Il serait tentant de considérer son électorat comme homogène, plaçant au coeur de ses préoccupations les enjeux sécuritaires et migratoires, savamment entretenus par tous les partis de droite, par conviction ou par opportunisme, comme l'a abondamment démontré l'exécutif actuel.
Si cette vision est avérée chez ses électeurs historiques, elle n'est pas centrale chez ceux, nombreux, qui ont rejoint récemment ses rangs.
Leurs motivations correspondraient davantage à une désillusion durable, provenant de ruptures territoriales économiques, sociales, culturelles, ou en terme de continuité des services publics : la métropole contre les communes rurales, les quartiers périphériques délaissés contre les quartiers aisés ou les centres urbains.
Ou par une rupture de revenus, matérialisée par des bas salaires, de surcroit plombés par l'inflation, contre des revenus confortables, peu perméables aux aléas économiques.
De façon plus générale, ce sentiment prégnant d'une France qui avance, contre une autre qui n'a d'autres options que celle de regarder le train passer.
L'articulation avec les thèses racistes ou xénophobes, fond de commerce de l'idéologie du RN, devient dans ce contexte sujette à discussion.
Y adhérer préexiste-t-il aux motivations plus contextuelles et personnelles évoquées plus haut, ou sert-il d'éxutoire à une rancoeur et une colère accumulées de longue date ?
Et dans quelles proportions ?
Pourquoi le vote RN est-il opérant en milieu rural, là où l'immigration est invisible et la sécurité des personnes et des biens assurée ?
Autant de questions dont les réponses restent évasives, car difficile à mesurer, dans les résultats des enquêtes dédiées au vote d'extrême droite.
D'un point de vue politique, elles relèvent néanmoins que le nouveau vote RN est moins une question d'adhésion à une idéologie extrémiste qu'à une insuffisance d'offres partisanes concurrentes.
Et en effet, les décennies récentes ont acté un renoncement des élites de gauche à réduire la fracture sociale entre la France du train qui passe et celle qui reste à quai, là où les populations concernées étaient légitimement en droit d'attendre une prise en compte de leurs difficultés quotidiennes.
Une tendance politique est-elle en cours pour tenter de combler ce fossé ?
D'une certaine façon, oui, à travers un parti radical comme LFI, ou la plateforme programmatique actuelle du NFP, dont on perçoit toutefois les limites en terme de portée territoriale et de probabilité d'advenir à court terme.
Mais elle représente un début de solution, une base politique nécessitant d'être largement relayée et promue par les différents acteurs associatifs, syndicaux, voire économiques, dans les territoires.
Le nouveau vote RN, bien que massif, ne semble donc pas inéluctable.
En donnant des garanties politiques solides et pérennes aux populations trop longtemps délaissées, ce vote de rejet peut faire advenir un vote d'adhésion en faveur des partis qui n'érigent pas la duperie et l'instrumentalisation en valeurs politiques cardinales.