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Billet de blog 4 octobre 2025

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Qu'est-ce qu'une institution ? La réponse anthropologique de Pierre Legendre

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Qu'est-ce qu'une institution ? La réponse anthropologique de Pierre Legendre

L'institution, selon Pierre Legendre, n'est pas un ensemble de règles ou une organisation, mais la structure symbolique qui « institue la vie » en articulant mythe fondateur et normativité concrète par la médiation du pouvoir. Cette architecture dogmatique permet à l'espèce parlante de civiliser sa condition langagière et d'assurer la transmission générationnelle. L'ultramodernité managériale, en détruisant ces médiations au nom de l'efficacité, produit une désinstitutionalisation aux conséquences anthropologiques majeures.

Institution -Anthropologie dogmatique -Romano-canonique -Sujet parlant -Management

Introduction : L'institution comme question refoulée de la modernité

Dans De la Société comme Texte, Pierre Legendre pose un diagnostic sans appel sur l'état de la réflexion contemporaine concernant les institutions : la civilisation occidentale ultramoderne vit dans une « méconnaissance fonctionnelle » de ses propres montages institutionnels. Cette ignorance n'est pas accidentelle. Elle résulte d'un long processus historique par lequel « la culture euro-américaine, assommée de conformismes et de contraintes innommées », a progressivement évacué la question de ce qui fonde véritablement une société. Le positivisme des sciences sociales, l'idéologie gestionnaire, le scientisme triomphant : autant de formations discursives qui permettent d'esquiver l'interrogation fondamentale. Or, comme le rappelle Legendre dans sa glose de 2018, cette esquive a un prix anthropologique considérable.

La question « qu'est-ce qu'une institution ? » ne relève pas, pour Legendre, d'une sociologie descriptive des organisations, ni d'une science politique normative. Elle engage une « anthropologie dogmatique », c'est-à-dire une réflexion sur les conditions structurales qui permettent à l'espèce parlante de vivre et de se reproduire. « Instituer la vie » : cette formulation issue du droit romain (vitam instituere) ne désigne pas la simple gestion des affaires humaines, mais le processus par lequel une société constitue ses sujets, organise la transmission générationnelle et articule le biologique au symbolique. L'institution n'est donc pas d'abord un bâtiment, une administration ou un ensemble de règles. Elle est, fondamentalement, ce qui fait médiation entre l'animal parlant et sa propre condition langagière.

Pour comprendre ce dont il s'agit, il faut accepter de se détourner des « idéaux conducteurs des méthodologies en vigueur » qui réduisent l'observation des sociétés à des « démarches scientifico-technologiques ». Il faut au contraire reconnaître, avec Legendre, que « la société vit divisée par le langage » et que cette division primordiale appelle des montages spécifiques. L'institution, dans cette perspective, apparaît comme la réponse civilisatrice à un problème structural : comment faire vivre ensemble ce qui ne peut coïncider – le fantasme et la réalité, le sujet et la loi, la pulsion et la norme, le biologique et le symbolique ?

  1. Le monument romano-canonique : généalogie refoulée de l'Occident

La révolution grégorienne et la naissance du droit

Toute réflexion sur l'institution en Occident doit partir, selon Legendre, d'un événement fondateur trop souvent oublié : la « révolution grégorienne » des XIe-XIIe siècles, que l'historien Harold Berman identifie comme « la première grande révolution occidentale ». À cette époque, l'Église romaine opère ce que Legendre nomme la « Schize », une coupure décisive qui va structurer durablement la civilisation occidentale. Qu'est-ce que cette Schize ? « Le système normatif est fendu en deux : d'un côté, le discours de légitimité ; de l'autre, la vie des concepts dans la casuistique des règles. »

Cette séparation entre légitimité (le fondement mythologique, la Référence) et normativité (les règles concrètes, les casuistiques) constitue selon Legendre « un trait singulier de l'Occident romano-chrétien ». À l'inverse du judaïsme et de l'islam, « où l'entrelacement interne de ces deux éléments les a en quelque sorte soudés, c'est-à-dire rendus indissociables au sein de la structure », l'Occident va vivre sous le régime d'une dissociation. Pourquoi ? Par nécessité historique : l'Église, seule forme d'organisation résistant à la parcellisation féodale, « ne pouvait trouver en son texte fondateur, le Nouveau Testament, des normes et des règles politiques susceptibles de mettre en ordre une société ». Elle eut donc « recours au droit romain », d'où l'appellation de « monument romano-canonique » pour qualifier cette tradition.

