mot de passe oublié
Soutien

Construisez avec nous l'indépendance de Mediapart

Souscrivez à notre offre d'abonnement : 9€/mois + 1 film en VOD offert

ABONNEZ-VOUS
Le Club de Mediapart ven. 12 févr. 2016 12/2/2016 Dernière édition

Deezer, ou la fin de la diversité musicale.

On a appris ce matin que Axel Dauchez, le patron de Deezer, a été promus Chevalier de la Légion d'Honneur et on a manqué de s'étouffer. Au nom de quoi l'un des grands artisans du streaming reçoit une telle distinction ?

On a appris ce matin que Axel Dauchez, le patron de Deezer, a été promus Chevalier de la Légion d'Honneur et on a manqué de s'étouffer. Au nom de quoi l'un des grands artisans du streaming reçoit une telle distinction ? Pour avoir complètement asséché le marché en proposant de la musique quasiment gratuitement à ceux qui avaient déjà du mal à acheter un disque quand il était disponible gratuitement sur les plates-formes de P2P ? Pour payer - à l'instar de son concurrent Spotify - entre 0,006 et 0,0084 euros par titre écouté aux ayants-droit ?
P1050478.JPG

Le streaming n'est absolument pas viable à terme, car il consiste à mettre à disposition de tous du contenu que l'on n'a pas produit et que l'on ne rétribue pas suffisamment pour permettre aux artistes d'amortir leurs coûts de production. Comment dans ces conditions assurer la création de nouveaux contenus ? Les seuls qui parviendront à trouver les ressources nécessaires pour le faire seront ceux qui auront les faveurs du milieu publicitaire. On imagine sans peine que cela ne concerne en rien les musiciens de jazz ou de toute autre musique qui n'est pas diffusée sur les grands médias généralistes.

Dans ces conditions, c'est l'appauvrissement assuré, l'uniformisation par le bas de la musique pour la plus grande majorité du public. De fait, c'est la fin de la diversité. D'ailleurs il est frappant de constater que plus aucun artiste d'envergure n'émerge depuis dix ans. Où sont les Stevie Wonder, les Léo Ferre, Michael Jackson, les Jacques Brel, Serge Gainsbourg, les Peter Gabriel, les Marvin Gay, les Beattles d'aujourd'hui ? Ils existent c'est certain, mais ils n'ont plus la possibilité de se faire entendre dans un univers complètement saturé où ne prime plus que l'immédiateté, où le seul critère qui compte, c'est le nombre de hits enregistrés dans les premières semaines. Tous les musiciens dont la musique est si singulière qu'elle demande un peu de temps pour être entendue n'ont plus aucune chance de trouver leur public. Quand on ne mise plus que sur le plus grand dénominateur commun, on fini avec TF1. Qu'est-ce que TF1 a produit de bien depuis vingt ans ?

P1050267.JPG

J'entends parfois qu'on nous rétorque "mais vous avez les concerts où vous pouvez vendre des disques". C'est vrai que nous continuons à vendre des disques en concerts, mais pas assez pour rentabiliser l'énorme investissement qu'ils représentent. Pourtant, sans disques, point de concerts… 

Heureusement, on voit enfin apparaître des offres alternatives de streaming qui prennent en compte les besoins des artistes, mais quelle chance ont-elles face à des mastodontes comme Deezer ? Avec cette légion d'honneur, force est de constater que le chemin est long : si au plus haut niveau de l'état on n'a pas encore pris conscience de la gravité de la situation, comment peut-on espérer un changement rapide des mentalités du grand public ? Il serait pourtant bien temps qu'il prenne la mesure des conséquences de ses habitudes de consommateurs de musique, exactement comme il l'a fait avec la grande distribution. Car ce que Carrefour fait aux petits producteurs de fruits et de légumes, Deezer le fait aux musiciens.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires
  • 20/04/2014 20:21
  • Par mb19

Si je peux me permettre un conseil de lecture : Free, de Chris Anderson. 

Je ne suis pas convaincu par tout ce que développe l'auteur (il est très économoptimiste) mais concernant la musique, il expose que le problème de la gratuité s'est posé de la même façon qu'aujourd'hui dans les années 20-30 lorsque la radio puis les disques sont apparus, les station ne rémunérant évidemment que très peu les artistes (voire pas du tout). Les arguments étaient alors les mêmes : d'un côté "les artistes vont disparaitre", de l'autre "la radio vous permet de toucher un plus large public et ne vous fait pas de concurrence puisque la plupart des gens qui vous ont écoutés gratuitement n'auraient pas acheté vos disques".

100 ans plus tard, on en est encore là.

Soutenez Mediapart !

Soutien

Souscrivez à notre offre d'abonnement : 9€/mois + 1 film en VOD offert
ABONNEZ-VOUS

L'auteur

Laurent Coq

Musicien
Paris - France

Le blog

suivi par 21 abonnés

Le blog de Laurent Coq

Le fil du blog

Dans le club