Binic-Etables-sur-Mer, réponse à Laurent Mauduit

Suite à l'article écrit par Laurent Mauduit sur son blog, j'ai échangé avec lui sur plusieurs points qui me paraissaient contestables, échange intéressant pour lequel je le remercie. Voici ma réponse à son article :

M. Mauduit,

Je vous dis non.

Certes votre article est un billet d’humeur et n’a donc pas vocation à être pris pour un écrit journalistique soucieux de la véracité de ses informations, article par ailleurs très bien mené (et donc efficace dans sa démonstration, hélas), mais surtout ponctué d’erreurs, ce qui contentera certainement les opposants de SOS Mariage forcé, mais qui n’a que peu de rapport avec la réalité des faits. Car je vous l’affirme, vous avez été mal renseigné, et assurément de façon partisane. 

Je ne vais pas revenir sur votre dénonciation de l’autoritarisme aux « sommets de l’Etat », ou sur les bienfaits ou non des communes nouvelles, c’est un autre débat, pas plus que sur l’appel du Ministère de l’Intérieur, la justice tranchera, mais si vous le permettez, je vais juste rétablir quelques faits sur la situation réelle de Binic-Etables-sur-Mer.

Ainsi vous écrivez  « Les conseillers municipaux qui détiennent la majorité à Etables n’ont jamais pris soin, avant de se faire élire en 2014, quand ils faisaient campagne, de faire savoir que la fusion était leur projet principal ». Ils auraient bien été en peine de le faire puisque tel n’était pas le cas. En effet, la loi instituant les communes nouvelles date bien de 2010, mais elle n’était guère incitative et n’intéressait personne. Il fallut attendre celle du 16 mars 2015 (soit un an après les élections de 2014) et notamment la mise en place d’un pacte financier permettant de stopper la baisse des dotations de L’Etat pendant 3 ans pour que les élus y jettent un oeil. Au printemps 2015, comme beaucoup de politiques soucieux des deniers publics, et engagés dans la loi NOTRE qui redéfinissait  le territoire, nous nous sommes donc interrogés avec les autres élus de notre communauté de communes, et au final, seuls ceux d’Etables-sur-Mer nous ont rejoints dans cette réflexion à l’automne 2015. Pas de « piètre manoeuvre des conseillers municipaux » donc, pas plus que « d’ambition tenue secrète », mais bien une décision responsable permettant à la fois de répondre aux nouveaux enjeux du pays de St-Brieuc, à la fois de maintenir et de renforcer les services (social, associations, tourisme…), et enfin de mettre en place des projets ambitieux pour notre nouvelle commune. Et par ailleurs, nous n’avons pas «  conquis la Mairie », les 2 équipes étaient déjà en place depuis 2008.

Ainsi vous écrivez « ils n’ont pas plus consulté la population, par exemple sous la forme d’un référendum local ». C’est exact, la loi étant claire en ce sens, seul un désaccord d’1 des 2 Conseils Municipaux des deux villes historiques pouvait entraîner la tenue d’un référendum. Ceci dit, s’il n’y avait pas d’obligation, nous aurions tout de même pu le faire, c’est vrai. Un référendum étant compliqué à mettre en place et nécessitant une campagne d’explication assez longue (à l’époque, pour que l’intérêt financier reste positif, il fallait que les Conseils Municipaux votent la fusion avant le 31 décembre 2015 ; la date a ensuite été repoussée à 2 reprises, de 3 mois, puis de 6 mois), nous avons choisi un autre mode de concertation (et visiblement nous avons eu tort), celui des réunions publiques afin d’engager la réflexion avec les citoyens. Il y eut ainsi 6 réunions publiques sur des thèmes divers. Pas de « coup de force » donc, pas plus que de « déni de démocratie ». D’ailleurs les 4 têtes de listes de 2014, bien au-delà des clivages traditionnels, ont travaillé en amont de la création et continuent à travailler ensemble aujourd’hui à la construction de cette commune nouvelle.

