La somme de nos soustractions

Ainsi, il n’y a plus rien à faire, la chose est entendue: il nous faut passer plus de temps à nous défendre de propos non tenus, d’idées que nous n’avons pas eu, qu’à lutter pour de justes causes. Soit.

La somme de nos soustractions.

Ainsi, il n’y a plus rien à faire, la chose est entendue: il nous faut passer plus de temps à nous défendre de propos non tenus, d’idées que nous n’avons pas eu, qu’à lutter pour de justes causes. Soit. 

Pourquoi? Parce que des « amis », ceux qui faisaient partie plus ou moins d’un long parcours passé se sont mis à hurler avec les loups, à travestir toute forme de pensée, de contestation. Enième preuve qu’une propagande assenée en boucle sur les ondes a fini par fonctionner. Et triompher. 

Ainsi donc, je, (nous) ne suis (sommes) pas complotiste(s)*. Certes le gouvernement, l’état, je ne sais comment le définir, par l’intermédiaire de l’un de ses organes (par exemple France Inter) s’est permis de redéfinir le mot : il a été décidé qu’un complotiste n’était plus quelqu’un qui croyait à un complot, mais qui partageait entre 2 ou 3 opinions d’un complotiste. Magnifique ! M Macron avait déjà joué à ce jeu dangereux de la redéfinition des mots lorsque ‘il avait déclaré puis institué que le mot « antisioniste » était synonyme « d’antisémite ». Magnifique manipulation. 

Dans sa définition première et à ma connaissance ayant toute valeur, je ne suis pas complotiste car je ne crois pas à un complot. *

Je ne suis pas anti vaccin *, je considère que les vaccins apportent et ont apporté une grande aide à l’humanité. Je nourris de grands doutes sur ce vaccin et son efficacité, cela n’a rien à voir. Et conteste surtout l’obligation. 

Je n’ai jamais considéré , comme certains "amis" le laissent entendre, que la vaccination représentait un référendum pro ou anti Macron. Où allez vous chercher des trucs pareils ?

Je ne fais pas partie de l’extrême droite ni de la droite réactionnaire, je les ai toujours combattu. Le fait de se retrouver sur de mêmes terrains ne nous agglomèrent pas, désolé. Des résistants durant la guerre, n’étaient pas de même bord, ou opinion, mais unis face à un danger. Si la présence de personnes d’opinions différentes m’empêchent d’être présent, alors je laisse le champ libre à ces gens là, ce que fait la gauche d’ailleurs depuis… hmm.. 20 ans, plus? , pour le résultat que l’on sait, la montée du Front National ou dérivés. Mon accord avec Mme Simone Veil lors du vote pour l’IVG, avec De Villepin à l’ONU sur l’entrée en guerre en Irak, ne m’a rendu « de droite ». Mon accord avec M Badinter, contre l’avis d’une majorité de citoyens, ne m’a pas fait entrer au PS, etc.. 

La présence mise en étendard de quelques étoiles jaunes, de quelques antisémites *, ne me fait en rien participer à ces phénomènes. Je les ai toujours combattu, comme une grande partie des citoyens inquiets pour leur liberté. Comment avez vous pu à ce point jouer le jeu de la confusion ? Dans quel état est notre démocratie. ? Ce n’est pas Macron ou les décisions gouvernementales qui sont en jeu, mais votre si faible pouvoir d’analyse et de réaction. 

Concernant cette nouvelle idée des « enfants gâtés », de la dictature et de la démocratie, les «  si t’es pas content va en Syrie ou en Chine », comment dire mon sentiment…? Cette idée que comme il y a pire ailleurs et que j’ose manifester mes doutes,  me fait passer pour un salopard égoïste, un enfant gâté de la république , quelqu’un qui gueule parce qu’il n’est plus libre de manger un steak au restaurant… Comment la pensée a t elle pu à ce point dériver?

