Enquête sur le rôle de la France entre 1990 et 1994 au Rwanda ?

Juste quelques réflexions à propos d'une potentielle commission d'enquête sur le rôle de la France entre 1990 et 1994 au Rwanda....

Puisque l'on est en droit de considérer qu'au su et vu des polémiques entre chercheurs, une telle commission est à nouveau nécessaire : car depuis la Commission dite " quilès " en 1998, d'importants travaux de recherches ont été publiés : De Survie à la CEC, de Périès à  La Nuit rwandaise, et jusque donc Jacques Morel : sans oublier bien évidemment le Rapport Mucyo et le Rapport Muse Cunningham Lévy.

Ou donc, on ne bataillera pas trop, point n'en faut, sur la composition de cette potentielle Commission d'Enquête... Pourquoi ? 

" LA BIBLE... " : http://francegenocidetutsi.org/FranceCoeurGenocideTutsi-IP.pdf

1 / Tout d'abord, déjà règne de nombreux soupçons sur l'éviction pré-programmée de Rouzeau et Dumas, " figures phares " d'une part de la Recherche française sur le sujet. Quant encore, au dernier colloque de Sciences Politiques, et à l'annonce de Lanxade, Ancel lui-même rétorqua aussîtot qu'un énième " placard à balai " avec de " chercheurs casés du bon coté du manche " paraîtrait grotesque....

2 / Ensuite, parce que, Rouzeau par exemple, n'a guère cité le REEL de l'autre partie de la Recherche française qui, avec Survie, La CEC, le CPCR, la Nuit rwandaise, Jacques Morel, Gabrièl Périès, Raphaëlle Maison, Charlotte Lacoste, Serge Farnel, Bruno Boudiguet, dans les suites de Carbonare, Vershave, Gouteux et Sitbon, ont produit beaucoup, et en qualité, sans que ni les médias, ni leurs collègues, ne les prennent vraiment en compter. Sans aller jusque parler de fautes déontologiques, on remarque pourtant à l'évidence qu'on nomma des " activistes, des accusateurs, des militants ", pour tenter d'écarter et minimiser un Corpus pourtant riche et primordial.

Ainsi, que nous disent encore, " les vrais chercheurs écartés "....: que nous avons toutes les preuves. A tout le moins d'une " complicité de génocide ". Là où on demande une déclassification entière, et une nouvelle commission d'enquête, il reste à déjà envisager, des documents déclassifiés déjà publiés, aux reconstitutions et analyses, de comprendre la signification et la phénoménologie présentées, pour, scientifiquement et juridiquement, pouvoir conclure, juger et condamner.

Ils rejoignent d'ailleurs les enquêtes rwandaises et internationales.

Puisque, outre les négationnistes et tenants de la thèse du double génocide, qui sont passibles de l'application de la Loi dite Gisagara ( Journal Officiel janvier février 2017 contre la minimisation et la révision de l'histoire du génocide perpétré contre les Tutsi ) , les " autres chercheurs " semblent embarrasés de conclure, tant vis à vis de leur hiérarchie que vis à vis du lobby militaire et politique, dénoncé depuis peu par le général Varret qui dès 1990 fut écarté de l'armée pour avoir signalé l'inconvenance de l'implication française au Rwanda, au su et vu de l'idéologie exterminatrice déjà alors prônée.

La thèse gouvernementale et politique, proférée par en gros Lanxade et Védrine, tend à faire croire à une neutralité extrême, gorgée de seules bonnes intentions :

- là où le point limite chez Lanxade relève des " bavures " et négation de participation aux combats de l'armée fr avec l'armée rwandaise dans la guerre contre le FPR. Les faits sont prouvés, reconnus même par certains soldats avouant fièrement avoir participé, quand encore François Graner recoupe les témoignages de certains soldats français " ayant épousé l'idéologie ethniste ", jusque défendre des génocidaires au TPIR, et continuer jusque dans la presse , leurs aveux...

- là où le point limite de Védrine relève du mensonge contradictoire sur les machettes : puisque 66 pour cent des victimes ont été assassinées par des balles et armes. Quand Védrine invite à ce que les archives des autres bailleurs et vendeurs d'armes aux génocidaires soient ouvertes : mais certes, que oui. Or il n'empêche, Védrine continue à mentir quant aux notes de la DGSE...et jusque Barril en l'opération dite " Insecticide ", jusque ne prendre pas en compte, de Varret à Carbonare, toutes celles et ceux qui dès 1990, dès 1993, alertaient sur le risque de génocide et exigeaient le retrait de la France, de la logistique aux livraisons d'armes, soldats et gendarmes, etc ...

