Qui peut encore ignorer qu’aujourd’hui en France, en Europe, les démocraties régressent et que nos libertés sont en voie d’extinction et peu importe les appels au calme lancés par des Michel Rocard et autres Simone Veil dont les propos retranscrivent une pensée, au mieux, consciente de la dérive ambiante, au pire, aveugle au regard des faits mais qui, dans les deux cas, parce qu’ils font fi de la nature de ce gouvernement, viennent affaiblir un peu plus notre cohésion sociale.
Citoyens, nous sommes aujourd’hui les cobayes d’une nouvelle donne. Nos acquis que nous pensions aussi naturel que l’air que nous respirons ne cessent de se raréfier tant les émissions carboniques des politico-financiers qui nous gouvernent et commandent, augmentent et nous asphyxient et ce, depuis que l’argent est devenu le nouveau paradigme d'ici-bas.
Combien de temps nous faudra-t-il pour nous réveiller ? D’ailleurs le pouvons-nous, isolés que nous sommes. Le voulons-nous, tant la soupe des partis politiques dominant est indigeste et tant l’abrutissement des masses semble grand. Pire, lorsque ces dernières se réveillent c’est pour propulser l’extrême droite sur le devant de la scène. Est-ce de la mauvaise foi ou de l’aigreur de ma part ? Sans doute. Quoiqu’il en soit les derniers résultats électoraux européens ne me démentent pas.
Car si la responsabilité de cette déchéance pèse sur les politiques, elle ne disculpe pas pour autant les citoyens de leur devoir de vigilance, à moins que d'avoir cette qualité signifie désormais être un décérébré branché sur la télé et les ventes en ligne. Dans ce cas, replions nous chez nous, fuyons l’espace des revendications et la volonté de maîtriser nos vies, regardons le spectacle de la désolation en marche en espérant que le parapluie sous lequel nous pensons nous abriter tienne bon. Mais que peu un parapluie devant une tornade !
Nous ne sommes plus sur le terrain démocratique où des opposants s’affrontent en bon et du forme respectant des règles partagées par tous. Cet espace de liberté a fait place a un champ de bataille où tous les coups sont permis et, à ce jeu, la démocratie, faible devant l’agressivité, en prend plein la gueule. A fortiori lorsque la justice de notre pays, que je considère comme le pouls de notre société, est vidée de ses prérogatives. Si celle-ci a pu, un temps et au grand étonnement des politiques et des financiers, mettre au grand jour des systèmes mafieux touchant aussi bien la gauche que la droite, elle ne s’est véritablement exprimée, en tant que garde fou de ces dérives, qu’au travers du juge d’instruction et d'un parquet conciliant (affaires Urba, Elf, Sempap, Crédit Lyonnais).
L’étonnement de ces hommes qui tout à coup étaient redevenus des justiciables fit place très vite à la défiance et, finalement, à la mise au pas de la justice, via la reprise en main du parquet. Censé incarner la recherche de la vérité, le juge d'instruction, menacé de disparaître, se voit priver de toute liberté d'action. A ce titre, Courroye et le Tribunal correctionnel de Nanterre apparaissent comme une vitrine de ce modèle censitaire.
Cette nouvelle période que nous traversons n'inaugure rien de bon.
Si la majorité de la population reste malheureusement silencieuse, il existe toutefois des citoyens qui s’expriment courageusement et alimentent un espoir de meilleurs lendemains. Ainsi en est-il de deux militant(e)s du réseau RESF d’Indre-et-Loire et du collectif Soif d’Utopies qui, parce qu’ils avaient dénoncé les méthodes utilisées dans la chasse aux sans-papiers et à leurs enfants, rappelant celles de la police de Vichy, en particulier l’utilisation par l’administration des fichiers de la « base élèves », sont poursuivis devant le Tribunal correctionnel de Tours pour diffamation publique contre l’administration préfectorale.
Ce procès en sorcellerie qui aura lieu le 16 septembre 2010 à TOURS demande que nous leur apportions notre soutien. Aussi, je vous invite à signer la pétition via ce lien.
En effet, aux discours populistes qui parlent de déchéance de la nationalité française ou comme ce député Éric Ciotti, élu de Nice, qui propose de responsabiliser pénalement les parents de mineurs délinquants en cas de défaillance caractérisée, il est urgent d'opposer une résistance.
Pour commencer il est nécessaire de rappeler que ces prises de positions nous évoquent dans notre mémoire collective une époque trouble où les exceptions aux droits de l’Homme touchaient une population précise et exhumaient des théories scabreuses.
A force de nous taire, nous ferons, par exemple, de ce député un rottweiler alors qu’un simple coup de talon le ferait retourner à la niche.
Laurent BORDEAU