UMP: la grande diversion

Le revoilà, le mot magique. Le revoilà, ce mot dont on va nous rebattre les oreilles jusqu'à l'élection présidentielle. L'"assistanat". Oui, vous en avez déjà mangé à toutes les sauces en 2007, mais on va vous resservir le même plat réchauffé en 2012. L'assistanat, ou le "cancer" de la société française, dixit Laurent Wauquiez, membre de la "Droite Sociale", qui n'a de social que le nom. L'assistanat va être l'arbre qui va cacher la forêt des échecs et compromissions avec les riches accumulés par Sarkozy et son équipe depuis leur accession au pouvoir. L'UMP a déjà lancé les grandes manoeuvres et va en faire son thème principal de campagne. Cela mérite qu'on s'arrête sur les mensonges, omissions et autres approximations colportés par le parti majoritaire. Un des angles d'attaques du parti sarkozyste sur la question de l"assistanat" est la chasse aux fraudeurs aux prestations sociales.

 

Fraudes sociales : une gigantesque manipulation de l'opinion

 

Ainsi donc, ces derniers jours , l'UMP communique tous azimuts sur la fraude aux prestations sociales. Le constat est simple pour qui se laisserait bercer par le discours bien cadré de Xavier Bertrand, Ministre du Travail de l'Emploi et de la Santé : l'ensemble des fraudes sociales détectées a progressé de 19 % en 2010, le ministre communiquant sur le chiffre de 458 millions d'euros de fraudes détectées. Selon ce bilan, 185 millions d'euros concernent le travail non déclaré et 266 millions d'euros viennent de fraudes aux prestations de la Sécurité sociale. La branche maladie a notamment repéré 156 millions d'euros de fraudes en 2010 et la branche famille, 90 millions d'euros.

"Vous vous rendez compte ? Est ce que c'est normal ?" s'écrierait un Sarkozy roulant des épaules devant un parterre de militants UMP. 458 millions d'euros ! Le chiffre est impressionnant. Pour ajouter de l'eau au moulin de ce catastrophisme bon teint, Xavier Bertrand a estimé qu'il était difficile de répérer toutes les fraudes évaluées selon lui à "plusieurs milliards d'euros par an". Et là nous revient encore l'image d'un Sarkozy, l'air grave : "Vous vous rendez compte ? En plus, on arrive même pas à tous les attraper !". Les esprits sont frappés. Les chiffres parlent. La sentence est définitive : la France est remplie de fraudeurs aux prestations qui coulent la Sécu.

Mais quand même, avant d'enterrer définitivement le sujet, :regardons y de plus près. Le débonnaire Xavier Bertrand dit "plusieurs milliards". Plusieurs, c'est combien ? 5 milliards ? 10 milliards ? 20 ? 50 ? On appréciera la précision de l'évaluation de notre ministre. Alors, pour avoir les bons chiffres, puisque ni notre ministre ni les grands médias asservis à la propagande gouvernementale ne veulent nous les donner, nous allons les chercher nous-mêmes. Première source : ceux récemment publiés par la Cour des Comptes qui écrit noir sur blanc dans son dernier rapport que les fraudes aux prestations sociales s'élèvent à environ 3 milliards d'euros par an. "Plusieurs", c'est donc 3 milliards d'euros. Ce "plusieurs" prometteur avancé par monsieur Bertrand s'avère finalement décevant. "Mais enfin, 3 milliards d'euros, vous n'y pensez pas, c'est quand même astronomique" rétorquerait un Sarkozy goguenard. Oui, c'est une somme rondelette. Mais comparons la au budget total de la Sécurité Sociale.

Allons donc consulter notre 2ème source de chiffres : la Loi de Financement de la Sécurité Sociale 2010, dont je mets le lien ci-dessous pour une consultation complète : http://www.securite-sociale.fr/chiffres/lfss/lfss2010/plfss2010_chiffres_cles.pdf. De quoi s'aperçoit-on ? On note déjà que le budget total des dépenses de sécurité sociale en 2010 pour les 4 branches (maladie, accidents du travail/ maladies professionnelles, famille, vieillesse) s'élève à 435 milliards d'euros. En reprenant le chiffre de 3 milliards d'euros de fraudes aux prestations, on constate donc que ces fraudes réprésentent 0,68 % du budget de la Sécu. Le chiffre est déjà beaucoup moins impressionnant. Imaginez Sarkozy dire :"Sur 100 euros dépensés par la Sécurité Sociale, 68 centimes sont détournés par les fraudeurs ! Vous vous rendez compte ? 68 centimes sur 100 euros !" Eh oui, l'indignation de bon aloi tournerait au ridicule. Disons simplement que c'est impossible pour le pouvoir de communiquer de la sorte sur le sujet car sinon cela démontrerait que la fraude aux prestations sociales est un problème microscopique. Si les JT calculaient le temps à accorder à ce sujet en fonction de la gravité du problème, les fraudes aux prestations sociales feraient l'objet d'une brève de 10 secondes à peine, ce qui est loin d'être le cas, puisqu'entre deux reportages sur la nouvelle moquette de la salle de bains de la suite 2806 de l'hôtel Sofitel à New York, les méchants fraudeurs sont ces jours derniers un des sujets traités en priorité.

