« Libéré, délivré… »

Les mots m’usent, jusqu’au trognon. Les mots des autres sont des mystères, je ne comprends pas tout, cela me désespère. Les miens aussi sont très petits, inadaptés et fatigués. Je sens bien que je rabâche. Leur sens s’épuise et moi aussi.

La chronique des 4 jeudis par Laurent Eyraud-Chaume.

Les mots m’usent, jusqu’au trognon. Les mots des autres sont des mystères, je ne comprends pas tout, cela me désespère. Les miens aussi sont très petits, inadaptés et fatigués. Je sens bien que je rabâche. Leur sens s’épuise et moi aussi.

Je rêve d’un espace à moi où je les rencontre librement sans la contrainte d’un spectacle à écrire, d’un tract à rédiger. J’ai pensé un instant céder à la tendance du moment et vous livrer des vidéos de moi parlant sur youtube devant ma bibliothèque (ç’aurait été d’un bel effet) ou devant le pic de Bure (pour faire rêver les amis parisiens). Mais le chemin oral est trop grand pour dompter les mots librement. A l’oral, sans mes papiers, je discours, je baratine, je tire des ficelles rhétoriques.

Me revoici donc sur la draille des chroniques écrites, je connais leurs tortueuses nécessités : écrire pour soi et pour tous, partir du concret et viser les étoiles. J’en ai commis un bon paquet pour les amis de Cerises. Mes mots trouvent à présent leur résonance chaque semaine sur alpternatives.org. Internet permet la longueur et la brièveté, mais aussi le lien et le visuel… Pas vraiment de contraintes ni de censure à l’horizon… Hormis celles que je m’inflige : écrire chaque semaine, même quelques mots, comme une obligation de rentrer en moi-même et de quitter le flux fou de mon agenda; écrire sans avoir le nez sur l’actualité (pas facile en ce moment…) mais plutôt poser sur l’infime signe du quotidien qui raconte plus que 1000 discours et 100 théories.

Ce sera donc la “chronique des 4 jeudis”. Comme la semaine du même nom, elle vise un idéal comme un horizon qu’on poursuit… Du temps libre, du temps libéré, 4 jours pour nous, pour le commun et l’intime, 4 jours pris sur ce qui nous enferme, la course au salaire, les obligations, les patrons et la raison. La semaine des 4 jeudis, pour commencer par les fins : pourquoi nous battons-nous ? Pour quel monde ? pour quelle vie ?

Quand viendra la semaine des 4 jeudis, le plus tôt sera le mieux, nous pourrons aisément organiser notre temps libéré. Et comme l’heure est au printemps du débat politique (cette saison-là ne se termine pas dimanche mais le 18 juin 

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