Un jeu d'enfant...

Voir grandir des enfants permet, si on prend le temps d'être à leurs côtés, de voir le monde à travers leurs yeux. Bien sûr, assez vite, la loi du plus fort règne dans les classes et la cour de récré, et même l'actualité est entendue à travers ce classement permanent : « Mais l'Allemagne, papa, c'est la combien de puissance mondiale ? ». Bien sûr, parfois, on prend peur de cette capacité des gamins à singer les adultes.

 

Je me prends aussi à rêver que demain les adultes singent les enfants. Ainsi, nous garderons cette capacité à vivre l'instant dans toutes ses démesures. Les émotions resteraient immenses mais nous serons capable de les surmonter en un instant. Nous ne dirons que la vérité au risque de choquer ou de déplaire, mais les relations seraient simplifiées par honnêteté permanente et réciproque. Nous garderons une part pour l'imaginaire, pour dessiner sans peur d'être jugés, pour danser sans gêne, pour rire à gorges déployées. Nous prendrons un temps fou pour l'inutile plaisir de nous inventer des mondes, des rêves sans limites. Les histoires racontées seront des mondes à partager sans fin. Nous nous lirons des livres à voix haute et jouer sera un passe temps très répandu.

Les adultes nouveaux et enfantins seront surpris de l'existence des frontières, du mensonge, du vol et du viol. Ils demanderont pourquoi nous ne partageons pas le savoir, les richesses, le travail. Comme une évidence enfantine, ils rebâtiront le monde comme un jeu d'enfant. La tendresse sera au centre de nos relations et la créativité comme un nouveau cœur dans notre corps...

 

Bien entendu, je divague, les enfants savent aussi être cruels et ce qui fait la beauté de nos vies, c'est de savoir être adulte, construire et partager la vie, en être responsable. Être adulte, c'est aussi être conscient du monde, apprendre à le comprendre dans sa complexité, pour mieux le transformer.

Mais enfin... réfléchissons un instant : avec des yeux d'enfants, la pensée de Manuel Valls est inconcevable, la haine d'Aube Dorée un cauchemar de science fiction. Avec des yeux d'enfants, construire un projet politique serait assez simple, comme... un jeu d'enfant. Les enfants savent commencer par les fins.

 

Laurent Eyraud-Chaume, 4 octobre 2013

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