Mais allons plus loin dans les chiffres. Regardons par exemple le déficit de la Sécurité Sociale en 2010 : ils s'élève à environ 32 milliards d'euros, soit environ 7 % du budget total. On fait rentrer 100 euro de recettes et on en dépense 107. C'est évidemment facheux, mais ce n'est pas non plus la mer à boire, d'autant qu'on pourrait boucher ce trou en faisant rentrer plus de recettes. Reprenons notre chiffre de 3 milliards d'euros de fraudes et comparons le au déficit total. Les fraudes aux prestations sociales représentent environ 9 % du déficit. Mais alors, si les fraudes n'expliquent que très partiellement ce déficit, comment l'expliquer alors ? Eh bien, d'abord, dans un contexte de chômage de masse, les cotisations sociales rentrent beaucoup moins dans les caisses. Ce que dissimule aussi l'UMP, ce sont toutes les exonérations de cotisations sociales pour les entreprises que le parti majoritaire a accordées depuis 2002 et qui grèvent aussi le budget de la Sécu. Aucune évaluation tangible de l'impact de ces exonérations sur l'emploi n'a été faite. Enfin, pour ne reprendre qu'un autre exemple, la Cour des Comptes, toujours dans son même rapport récent, estime la fraude des entreprises aux prélèvements de cotisations sociales à environ 14 milliards d'euros par an, soit presque 5 fois plus que les fraudes aux prestations et quasiment la moitié du déficit de la Sécu. En pointant du doigt les fraudeurs aux prestations, l'UMP détourne notre regard des vrais problèmes.Tout cela s'inscrit dans une stratégie limpide : comme l'UMP ne fait rien pour les précaires, chômeurs et autres allocataires des minimas sociaux, ils ont décidé de les culpabiliser. Et ça pourrait parler électoralement.

 

Qui sont les vrais assistés en France ?

 

Cette question, la gauche devrait en faire son cheval de bataille en 2012 en réponse aux manipulations de l'UMP. En plus de leur chasse aux fraudeurs, le parti au pouvoir a lancé une guerre aux pauvres en faisant passer le message suivant : avec leur RSA à 460 euros par mois, ils vivent grassement au crochets de l'Etat. Ce serait presque drôle si le sujet n'était pas aussi sérieux.

Si vous le voulez bien, amusons nous à dresser une liste alternative d'assistés (non exhaustive):

-les grandes entreprises du CAC 40, qui sont imposés en moyenne à 9% (quand ce n'est pas O% pour certaines comme Total) contrairement aux petites et moyennes entreprises qui le sont à 30 %

-les bénéficiaires (issues entre des classes moyennes supérieures) de la grande majorité des niches fiscales, qui s'élèvent au total à 73 milliards d'euros (la plupart empilées par la droite depuis 2002) et qui permettent de ne plus payer d'impôts même si on gagne très bien sa vie

-les bénéficiaires du bouclier fiscal jusqu'en 2012 (tu es immensément riche et pour te remercier, l'Etat te fait un chèque), le plus scandaleux transfert de richesses depuis la Libération

-les héritiers de gros patrimoines, qui ne paient plus de droits de succession

-les exilés fiscaux, qui grâce à des experts en optimisation fiscale échappent à l'impôt en France mais continuent à avoir de l'influence sur le débat public ( il est prévu que ces "chères" personnes soient représentées par 12 députés en 2012)

-les évadés fiscaux, à qui on demande gentiment de revenir en France (tu as fraudé le fisc en France, mais on ne te punira pas si tu reviens, promis, juré) et dont les fraudes accumulées chaque année représentent 50 milliards d'euros de manque à gagner pour l'Etat.

 

Jean-François Copé, fossoyeur en chef des finances publiques

 

Enfin, terminons par une petite histoire qui n'est pas nécessairement connue du grand public. Puisqu'on aborde ici la question de l'"assistanat", il est un ténor politique qui a sa part de responsabilité dans ce fléau. Cet homme, c'est Jean François Copé, secrétaire général de l'UMP, qui bataille actuellement pour faire travailler les titulaires du RSA en échange de leur allocation. En décembre 2004, alors qu'il était ministre délégué au Budget, Copé a appuyé un amendement désormais connu sous le nom de "niche Copé", qui prévoyait d'éxonérer d'impôts les plues-values liées à la cession d'une filiale possédée depuis au moins 2 ans. L'amendement a été voté en catimini juste avant Noël de cette année 2004 et je vous invite à lire le récit édifiant de ce vote :

http://resultat-exploitations.blogs.liberation.fr/finances/2010/10/niche-cope.html

Cette niche a coûté 22 milliards d'euros à l'Etat entre 2007 et 2009 et n'a fait l'objet d'aucune évaluation précise quant à son efficacité sur l'emploi.

 

Face aux oligarques de tous poils, nous avons une arme : les chiffres et les faits têtus qu'il faut inlassablement leur jeter à la face.

Ne nous y trompons pas : ils ne nous feront aucun cadeau.

Ca tombe bien, nous non plus.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.