuel français mis sous tutelle sont soit trop serviles soit trop inquiets pour jouer ce rôle.

Monsieur le Premier Ministre,

Dans la démocratie lacunaire que la France subit aujourd'hui, il est rare que le chef de l'Etat prenne le risque d'un débat public avec un authentique contradicteur. Les journalistes du paysage audiovisuel français mis sous tutelle sont soit trop serviles soit trop inquiets pour jouer ce rôle.

Ce rôle, vous aurez la chance de le tenir ce soir, en direct, face à des millions de télespectateurs.

A cet égard, et je vous en conjure, ne ménagez rien pour contribuer à détruire cette légende urbaine, émanant de certains "proches" du Président selon laquelle Nicolas Sarkozy serait quelqu'un de très intelligent! Malin, peut-être, intelligent certainement pas.

Il n'y a pas d'exemple qu'un enfant, un adolescent, un étudiant, qui a du bûcher parfois des nuits entières pour maîtriser un sujet, soit devenu à 57 ans un individu intellectuellement brillant. N. Sarkozy a su compenser, dans une certaine mesure, cette faiblesse naturelle par une volonté, une opiniâtreté réellement admirable.
Cependant, face à la complexité du monde contemporain, l'intelligence est une nécessité pour un chef d'Etat, une condition nécessaire (mais pas suffisante) à l'exercice de la fonction; cela seul aurait dû dissuader à jamais Nicolas Sarkozy d'aspirer à "faire Président de la République".

Mais vous le savez mieux que moi, Nicolas Sarkozy a bien d'autres défauts que celui-là, et cependant, c'est un fait insuffisamment avéré auprès du public que ce "grand diseux, petit faiseux" n'est pas intellectuellement à la hauteur de la fonction.

Donc, ce soir, ne fustigez pas son argumentaire pitoyablement "ad hominem", son incapacité à développer toute forme de raisonnement abstrait cohérent, son français si approximatif; mais, seulement par des questions simples, montrez à l'ensemble des Français qui vont vous suivre combien il connait mal ses dossiers.

Cela n'est que trop facile: tout sujet scientifique le dépasse (par exemple le fonctionnement d'un réacteur nucléaire et ce qu'est supposé apporter l'EPR qu'il confond avec les réacteurs de quatrième génération) mais aussi les sujets censés relever plus directement de ses compétences comme des données démographiques, géographiques, historiques... ou sur le plan pratique son incapacité à se servir d'un ordinateur personnel.

Vous n'aurez aucun mal à le démonter sur le plan de l'économie: il sera certainement incapable de répondre à une question de base, sa formation est si lacunaire; mais les enjeux sont devenus trop importants: la France ne saurait supporter cinq ans encore de cette incurie.

Si la pitié vous retient, n'oubliez pas que Nicolas Sarkozy a grossièrement traité de menteur François Hollande récemment.
La confrontation verbale, l'apostrophe, l'interpellation et l'abjection (comme cette réponse faite à Bayonne à un agriculteur se plaignant de ne pas pouvoir acquitter ses factures: "Hé, mais moi je n'ai pas 40 hectares!")
c'est cela que Sarkozy comprend, maitrise ou qui le fait fuir lorsqu'il n'a plus le beau rôle.

A cet égard, vous serait-il possibe de rappeler, en présence de David Pujadas, le soutien appuyé que Sarkozy a apporté - lors d'une interview d'Etat conduite par le même Pujadas sur une terrasse de l'Elysée en juillet 2010 -  à son ministre Eric Woerth, excluant l'implication de celui-ci dans l'affaire Bettencourt alors que Monsieur Woerth fait maintenant officiellement l'objet d'une double mise en examen dont notamment celle "du chef de recel à raison d'une présumée remise de numéraire qui lui aurait été faite par Patrice de Maistre",  soit en clair d'avoir été le coursier de Sarkozy pour un financement illégal de sa campagne de 2007!?

Outre les multiples affaires Woerth, nous avons toujours sur les bras les affaires Karachi, Gaubert, Takkiedine (qui implique aussi Copé) et d'autres plus ou moins étouffées.

Pourquoi le PS ne dénonce-il pas plus activement ce que ces affaires représentent comme casseroles pour celui qui s'était prévalu d'être le parangon d'une "République irréprochable"?

Quoiqu'il en soit, si vous tenez à rester courtois avec l'adversaire: encore une fois, Sarkozy ne connaît pas ses dossiers, les journalistes n'oseront pas le démontrer; à vous de révéler pleinement cette évidence à la face des Français, en direct ce soir :-)


Je n'ai guère d'espoir que ce message vous parvienne en temps utile ou même réellement personnellement un jour,
mais je vous souhaite de tout coeur bonne chance pour cette confrontation et vous prie d'agréer, Monsieur le Premier Ministre, l'expression de mes sentiments les meilleurs!

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