Dimanche 23 avril 2006
Hier meeting UMP, 2500 personnes. Bonne puanteur. Il y a d’abord ces paroles rapportées partout : On en a plus qu'assez d'avoir en permanence le sentiment de s'excuser d'être français. On ne peut pas changer ses lois, ses coutumes parce qu'elles ne plaisent pas à une infime minorité. Applaudissement. Rires. Libération. Autorisation de rire.
Sarkozy d'extrême droite.
Et d’ailleurs, s’il y en a que ça gêne d’être en France, je le dis avec le sourire, mais avec fermeté, qu’ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu’ils n’aiment pas !
Applaudissements. « (…) avec le sourire » fait écho aux rires qu’il vient d’entendre, mais sur un registre contenu. Les approuve. Confirme l’autorisation de rire. Entend et dit qu’il tient sous contrôle les lâchetés qu’il vient de libérer.
Dans quelques organes de presse (au moins Le Monde) la formule rapportée inexactement : « Si certains n'aiment pas la France, qu'ils ne se gênent pas pour la quitter. » « La France, tu l'aimes ou tu la quittes ». Formule attribuée dans cet article signé lemonde.fr Avec AFP | 23.04.06 | 09h03 • Mis à jour le 23.04.06 | 13h25 à Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France (MPF). Lequel en fait l’a volée au Front national. Au Front national de la jeunesse ? Si je me souviens bien d’affiches, vues pour la première fois il y a combien de temps ? Employer cette formule après la défaite du CPE, c’est juger la défaite mineure, au moins vouloir le faire croire.
Indication sur leur répertoire tactique : dès que recul, se reprendre par l’extrême droite. Là sont leurs ressources. C’est plus qu’une tactique. Si c’est profond comme je le crois, alors ils répèteront, recommenceront, ne pourront plus s’arrêter.
Je veux aussi m'adresser à la gauche populaire, à tous ceux qui ont cru au Parti communiste. J'ai plus de respect pour les anciens ouvriers qui ont travaillé toute leur vie en usine que pour les mondains qui n'ont pas vu les crimes de Staline.
Il s'en prend à « une gauche qui n'a pas de leçons de morale » à lui donner, « une gauche responsable de la montée du Front national ».
Brouillages typiques de l’extrême droite, on est descendu des hauteurs du GRECE ou du Club de l’Horloge, ou d’Alain Soral, etc. – tous ces gens qui ont renouvelé la philosophie de l’extrême droite et ont voulu la faire adopter par la droite, qui citent Gramsci, qui ont théorisé la lutte des symboles, des mots, qui ont gagné des places dans les médias, les agences de relations publiques.
Très grand rendement de la formule. D’un seul mot, « les mondains », on fait de l’anti-intellectualisme, on recrute à la gauche des petits-bourgeois du PS, on recrute au FN, on recrute dans les logements sociaux, dans les campagnes, dans les boutiques sur le point de disparaître alors qu’on ouvre grand les vannes du grand commerce qui les avale, et ainsi de suite.
C’est profond. Il a acquis une belle position de tir, cet ambitieux, en haut d’une colline, d’où il peut tirer dans toutes les directions, sur tous ses ennemis.
Contre Dominique de Villepin :
Avec le CPE, un jeune pouvait se faire licencier sans motif. Je ne veux pas faire cadeau de l'esprit de justice à la gauche et que la droite soit associée à la précarité. La gauche sait exploiter nos erreurs, je ne ferai pas cadeau à la gauche de nos erreurs.
Contre Lionel Jospin, l’ex-Premier ministre socialiste, champion des privatisations mais dont il veut qu’on se souvienne seulement qu’il avait procédé à des régularisations de sans-papiers :
S'il était candidat [en 2007], ce serait l'occasion de lui demander des explications.
À ces mots Sarkozy rit, rapportent les journaux. Son rire cette fois. Pas besoin de retenue, impossible même. On ne peut retenir ni réduire une autorisation qu’on s’est donnée à soi-même. Rire content. Il est contenté. Ne peut s’empêcher de jouir d’avance des avantages que sa position nouvellement acquise lui donne.
La bataille est engagée et il dit à l’avance quelles seront les insultes et à qui les lancer. Il provoque l’indignation et la disqualifie d’un seul mouvement.
Il est ministre de l'Intérieur, il a son projet de loi sur l'immigration, il veut supprimer « les régularisations au fil de l'eau1 ». De cette posture, ce ne peut être que le début d’une liste de mesures qui n’aura jamais de fin.
Je ne suis pas indigné. Je refuse de m’indigner. Non pas parce qu’il disqualifie l’indignation, ce n’est pas lui qui va dicter mes réactions. Mais parce que s’indigner me parait faux, inapproprié, stupide. Pourquoi ?
1Celles qui sont attribuées sans difficulté aux personnes qui peuvent prouver qu’elles sont en France depuis plus de dix ans.