Une rentrée à reculons

251540_4480048928403_2049335141_n.jpgSi une certaine léthargie médiatique s’est imposée ces mois de juillet et d’août, cela ne doit pas nous faire oublier que si le centre d’un cyclone est calme, les éléments se déchainent toujours à sa périphérie et qu’à sa base les dégâts sèment la désolation.

L’inflation des chiffres du chômage, la quasi-récession économique qui affecte notre pays, les multiples plans sociaux qui s’y développent, illustrent parfaitement ce chaos. 


En cette rentrée, les citoyens, à l’image de l’économie mondiale, se contractent, se replient sur eux-mêmes et, pour nombre d’entre eux, font le dos rond face à un avenir qui s’annonce au mieux pire qu’avant. Quant aux discours de la majorité, ils se succèdent et finissement par lasser voir inquiéter l’opinion. Si le discours sur la dé-mondialisation avait enflammé la primaire socialiste, son porte voix, ministre aujourd’hui du redressement productif peine à prendre le taureau par les cornes et à se hisser à la hauteur de ses paroles. Quant à l’ancienne secrétaire d’EELV, nous savons maintenant qu’avec une muselière, nous n’avons plus rien à entendre ni d’elle, ni de son parti surtout en ce qui concerne le nucléaire, et plus récemment sur le projet de l’aéroport de Notre Dame des Landes pour lequel sa ministre de tutelle, Delphine BATHO, a apporté son soutien au premier ministre.

Si les actes tardent à venir, les comportements des ministres nous enseignent bien des choses. Certains d’entre eux se sont ainsi rendus aux universités d’été du MEDEF à JOUY EN JOSAS (Jean Marc Ayrault, Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg…). L’hospitalité du MEDEF valait sans doute mieux que la grogne des salariés des entreprises de PEUGEOT, d’Ethicon, de Fralib, de Roto 93, de SODIMEDICAL, de CARREFOUR, de DOUX, de TECHNICOLOR...

Une telle débauche d’énergie pour plaire à ce syndicat qui prêche, rappelons-le, pour plus de flexibilité nous alerte sur les leviers que compte actionner le gouvernement AYRAULT pour inaugurer ses mesures « austéritaires ». Au moins cet événement aura rassuré le MEDEF sur les intentions du gouvernement socialiste qui se gardera de toute agression à son égard.

Il y a un autre ministre qui s’est fortement activé cet été, il s'agit de Manuel Valls. Il valait mieux être sourd que d’entendre l’ovation que les socialistes présents  à LA ROCHELLE avaient réservée au ministre de l’intérieur et à sa politique à l’égard des Roms qui prolonge celle de ses sinistres prédécesseurs. A l’intégration de quelques 20 000 femmes, hommes, enfants sur une population de plus de 65 millions de français, Valls préfère démanteler les camps et précariser encore un peu plus ce peuple européen et ce, dans un silence des instances européennes complice. Reconnaissons au moins au locataire de l’hôtel Beauvau la qualité d’accomplir cette tâche inaugurée par Sarkozy sans qu’il est eu besoin, comme Eric BESSON, de changer de camp.

Même si je reconnais qu’il est précoce de tirer un premier bilan de l’action gouvernementale et que nous devons en aucun cas préjuger de l’avenir, je m'inquiète que le discours de la campagne présidentielle socialiste se soit aussi vite dilué dans la gouvernance de bon ton. Dois-je souligner qu’en détenant la majorité tant à l’assemblée nationale, qu’au sénat, le PS aurait pu donner un coup de barre à gauche, sans que l’UMP, le MODEM ou le FN lui viennent chercher des poux dans la tête a fortiori lorsque ce même PS détient la majorité des régions et des départements.

Jusqu’à maintenant, le gouvernement socialiste se contente de caresser les uns et les autres dans le sens du poil, avec la volonté d’effacer toutes les éventuelles aspérités qui auraient pu chagriner l’une ou l’autre des forces politiques ou économiques de notre payset de celles de l'union européenne. Mais l’heure des choix a sonné. Il ne s’agit plus de faire une énième synthèse. La France n’est pas le PS et les affaires du monde sont insensibles aux postures.

Bien entendu, nul n'attendait d’HOLLANDE et du gouvernement AYRAULT qu’ils rompent avec le capitalisme mais tout de même nous sommes loin du discours du BOURGET où la finance s’était vu alpaguer sans ambiguïté par le candidat socialiste. Le PS et ses alliés qui s’affichaient comme l’antithèse de l'UMP, se trouvent aujourd’hui à épouser les mêmes thèses au risque de poursuivre le même but et donc à perdre tout arrimage à gauche et de se rendre malheureusement complice de son adversaire.

D’ailleurs le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire (TSCG) ou pacte budgétaire obéit à ce mouvement de convergence. Ses défenseurs, tant du côté du PS que de celui de l’UMP, ne vont-ils pas jusqu'à lui accoler le mot «solidarité » comme si le fait de prêter de l’argent avec, comme contrepartie, l'octroi d'un droit d’ingérence assortit d’un pouvoir de sanction, le tout sans aucune légitimité démocratique, étaient une marque de solidarité !

Aux coups donnés par les affairistes et autres renégats de la finance sur nos démocraties chancelantes, le TSCG, une fois adopté, donnerait un coup fatal à plus d’aspiration d’égalité, de fraternité et de liberté.

L’Europe de l’après guerre voulait éloigner, officiellement, le spectre de la misère et de la guerre. Le Plan Marshall et la construction européenne qui s’en suivirent avaient, en apparence, cette finalité mais fort est de constater que l’union européenne n’est qu’une machine au service du capital et qu’elle n’est qu’un appendice aux Etats-Unis d’Amérique qui réclame désormais son dû.

Le combat contre le TSCG et celui de la tenue d’un référendum ne se feront pas sans que nous nous posions la question de cette Europe de « la concurrence libre et non faussée ». En effet, pouvons-nous rester longtemps assis sur une branche pourrie sans risquer de tomber avec elle dans le vide ?

Le danger est qu'à cause d'un terrain rendu fertile par les politiques « austéritaires », la misère étend, de nouveau, sa toile sur l’Europe. Celle qui avait, par le passé, gangrené les corps et les esprits et mené le continent à l’horreur doit de nouveau être combattue. Ce combat, le Front de Gauche avec d’autres forces de gauche le poursuit.

Avec le respect que nous devons accorder aux uns et aux autres, il est impératif de nous retrouver côte à côte pour refuser ce pacte qui déclare la guerre aux peuples européens. Nous ne pouvons prédire de ce qui adviendra des mobilisations, nous n’avons qu’une seule certitude celle de vouloir bâtir une société dans laquelle les femmes et les hommes vivraient libérés des chaînes de l'exploitation.

Laurent Bordeau

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.