Les conséquences de cette opération sont immenses. D'une part, elle crée une « plasticité des Références » : puisque le fondement (théologique) et la technique normative (juridique) sont séparés, le contenu de la légitimité peut varier sans détruire l'édifice normatif. Le christianisme pourra céder la place à la Nation, puis à la Science, sans que l'armature juridique ne s'effondre. D'autre part, elle inaugure « le devenir-autonome de la sphère temporelle et politique ». Le droit, devenu techniquement indépendant de la théologie tout en restant dogmatiquement lié à elle, pourra servir de matrice à l'État moderne.

Le refoulement moderne et ses effets

Legendre insiste dans sa glose de 2018 sur un point crucial : cette généalogie est largement refoulée. « Naïvement », écrit-il, « nous nous remémorons la tradition européenne dans la parfaite méconnaissance de cet événement considérable ». La modernité s'est construite en effaçant ses traces théologico-juridiques médiévales. Pourtant, « le technicisme a partie liée avec l'entière construction dogmatique élaborée par l'Occident ». Le principe technique – cette rationalité instrumentale qui semble caractériser la modernité – n'est pas une invention du XIXe siècle industriel, mais le fruit de « la révolution médiévale de l'interprète ».

Dans De la Société comme Texte, Legendre décrit ce processus comme une accumulation sédimentaire. La société doit être pensée comme un « palimpseste » : « Le manuscrit gratté par les copistes pour y écrire à nouveau laisse transparaître, sous un certain éclairage, le texte effacé. » Les nouvelles écritures sociales ne suppriment pas les anciennes, elles les recouvrent. Ainsi, « la culture perdure en fabriquant de l'insu structural et en inventant des pratiques de refoulement ». Le romano-christianisme constitue ce soubassement non reconnu sur lequel repose l'État moderne, la bureaucratie rationnelle, et jusqu'au Management contemporain.

Prenons un exemple concret donné par Legendre : le droit du dernier mot exercé par les Cours suprêmes dans les États modernes. Cette prérogative descend directement du thème juridique impérial romain selon lequel l'empereur-Écrit vivant « a tout le droit dans l'archive de son cœur » (in scrinio pectoris). Repris par la papauté médiévale, ce pouvoir de dire définitivement le droit passe ensuite aux monarchies absolues, puis aux instances judiciaires suprêmes des démocraties. « Rejeton ultime de la centralité juridique diffusée par l'expérience institutionnelle du romano-christianisme », ce dispositif témoigne de la permanence structurale sous les variations historiques.

  1. La structure ternaire : les deux scènes en une

Le paradigme de Piero della Francesca

Pour exposer la logique structurale de l'institution, Legendre recourt dans De la Société comme Texte à une analyse remarquable d'un tableau du Quattrocento : la Flagellation du Christ de Piero della Francesca (vers 1463-1464). Pourquoi ce détour par l'histoire de l'art ? Parce que ce tableau « met en scène cette logique » de façon « exemplaire ». Il présente deux scènes apparemment hétérogènes : à gauche, sous une loggia, le Christ flagellé devant Pilate (scène mythologique, hors-temps) ; à droite, trois personnages contemporains dans un décor urbain (scène du présent historique). Un pilier sépare les deux espaces, créant ce que Legendre nomme un « hiatus ».

