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Billet de blog 19 nov. 2014

Sartre par Korda, la musique de Raúl Paz et le cinéma réaliste de Daranas, c'est Cuba à Paris

Une triple affiche « Cuba à Paris », c'est la réjouissante proposition de la Fondation Alliance française. Au programme : une expo inédite des photos de Korda sur le voyage de Sartre et Beauvoir chez Fidel Castro en 1960 ; un show case du chanteur franco-cubain Raúl Paz avant tournée ; et l'avant-première de Conducta, dernier film d'Ernesto Daranas. 

Laurence Rizet
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Une triple affiche « Cuba à Paris », c'est la réjouissante proposition de la Fondation Alliance française. Au programme : une expo inédite des photos de Korda sur le voyage de Sartre et Beauvoir chez Fidel Castro en 1960 ; un show case du chanteur franco-cubain Raúl Paz avant tournée ; et l'avant-première de Conducta, dernier film d'Ernesto Daranas. 

Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre à Cuba. © Korda

Cette année, pour son événement Alliances en résonance, la Fondation Alliance française a choisi d'inviter Cuba à Paris. Une invitation au voyage bien sûr, dans l'espace et dans le temps, mais aussi et surtout une invitation à réfléchir, à changer de regard peut-être sur un pays qui suscite souvent des réactions et des commentaires définitifs, comme le souligne Marc de Lehelle d'Affroux, délégué général de la fondation à Cuba et directeur de l'Alliance française de La Havane, à qui l'on doit cette belle idée et non moins séduisante affiche, qu'il en soit remercié. Un événement présentant « trois aspects de notre culture réalisés par trois artistes pour nous extraordinaires », a commenté Eduardo Torres Cuevas, président de l'Alliance française de Cuba, par ailleurs directeur de la bibliothèque nationale de Cuba et président de l'Académie d'histoire.

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D'abord l'exposition émouvante et inédite intitulée Sartre par Korda, du 19 novembre au 19 décembre à la galerie de la Fondation (101 bd Raspail, 75006 Paris, entrée libre). On doit au photographe cubain Alberto Diaz Gutiérrez, dit Korda (1928-2001), l'un des plus célèbres clichés jamais réalisés, celui du Che Guevara en Guerrillero Heroíco. Ce portrait, devenu mondialement célèbre et copié à l'infini depuis la mort du Che en octobre 1967, a en réalité été tiré le 5 mars 1960, alors que Fidel Castro prononçait un discours en présence de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, lors de leur première visite sur l'île caraïbe à peine plus d'un an après le triomphe de la révolution des barbudos sur le régime de Batista. Et ce sont 47 clichés en noir blanc du couple d'intellectuels lors de cette visite à Cuba en pleine effervescence révolutionnaire que nous offre la fondation. 

Diana Diaz, la fille de Korda qui conserve précieusement le fonds de son père dans la capitale cubaine, est venue elle-même à Paris participer à l'accrochage de ce témoignage graphique, sous l'angle de la révolution castriste vue par des intellectuels français, en l'occurrence le regard tantôt attentif tantôt émerveillé mais toujours spontané de Sartre et Beauvoir. Dans la foule, dans des quartiers défavorisés, devant le tombeau de José Martí, dans un centre scolaire… « Cela montre que mon père n'a pas seulement pris la célèbre photo de Che Guevara », confie Diana Diaz, très heureuse de faire partager quelques-uns de ces clichés.

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Ci-dessus, « notre pape existentialiste » fend la foule à Holguín le 24 février 1960 derrière le jeune Fidel Castro en treillis, à côté de Simone de Beauvoir et devant le Che Guevara (de profil). « Ce que j'aime le plus chez Fidel, c'est sa timidité. Ce que j'aime le plus de cette révolution, c'est sa spontanéité. » Jean-Paul Sartre.

Mais le Che n'est pas pour rien dans toute cette histoire. L'anecdote circule : lorsque Fidel Castro décide de fermer toutes les institutions culturelles étrangères en 1959, le Che s'interpose : « Ah non, pas l'Alliance. C'est à l'Alliance française de Buenos Aires que j'ai appris la révolution. » De fait, elle ne sera jamais fermée et est aujourd'hui la plus dynamique au monde.

Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre avec le Che Guevara, l'une des photos de l'exposition. © Korda

Outre le vernissage de cette exposition, mardi 18 mettait aussi à l'honneur un art dans lequel Cuba a fait ses preuves depuis longtemps : la musique. Pas le son des années 1950 remis sous les projecteurs avec le Buena Vista Social Club, ni la salsa ou la timba toujours bien vivantes, mais le son urbain de Raúl Paz. Et qui mieux que ce chanteur qui a pu laisser s'exprimer son talent en France, où il avait trouvé refuge, pouvait incarner « Cuba à Paris » ? Après seize ans d'exil, 500 000 albums vendus et un passage à l'Olympia, Raúl Paz a finalement accepté de se réinstaller dans son pays natal en 2010. Et c'est, comme il l'a dit lui-même, au « mythique mais un peu déglingué studio Egrem » de La Havane qu'il a enregistré son dernier album, Ven Ven, mixé à Paris par Florent Livet et sorti en juin 2014 chez Naïve, son label de toujours. Aperçu de l'ambiance au studio sur un extrait de Chiquita :

© Raul Paz

Onze titres, à commencer par Ven Ven, « la fiesta está comenzando » (Viens, viens, la fête commence), carte de visite mambo boogaloo animée (un clin d'œil au film Chico & Rita?) :

© Vedado SC

Parce qu'il se sent « profondément caribéen », Raúl Paz est « un artiste libre de toute contrainte sociale, politique ou musicale » qui s'inspire de toutes les influences, de la salsa au funk, du mambo au reggae, pour livrer une musique cuivrée, métissée et colorée, comme la pochette de l'album. Energique et joyeuse c'est sûr, urbaine et actuelle, comme celle qu'écoutent les jeunes Cubains, et c'est bien pour ça qu'ils ont adopté les œuvres de l'expatrié, ce qui n'était pas gagné.

© 

Je recommande aussi la lecture du savoureux et instructif discours de l'ambassadeur de France à Cuba lorsqu'il a décoré le musicien franco-cubain de l'ordre national du mérite en décembre 2013. Et que ceux qui n'ont pu assister au show case à l'Alliance ce mardi se rassurent, Raúl Paz sera en concert jeudi 20 novembre à Rennes (à L'Ubu), vendredi 21 à Paris (au Trianon), samedi 22 à Montpellier (au Rockstore), mercredi 26 à Toulouse (au Métronome) et samedi 29 à Villenave d'Ornon (au Cube).

Troisième tableau, dernier chapitre de cet « Alliances en résonance » spécial Cuba : le cinéma. La Fondation projette en avant-première en France (et toujours en entrée libre) dans son auditorium, jeudi 20 novembre à 19 heures, le film Conducta d'Ernesto Daranas (et bien sûr en VO sous-titrée).

Synopsis : Chala vit dans la banlieue de La Havane avec sa mère toxicomane. Ce garçon de 11 ans a beaucoup d'admiration et d'affection par son enseignante Carmela, qui, pour des raisons de santé, devra s'absenter plusieurs mois. Elle est remplacée et Chala est renvoyé pour mauvaise conduite. De retour au collège, Carmela s'oppose à cette sanction. Voici la bande-annonce :

© HFFNY

Le film a remporté plusieurs prix au Festival du cinéma hispanique de Málaga et au Havana Film Festival de New York. « C'est une critique du système éducatif qui est pourtant intouchable à Cuba, explique Marc de Lehelle d'Affroux. Il fait ressortir ce qui ne va pas dans la société cubaine, démontrant ainsi que les choses ne sont ni blanches ni noires. » En d'autres termes, « avec ce film, vous verrez la capacité du peuple cubain de se soumettre à la critique, de voir non seulement ce qui est bien mais aussi nos gros défauts », dit Eduardo Torres Cuevas en souriant. Dans Los Dioses rotos, le réalisateur Ernesto Daranas plongeait déjà une jeune universitaire dans une dure et complexe réalité havanaise, et c'est le film national que Cuba avait (en vain) sélectionné pour être représenté aux Oscars 2010. Jeudi, Roger Herrera, ancien enseignant à l'Alliance française de La Havane, proche du réalisateur et actuellement étudiant à Paris, répondra aux questions des spectateurs après la projection de ce nouveau film prometteur.

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