 Je n’ai jamais parler de dictature , mais de la légitimité de l’état d’urgence sanitaire décidée par un tout petit groupe et des absurdités qui en ont découlé. Amusément cette idée d’enfant gâté est un vieil outil de la droite, concernant par exemple le droit de grève:  les aiguilleurs du ciel, les pilotes d’avion, les services hospitaliers, les instituteurs, les travailleurs du rail, etc, tous des nantis , des privilégiés, qui prennent « en otage » le reste des français, des enfants gâtés qui ne considèrent pas que d’autres personnes sont en pire situation. Il y a toujours des personnes en situation pire, et cela nous empêcherait donc de protester? De contester? Hallucinant lorsque cela vient de personnes qui se prétendaient «  de gauche » avant qu’un certain Macron ai déclaré que ces clivages droite- gauche n’existaient plus. Ce que je  ( nous) défends (défendons) ce sont des principes de base de cette république, de cette démocratie, le droit de choisir, le droit de s’exprimer, le droit de demander des comptes. Nous disposons par rapport à une immense majorité de pays du globe de grands avantages (  santé, transport, éducation, etc) mais ils sont aussi le fruit de luttes, de prise de courage, de volonté politique. Doit on s’en excuser?  Lorsque ce gouvernement a « en même temps » dit que la vaccination ne serait pas obligatoire et en même temps dit que vous perdriez votre emploi si vous n’étiez pas vacciné, vous, « de gauche », ça ne vous a rien fait? Lorsque finalement cette mesure a été transformé par juste la perte du salaire? Toujours rien? Pas de réaction? Lorsqu’un gouvernement accumule les mensonges, un jour pas de réglementation pour l’ensemble du pays, chaque région doit décider, puis en fait non ,  puis de nouveau oui, puis de nouveau non.. pas de réaction? Lorsqu’on promet que jamais un pass sanitaire n’empêchera un citoyen d’aller au restaurant ou au cinéma, et que 15 jours après on le met en pratique, rien ,? Pas de réaction?  Ce n’est pas le fait d’aller au restaurant qui compte, on s’en fout, c’est la manière de gouverner, vous comprenez? Instituer le mensonge et la manipulation comme méthode . Bon ce n’est pas nouveau, certes, mais cela faisait l’objet de réactions par le passé. Dire que le vaccin n’est pas et ne sera pas obligatoire mais rendre la vie à ce point impossible aux gens ne vous fait aucun effet? Créer deux classes de citoyens aux droits différents  parce qu’on demande le temps de la  réflexion , l’usage de contre pouvoir, l’écoute d’autres analyses, ne vous dérange donc pas? 

Que s’est il passé? 

Et bien , pour reprendre l’exemple d’un pays déjà cité, la même chose qu’en Israël. C’est à dire la dissolution de la gauche, la disparition de ce qu’on appelait « le camp de la paix » qui a disparu au lendemain de l’assassinat de Rabin (1995). Pourquoi? Parce que la  “sécurité" a tout embarqué sur son passage, le discours sécuritaire face à un danger. Fini la réflexion, les pourparlers, la recherche de solutions, avec la peur comme outil principal de destruction massive, la gauche israélienne s’est dissoute. Ici , d’une autre manière évidemment, peur et sécurité ont annihilé tout effort de compréhension. Le binaire a été sanctifié: pour ou contre, et quand tu es contre.. tu es…. Tout ce que j’ai énoncé avant. Foin de discussion, d’argumentaire, de nuances. Alors que notre, mon, combat était justement uniquement celui là, politique, philosophique, éthique, face à la disparition d’une démocratie, d’une opposition, d’une liberté d’opinion, d’un secret médical, d’une liberté de circuler, à l’aide d’une propagande et d’une censure jamais vue depuis 1940. Ostracisés, dénoncés, montrés du doigt, dénigrés, vilipendés, ridiculisés par des arguments fallacieux, quelle solution pour faire partie encore de cette société.. ? Jamais depuis ma naissance ( 1956) nous n’avions assisté à la mise en place d’une telle fracture sociétale dans ce pays, une telle légitimation de différences des droits des citoyens. Le pire n’est pas qu’elle ai été inventé. Mais qu’elle n’est pas été critiqué par ceux qui auraient dû le faire. Ils l’ont validé et y participent. Passablement moribonde depuis au moins 20 ans, voire plus, ** cette gauche  là s’est auto dissoute. Et c’est un autre désastre, un autre virus, celui qui a ravagé les consciences. 

Oui sur ce plan là comme sur celui de champs de batailles ou de réflexions passés, nous sommes la somme de nos soustractions. Nous nous sommes progressivement retranchés, derrière l’urgence, derrière le confort, dans une passivité qui a sans résistance installé une manière de vivre et de gouverner dicté par le grand capitalisme numérique. La machine à broyer les consciences, l’esprit, les idées, la poésie, la culture, l’art, marche à plein tube, et nous ne pouvons plus rien en dire. 

Laurent Billard, simple citoyen, documentariste 

 *  Il y en a , mais si peu nombreux.

**  je cherche parfois un début à ce déclin.. peut être  depuis le Rainbow Warrior, en 1985 et la mort de Fernando Pereira, photographe, membre de l'équipage de Greenpeace. ?

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