L'inscription originale du tableau, aujourd'hui perdue mais attestée au XIXe siècle, disait : « Convenerunt in unum » – « Ils vinrent ensemble dans l'un ». Cette formule énigmatique désigne précisément l'opération institutionnelle fondamentale : faire tenir ensemble deux scènes qui ne coïncident pas. D'un côté, le mythe fondateur (ici christique) ; de l'autre, la réalité contemporaine. Entre les deux, un écart irréductible, un « vertige fondamental » comme le nomme Alain Jaubert dans son analyse filmique du tableau. Mais cet écart n'empêche pas l'unité paradigmatique : le tableau constitue bien « deux scènes en une ».

Legendre identifie ici la structure générale de toute société. « Une société, pour exister, transpose et transcende cette exigence » subjective de la scène (le lieu d'ombre et de ténèbres qui sépare et lie le sujet à lui-même et au monde). Elle « élabore par des montages une scénographie constitutive ». L'institutionnalité n'est donc pas gestion administrative, mais « pouvoir d'instituer la vie » par l'articulation de deux registres hétérogènes : le mythologique et le normatif, l'utopique et le pragmatique, le fondement et l'effectuation.

La fonction du hiatus

Le concept de « hiatus » est décisif dans l'anthropologie dogmatique. Littéralement, le verbe latin hio « signifie être béant ; se dit particulièrement de la bouche : avoir la bouche ouverte ». Le hiatus renvoie donc au Miroir social comme « instance d'acheminement, ouverture à la parole ». Il n'est pas un défaut de construction, mais l'élément structural par excellence. Sans hiatus, pas de jeu interprétatif ; sans écart entre mythe et réalité, pas de marge de manœuvre pour le sujet ; sans distance entre fondement et règles, pas de casuistique possible.

« La notion de hiatus est constitutive de l'idée même de société », affirme Legendre. Pourquoi ? Parce que le « tout est possible » de la scène fantasmatique ne peut être directement transposé dans la réalité sociale sans produire le chaos. L'institution a précisément pour fonction de « civiliser l'univers subjectif du fantasme, de sorte qu'advienne, à travers les montages institués de l'identité, le principe de non-contradiction ». Le hiatus est ce qui permet cette civilisation : en maintenant l'écart, il empêche la fusion délirante et autorise le principe de réalité.

Dans le tableau de Piero, le hiatus se manifeste par cette séparation visuelle entre les deux scènes, mais aussi par l'énigme qui en résulte : pourquoi ces trois personnages contemporains à côté du Christ supplicié ? L'histoire de l'art s'épuise en conjectures pour les identifier. Mais c'est précisément là que réside la leçon : « un pourquoi ? a été déposé là par le peintre-géomètre, qui fixe, inaltérable, la présence de l'énigme comme ouverture indéfinie à l'interprétation ». Le hiatus n'est pas à combler mais à habiter. Il est la condition même du savoir questionner.

La place du pouvoir comme tiers

Si les deux scènes ne coïncident pas, comment font-elles néanmoins « un » ? Par l'intervention d'un troisième terme : le pouvoir. Mais attention, prévient Legendre, « le pouvoir se présente comme l'instance d'une fonction de mise en ordre du monde, par le jeu d'un mécanisme de transformation – le mécanisme de la légitimité –, d'abord destiné à traduire l'impossible en Interdit ».

Le pouvoir n'est donc ni dans le mythe (il n'est pas Dieu), ni dans les règles concrètes (il n'est pas le règlement), mais dans l'articulation. « Inscrit à une place décentrée mais prépondérante, à la fois en retrait et en relation avec la décomposition / recomposition imaginale dont le mythe est comptable », le pouvoir est ce qui « bat la mesure », pour reprendre une métaphore chinoise que Legendre affectionne. Il distribue la légitimité en rapportant les normes concrètes à leur fondement mythologique, et inversement en permettant que le mythe s'effectue dans la réalité.

