La Californie s'affaisse de jour en jour

Article à paraître dans le numéro d'été du Lot en Action

La Californie est entrée dans sa quatrième année sans pluie et selon les spécialistes du climat, c'est la pire sécheresse que la région a connue depuis plusieurs centaines d'années. Pourtant dans ce désert américain d'énormes quantités d'eau sont nécessaires pour l'agriculture et les villes. Cette eau est essentiellement puisée dans le sous-sol, à un rythme croissant, et l'aquifère ne se renouvelant plus et… une partie de la Californie s'affaisse ! De 30 à 60 cm par an dans la vallée de San Joaquim par exemple. Une véritable catastrophe, dont toutes les conséquences ne sont pas prévisibles. Pourtant pas grand-chose ne bouge du côté des autorités, beaucoup trop sensibles aux intérêts à court terme du lobby de l'agriculture.

 

Le cliché qui vient immédiatement à l'esprit, lorsque l'on cite la Californie, c'est celui des quartiers huppés comme Beverly Hills, de vastes étendues en plein désert où la végétation est luxuriante et les golfs plus nombreux que tous les campings de Midi-Pyrénées réunis. Tout cela consomme bien évidemment beaucoup d'eau, mais rien en comparaison de l'agriculture, qui a elle seule utilise 80 % de la quantité d'eau nécessaire à l’État. La sécheresse qui sévit dans cette région du monde depuis quatre ans pousse les agriculteurs à puiser l’eau du sous-sol à un rythme croissant, voire record. Songez que plus de 60 % de l’eau consommée en Californie provient des réserves souterraines. Et comme cet aquifère ne se renouvelle plus, il se crée alors un vide sous les pieds des habitants et le sol s'affaisse. Une petite ville de la vallée centrale californienne de San Joaquim perd de 30 à 60 cm d’altitude chaque année depuis 2012. (1)

Les conséquences de ces affaissements sont nombreuses : ponts qui s'écroulent, pipelines qui se rompent, canaux qui fuient, barrages et bâtiments qui se fissurent.

 

Cette situation n'est pourtant pas nouvelle. Lors des sécheresse des années 1960, les mêmes constatations avaient été faites. Si à l'époque les infrastructures étaient moins développées, la facture des dégâts était lourde : l'équivalent de 9 milliards de dollars. Mais aujourd'hui l'agriculture s'est fortement développée (et donc les besoins en eau) et l'affaissement constaté est sans commune mesure avec celui des années 60.

« Pendant que les riches, à San Diego ou à Palo Alto, pleurent leurs pelouses (ou se préparent à payer les amendes s'ils dépassent leur quota d'eau), la vallée de la San Joaquin lutte pour sa survie. Même le paysage change », explique le photographe Matt Black (2). « Les champs sont laissés en jachère par les fermiers, faute d'irrigation. Les puits, consacrés à l'utilisation domestique, se sont taris dans plusieurs dizaines de localités. Les habitants sont ravitaillés en eau potable par les municipalités mais pour le reste – douches, lessive, vaisselle –, ils doivent se débrouiller. Par endroits, la vallée elle-même s'affaisse, tant la nappe phréatique se réduit. »

 

À l'approche de l'été, le gouverneur Jerry Brown a pris des mesures drastiques pour conserver l'eau. Pour la première fois de son histoire, la région va être rationnée. L’État devra économiser 25 % d'eau avant fin février 2016, et chacun devra faire sa part. Mi-avril, les Californiens ont reçu leur feuille de route. Dans les villes comme San Francisco, les habitants devront économiser 8 % par rapport à leur consommation de 2014. Mais ces mesures passent mal auprès de la population, qui pointe du doigt le modèle agricole. Là-bas plus personne n'ignore qu'une seule amande nécessite 1 gallon d'eau (3,78 litres). Et que, au total, les seuls producteurs d'amandes (6 500 exploitations) engloutissent 20 % de plus chaque année que les salles de bains et les machines à laver des 39 millions de Californiens. Les agriculteurs répondent que la demande mondiale d'amandes a explosé, notamment en Chine, et que les arbres aujourd'hui menacés par la sécheresse assurent un chiffre d'affaires annuel de 6,5 milliards de dollars. De quoi peser sur les décisions des autorités… Surtout que la Californie produit également 90 % des raisins, noix et amandes, 95 % des brocolis, 91 % des fraises, 81 % des carottes consommés aux États-Unis. Bref le lobby agricole est extrêmement puissant et ne compte en rien payer pour les dégâts engendrés, ni changer son mode de fonctionnement d'ailleurs (cela vous rappellera certainement l'attitude des agriculteurs français, qui refusent obstinément le principe pollueur-payeur que tentent d'imposer les Agences de l'eau…).

À travers le sort de la Central Valley, la question qui est posée concerne le pays tout entier. Sous l'effet du changement climatique et d'un mode de production totalement irresponsable, la Californie devra-t-elle renoncer à être le producteur de plus de la moitié des fruits et légumes des États-Unis ? C'est à espérer.

 

Notes

(1) Voir article publié sur le site NBC News (en anglais) : http://nbcnews.to/1FwdnsC

(2) Dans son interview donné au Journal Le Monde le 26 mai denier : http://bit.ly/1THrQNc

Pour en savoir plus : voir également le Bulletin électronique (site du ministère des affaires étrangères) : http://bit.ly/1dZ3Xjo

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