Je pars dans une semaine pour Avignon. J'y raconterai L'héritage. Le récit commence par un fait divers entendu à la radio : un vieil agriculteur décède et lègue tout son patrimoine à son village à la seule condition qu'il soit utilisé pour « l'instauration du communisme ». J'ai eu envie d'imaginer la suite... J'ai créé avec un plaisir gourmand ce village.J'ai volé au quotidien les petites bribes de réels pour construire des personnages... Et j'ai mis tout ce beau monde autour d'une table de conseil municipal face à cet héritage encombrant.
Je me demande souvent dans quel monde vivent les personnages des films ou des séries ? Chez eux le ménage est fait, personne n'est au chômage, ils sont tous beaux... Oh il y a bien des exceptions, mais tout de même cette appropriation des imaginaires par une classe sociale est déjà une défaite. La liberté de création est bien incomplète si tous les espaces artistiques sont portés par une infime minorité.
Il se joue ici l'échec d'un système éducatif qui reproduit et amplifie les inégalités. Combien de fils d'ouvriers dans les écoles de théâtre ?
Il se joue aussi la maîtrise conjointe du marché culturel et des lieux d'arts. Imposer des images, des mots, des mélodies à la terre entière n'est pas qu'un enjeu financier. Il s'agit de faire partager une représentation du monde. De même l'appropriation par un petit nombre des lieux de créations financés par les impôts de tous n'est pas qu'un enjeu de vitrine sociale. Il s'agit de maintenir le peuple dans l'illusion que créer n'est pas à la porter de tous.
Il se joue enfin notre recul collectif sur ce front là. N'avons nous pas laissé grandir l'idée que le combat des intermittents est une lutte sectorielle ? N'avons nous pas joué le jeu de cette division par secteurs et disciplines ? Comment séparer les questions d'école, d'arts et d'éducation populaire ? Il faut œuvrer pour un partage du sensible et du savoir, c'est un enjeu politique majeur ! Comment pourrions-nous transformer la vie sans la comprendre et l'aimer ?