Justice: l'incroyable revue de presse du promoteur Eric Arnoux

Baptisé « l'homme qui devait 200 millions d'euros » par l'hebdomadaire Le Point, Eric Arnoux, menuisier grenoblois devenu promoteur immobilier, défraye la chronique dans plusieurs pays. Selon le principal journal du Luxembourg, qui parle « d'arnaque immobilière », il aurait « floué de nombreux investisseurs », allant de grandes banques à des petits entrepreneurs. Retour sur un parcours surprenant.

Après 15 mois d'enquête, la Tribune de Genève révèle en premier le scandale :

« Escroquerie, faux dans les titres, gestion déloyale, diminution effective de l’actif au préjudice des créanciers, gestion fautive, banqueroute frauduleuse, violation de l’obligation de tenir une comptabilité, violation grave de la loi sur l’impôt à la source… Ce long inventaire donne un aperçu des soupçons dont fait l’objet A.E. (Arnoux Eric), un promoteur spécialisé dans l’immobilier haut de gamme. Ce quinquagénaire est aujourd’hui dans le collimateur de la justice genevoise»

« Pendant plus de quinze mois, nous avons recueilli les témoignages de créanciers, plaignants, avocats et anciennes relations d’affaires. Autant de sources dignes de foi mais anonymes: à l’évocation d’A.E, la honte de s’être fait avoir côtoie bien souvent la colère et la peur. On nous décrit un homme prêt à tout, quitte à se montrer menaçant pour parvenir à ses fins. »

« Si peu en parlent à visage découvert, c’est qu’A.E. inspire la crainte. « C’est un homme dangereux», lâche un créancier.»

Le Point dévoile alors d'autres éléments sur le parcours d'Eric Arnoux :

« Alors que depuis des années, des dizaines, sinon des centaines de créanciers – et parmi eux de grandes banques françaises – lui courent après, il continuait tranquillement à mener une vie de nabab, entre Megève, le lac Léman, les bords de la Tamise, Dubaï et Miami. Il a été arrêté mercredi soir à l'aéroport de Genève. »

« La liste des poursuites, que Le Point a pu consulter, laisse rêveur. Pourquoi l'État de Genève ne s'est-il pas montré davantage pugnace pour récupérer des centaines de milliers de francs suisses que le promoteur lui devait depuis des années ? Pourquoi, enfin, de grands établissements financiers se sont-ils montrés aussi naïfs ? Des offices des poursuites citent notamment BNP Paribas Suisse, BGL BNP Paribas Luxembourg, la Société générale, la banque J. Safra Sarasin, la Banque CIC (Suisse).»

Dans son article intitulé « L’homme qui devait plus de 200 millions de francs lutte contre son incarcération à Genève », le journal suisse Le Temps évoque :

« Parmi ses dizaines, sinon des centaines de créanciers: de grandes banques internationales, comme J. Safra Sarasin (dette de près de 15 millions de francs), CIC (pour un peu moins de 17 millions), BGL BNP Paribas au Luxembourg (7 millions), ou encore BNP Paribas Suisse (plus de 17 millions d’impayés). »

Mais c'est dans la presse luxembourgeoise, que les commentaires sont les plus acerbes :

« Ce Français de 51 ans qui menait grand train, empruntait à tout va, mais ne remboursait pas ses créanciers. Parmi ses victimes, BGL BNP Paribas au Luxembourg. »

« Au Grand-Duché, son nom apparaît aussi dans cinq société dont un fonds d'investissement qui proposait de mirobolants rendements. Le préjudice pourrait atteindre près de 300 millions d'euros. »

Le témoignage le plus révélateur provient certainement de Catherine Fortier, dirigeante d'une PME ruinée par Eric Arnoux :

« Entre négociations, intimidations, promesses, le charismatique EA, vous entraîne toujours plus loin dans l'exécution des travaux, mais sans jamais véritablement tout solder. Et quand arrive la facture finale, le "reste dû" est pharaonique… Si l'entreprise refuse, ce qui fut mon cas, M. Arnoux, sa société, ses collaborateurs deviennent injoignables… La condamnation de monsieur Eric Arnoux ne compense pas la perte de mon entreprise, le départ de mes salariés… »

« Pour l’anecdote : sur le chantier du chalet Savana, Monsieur Arnoux a réussi à se faire rembourser la TVA sur des factures non payées, soit le remboursement de milliers d'euros, sur le dos des entreprises et de l'état. »

L'affaire est toujours en cours et les révélations sur Eric Arnoux devraient se poursuivre.

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