Lettre à monsieur Veolia Eau (de son prénom)

à Monsieur VEOLIA Eau

 

Copies transmises à :

-         Monsieur le Maire de Caen.

-         Presse sérieuse et satirique, locale, nationale et internationale.

-         60 Millions de consommateurs.

-         Peuple de France, d'ici, d'ailleurs, etc.

 

Objet : étonnement / perplexité / contestation / pochette surprise / demande de compensation ou de remboursement.

 

Monsieur Veolia Eau,

En parcourant mon relevé de compte bancaire, je constate avec surprise que vous m'avez délesté sans m'en informer, sans aucune autorisation, sans justificatif et sans aucun motif objectif, de la somme de 60,62 euros. Une somme conséquente, pour ne pas dire exorbitante, puisqu'elle correspond à deux mois de consommation d'eau, mes mensualités s'élevant à 30 euros. 30 euros qui ont été prélevés en plus de ces 60,62 euros, ce qui porte ma facture d'eau pour ce mois d'octobre à… 90,62 euros. A votre santé, monsieur Veolia Eau ! A ce prix-là, ce doit être un grand cru ! Prions pour que l'année prochaine accouche d'une piquette.

J'ai cru à une erreur avant qu'une dame de chez vous ne m'informe, non sans lassitude, montrant que ma question devait lui être posée une bonne centaine de fois par jour, que Veolia Eau m'avait acquitté d'office de "frais d'accès au service".

J'avoue mon étonnement !

En effet, j'ai emménagé le 1er octobre dernier dans un logement presque neuf qui était déjà alimenté en eau puisque brièvement occupé précédemment. Décédé avant de pouvoir prendre la moindre douche, le malheureux locataire a néanmoins eu le temps de contacter Veolia Eau afin d'accéder à vos services. Or accéder à vos services, je l'apprends aujourd'hui, génère des frais… J'en conclus qu'avant moi, ce malheureux monsieur décédé sans avoir eu le temps de prendre la moindre douche a lui-même été allégé de la modique somme de 60,62 euros.

Autrement dit si, dans un même logement, se succèdent deux, quatre ou dix locataires (décédés ou non), Veolia Eau prélève deux, quatre ou dix fois 60,62 euros pour "frais d'accès au service"… Inutile de faire le calcul pour conclure que l'opération est rentable.

Dans ces conditions, je comprends que, au moment où j'ai moi-même contacté Veolia Eau pour communiquer le relevé de compteur et convenir d'un échéancier, l'opérateur de chez vous se soit abstenu de m'informer qu'on allait me dérober 60,62 euros. En effet, le pauvre employé aurait été bien en peine si, d'aventure, je m'étais étranglé en l'entendant m'annoncer cette somme qui, objectivement, ne correspond à rien, même pas à un tour de main pour ouvrir une vanne puisque (vous l'ai-je déjà dit ?) mon logement était déjà alimenté en eau, mon défunt prédécesseur ayant fait la démarche quelques semaines avant moi. D'ailleurs, j'en viens à avoir des doutes… Je n'ose pas imaginer que mon infortuné prédécesseur soulagé de 60,62 euros sans avoir eu le temps de prendre la moindre douche ait pu trépasser à cause d'un entretien avec un opérateur de chez vous… 60,62 euros de frais d'accès au service d'eau avant même d'avoir consommé la moindre goutte d'eau… Il y a de quoi s'étrangler, s'étouffer, que dis-je ?, SE NOYER ! Se noyer sans eau, un comble ! Un comble à 60,62 euros… Multipliés par deux puisque, à mon tour, j'en suis dépossédé. Pas donné, le shoot H20 !

60,62 euros : une semaine de courses pour une famille de trois, un plein de gasoil, un quart de RSA, un dixième de Smic, une demi cuillère de beluga, deux grammes de cocaïne. A chacun son échelle de valeurs…

60,62 euros sans rien en échange ? Je n'ose y croire.

Que pouvez-vous bien avoir à m'offrir comme bien ou service à ce prix-là, monsieur Veolia Eau ? Quelque chose d'autre que mon eau, ça va sans dire, puisque je l'ai déjà payée. Vous allez me trouver curieux. C'est pourtant l'objet de ce courrier...

Je suis curieux en effet de savoir très précisément ce qui me revient en échange des 60,62 euros que vous m'avez pompés.

 

Dans la mesure où cette somme n'apparaît pas sur ma facture et qu'aucun document écrit ne m'a été adressé, je n'écarte pas l'hypothèse d'une erreur. Si tel est le cas, je vous serais infiniment reconnaissant de bien vouloir re-créditer mon compte sans délais (cette somme, en effet, me serait fort utile pour nourrir mes gosses). Si toutefois ce prélèvement se justifie, je ne doute pas un seul instant que vous saurez satisfaire ma demande d'explications, peut-être même, qui sait ?, au-delà de mes espérances. Une grande surprise m'attend peut-être au bout de ces 60,62 euros ! Je trépigne d'impatience à l'idée de votre réponse, monsieur Veolia Eau !

En parlant de réponse : à défaut, outre ma déception qui, vous vous en doutez, serait insondable - sans parler des risques de noyade que j'ai évoqués plus haut -, je me verrais contraint de conclure à un vol et, par conséquent, d'engager à votre encontre une procédure judiciaire dont, l'un et l'autre voyons ça d'ici, votre société ne sortirait pas grandie. Mais laissons cela. Je n'ose pas imaginer une telle issue. L'erreur est humaine.

A vous lire, monsieur Veolia Eau.

Bien à vous,

Laurent Brard.   

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