Guillaume Ancel d'ailleurs sur son blog, valide le Rapport Mucyo tant contreversé sur des faits abominables et relatifs au " largage de Tutsi torturés, par hélicoptères français, dans les zones des tueurs "...Ancel encore comprend la phénoménologie de l'implication française, des contre-ordres aux livraisons d'armes aux génocidaires en fuite, et protégés par l'armée française : il en est un témoin premier.

Ainsi, la Nuit rwandaise écrivait déjà en 2014 que nous avions toutes les preuves, le dossier étant très large, très profond , agrémenté de moultes témoignages et factualités, de surcroît avec " Le Morel" , recoupant le Rapport Mucyo.

Ainsi, l'ouverture des archives - pour ne même pas laisser d'autres détails oubliés, ou preuves définitives dissimulées...serait suffisante quand a déjà été demandée l'audition par la Justice française des "politiques et militaires incriminés ", dans les plaintes portées par Survie, Ibuka, La FIDH, la LDH. Ce que macron a refusé...

Puisque dans " l'autre camp, pas celui des accusateurs " selon C.Vidal, celle-ci reconnaît à tout le moins, tant une " neutralité COUPABLE " , qu'une forme d'incompétence à Rouzeau, arrivé après 20 ans ......dans la recherche et prétendant " initier " le monde entier, sans parler de Morel...

Ainsi donc, même notre Rouzeau, qui se définit d'abord militariste de droite, pour situer le contexte de sa recherche....! serait écarté de cette potentielle " commission d'enquête sur l'implication de la France au Rwanda entre 1990 et 1994 " ? 

Nous rejoignons Ancel : s'agit-il d'une farce et d'une parodie d'enquête, pour gagner du temps - dans l'abjection et finir sur un non lieu prévisible quant à l'impunité, l'idéologie du pardon, et l’inconscience française tombée en pathologie négationniste ? 

Puisque encore, et n'en déplaise à Mme Vidal, depuis le Tribunal de Nuremberg, il existât des " accusateurs de criminels contre l'Humanité".

Mais voici où le bas blesse chez les " accusateurs " : l'enquête de Farnel et Boudiguet sur le vendredi 13 mai 1994, recoupe les traces de l'opération " insecticide " du barbouze barril, et autorise , plus loin qu'une complicité, à instruire une PARTICIPATION AU GENOCIDE.

Là ou déjà Morel remet en cause la déontologie de Farnel, très durement, en laissant néanmoins entendre qu'une authentique enquête internationale sur les 12, 13 et 14 mai 1994 à Bisesero , est nécessaire.

Or donc, entre les tentatives d'impunité, de révision, et de pardon, d'excuses et de minimisation, et les accusations, fondées, il reste à approfondir les enquêtes et à les recouper , pour phénoménologiser 4 années d'implication qui en soi, tel qu'Ancel l'a bien compris, suffisent pour DEVOIR CONDAMNER cette implication française. Pourquoi DEVOIR CONDAMNER ? 

Parce que, 50 ans après la Shoah, et en l'exact des connaissances françaises dès 1990, toute bonne volonté de gérer le conflit au Rwanda ne pouvait pas, en contre partie, rendre acceptable la compromission avec un régime qui prônait déjà haut et fort l'EXTERMINATION DES TUTSI.

Parce que, encore, après 25 années de recherches internationales, nous croulons sous les preuves et faits, témoignages, jusque aux financements et propagandes révisionnistes depuis par les incriminés, pour DEVOIR CONCLURE  à la nécessité d'un JUGEMENT de cette implication française.

Car les dommages en sont visibles jusque dans la régression française, des restes d'abominations ethniques servant à croire dissimuler cette complicité de génocide, quand les propagandes françaises ne cessent de ramener le terme d'ethnie. Jusque France-Culture....

ET qu'à contrario, tout progrès en Droit International, depuis le " plus jamais çà " jusque au Réel des Educations et Formations du 21ème siècle, ne peut pas se construire sur les restes de mensonges, non dits, archives fermées, et refus de contradicteurs, sans choir en une autocratie xénophobe, négationniste, et critiquée par le monde entier.....Comme aujourd'hui la France, politicidant sa population.....

IL reste moins de 5 jours, pour que le Président de la République assume l'entièreté de cette phénoménologie historique, avec dignité et conscience, responsabilité et encore intelligence : personne n'est dupe, ce sera donc difficile.

Quand pourtant, combien de survivants rwandais, soutenus par les survivants juifs, arméniens, cambodgiens, combien d'associations et chercheurs, de tous les pays, combien de lettres et de pétitions, combien de procès et instructions en cours, combien de livres et de publication, ne cessent d’appeler , ne serait qu'à la décence et un discours de Vérité ? 

On saura tout dimanche 7 avril 2019, jour du 25ème anniversaire des commémorations du génocide.....

Laurent Beaufils.

Site : http://www.criaeau.org

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