Ainsi, vous écrivez, « les élus municipaux ont agi à la hussarde, malmenant les comités techniques ». Encore une fois, je vous dis non : pensez-vous que les agents de la commune, s’ils avaient été « malmenés » comme vous l’écrivez, auraient ensuite donné leur accord à la commune nouvelle ? Croyez-vous qu’il auraient oeuvré sans compter leur temps, sans compter leurs heures au bon déroulement de cette fusion ? Non ils n’ont pas été malmenés, oui le travail a été fait avec eux, et même en grande partie grâce à eux. Et pour votre information, ils avaient bien été réunis, en décembre 2015 pour Binic, en janvier 2016 pour Etables, mais ils n’avaient pas donné d’avis officiel sur le sujet, ne le faisant qu’une fois réunis suite au vote du Conseil Municipal instituant la commune nouvelle, 4 jours après donc. Nous avions alors suivi la procédure préconisée par la Préfecture.

Enfin vous écrivez «  Sans doute ce Christian Urvoy peut-il nourrir l'ambition de faire carrière: il sait flatter les puissants et connaît les usages du système». Je peux vous assurer qu’il connait certes parfaitement les « usages du système » (ce qui ne me parait pas un problème mais plutôt un gage d’efficacité), mais que ni la flatterie ni l’ambition ne sont dans son ADN, ayant déjà annoncé par ailleurs publiquement dès 2014 qu’il ne ferait pas un éventuel troisième mandat, et s’arrêtant donc en 2020. Raté donc pour « l’ambition de faire carrière ».

Voici quelques exemples permettant, je l’espère, de contrebalancer un peu le parti-pris de votre article. Pour autant, je n’affirme pas que tout a été bien fait, car tel n’est pas le cas. Nous comprenons parfaitement que certains citoyens de Binic ou d’Etables-sur-Mer aient pu être surpris, déstabilisés, voire choqués par la manière, ou par l’absence de référendum par exemple. Nous avons reconnu à de nombreuses reprises notre maladresse dans l’annonce de la réflexion autour de la commune nouvelle. Mauvaise com’, clairement.

Mais cela n’excuse en rien les mensonges, les intimidations et les huées de certains membres de cette association lors des réunions publiques, hystérisant ainsi les échanges et rendant de facto impossible tout débat. Cela n’excuse en rien les sifflets, les insultes et les menaces quand arrivent les élus au Conseil Municipal du 11 juillet dernier par exemple, élus devant passer, pour entrer dans la salle, au milieu de leur haie vociférante du « déshonneur ». 

Tristes manoeuvres d'un autre temps, aux relents identitaires nauséabonds, d’une association (menée entre autre, mais pas seulement, par d’anciens élus battus aux élections, ce que c’est que le hasard tout de même…) qui se radicalise hélas, et dont l’un des objets est pourtant de « défendre la démocratie ».

Et pourtant oui, de nombreuses questions se posent, et le débat vaudrait tellement mieux que cela ! 

Je suis sûr que certains membres de cette association sont sincères dans leurs démarches, leurs questionnements, voire leur refus de cette commune nouvelle. Avec ceux-là peut-être le dialogue est-il encore possible. C'est justement aussi cela la démocratie me semble-t-il, ne pas être d’accord peut-être, mais pouvoir en discuter. Espérons-le. 

Alors je sais, il est à la mode aujourd’hui de clouer les élus au pilori, et parfois le méritent-ils. En attendant, ce que je constate à Binic-Etables-sur-Mer, ce sont des élus présents, actifs, imaginatifs et rigoureux ; peut-être font-ils parfois des erreurs, c’est possible, mais ils défendent avec honnêteté et conviction des projets pour le bien commun. Une notion, le bien commun, pas très à la mode, elle, mais à laquelle nous tenons encore ici.

En attendant M. Mauduit, je vous invite à boire un café quand vous viendrez dans notre ville, vous la connaissez, on y vit bien, on s’y sent bien, et discutons, car oui, mille fois oui, « la démocratie est ainsi : la première de ses règles, c’est le débat public et transparent. C’est par l’échange des opinions, par la confrontation des points de vue, que les citoyens peuvent être éclairés sur la vie de la Cité ». Et venez avec quelqu’un de SOS s’il le souhaite.

Je vous dis oui.

Laurent Honoré

Maire-délégué de Binic

Maire-adjoint Culture&Communication de Binic-Etables-sur-Mer

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