Cette place structurale du pouvoir explique pourquoi toute société a besoin de ce que Legendre nomme une « Référence » : « Chaque système social est aux prises avec cette affaire. Je dirais, pour résumer, qu'une humanité ne peut être organisée sans l'institution d'un espace où ça sait, où ça sait absolument ». Cet espace du savoir absolu – qu'il s'appelle Dieu, Nation, Peuple, Science – est le lieu mythique auquel le pouvoir rapporte les normes pour les légitimer. Sans ce butoir causal, sans cette ultima ratio, aucun enchaînement normatif n'est possible.

  1. Instituer le sujet parlant : la dimension anthropologique

Le langage comme condition et problème

« Instituer, c'est référer », écrit Legendre dans De la Société comme Texte. Mais référer à quoi ? À la structure langagière qui définit l'espèce humaine. « L'animal parlant porte en lui un creuset délirant, et l'œuvre de la culture consiste, non pas à infliger à l'individu une réalité qui serait déconnectée de l'inconscient, mais à civiliser l'univers subjectif du fantasme. » Toute la difficulté vient de ce que le langage, loin d'être un simple outil de communication, constitue pour l'homme une condition structurante qui le divise.

« Reconnaître qu'une société est un édifice de langage ne va pas de soi », prévient Legendre. Pourquoi ? Parce que cela suppose de concevoir que « le monde n'est pas donné à l'homme, si ce n'est par le langage qui le sépare des choses et le divise lui-même ». Cette « déchosification généralisée, une sorte de dématérialisation de la matérialité du monde », impose à l'humain « le joug d'un univers de la représentation, su et insu ». Le langage ne reflète pas la réalité, il la reconstruit : « le rapport du mot et de la chose est intérieur au langage, de sorte qu'un objet extérieur n'existe que parce que sa condition d'existence matérielle se double de sa construction dans la représentation ».

Cette « logique de la représentation » a des conséquences décisives. Si le langage médiatise notre rapport au monde en le reconstruisant dans la représentation, alors la réalité n'est jamais directement accessible. Elle est toujours filtrée par les montages symboliques. D'où cette formulation de Legendre : « l'humain est, avec le monde, en relation de discours ». Le monde nous parle – ou plus exactement, nous le faisons parler en le reconstruisant comme scène signifiante. Cette reconstruction, c'est précisément l'œuvre de l'institution.

Le paradigme du Miroir et la division subjective

Pour comprendre comment le langage divise le sujet, Legendre recourt au « paradigme du Miroir ». « Avec la division spéculaire, commence le savoir humain – le savoir comme question –, en propres termes la réflexion. » Le mythe de Narcisse, tel que le raconte Ovide, fournit la formule décisive : « ce qu'il voit, qu'il ne sait » (quid videat, nescit). Narcisse se voit sans se reconnaître ; il prend son reflet pour un autre. Cette méconnaissance inaugurale pointe vers un fait structural : « la reconnaissance de soi est par essence savoir sur l'autre et savoir sur le monde ».

Le stade du miroir n'est pas, pour Legendre, un simple moment du développement psychologique. C'est la structure permanente de l'identité humaine. « Ainsi Narcisse ne se voit pas, plus exactement il ne sait pas qu'il se voit, n'ayant pas accès au regard réflexif. » Pour accéder à ce regard, il faut un tiers terme, une médiation. Dans le développement subjectif, cette médiation première est assurée par le visage de la mère, « la mère constituée en image et miroir à cette place-princeps inaugurant le destin de la question, qui suis-je ? et qui est l'autre ? ».

À l'échelle sociale, cette médiation est assurée par l'institution. « En tant qu'espace abstrait », écrit Legendre, « une société est d'abord un espace abstrait, l'équivalent d'une surface destinée à recevoir l'écriture de messages, un lieu sous statut de scène portant les mises historiques successives ». Cette scène sociale fonctionne comme un « Miroir institué », permettant au sujet de se retrouver dans un ordre qui le précède et le constitue. L'institution, en ce sens, « façonne son regard et sa pensée, elle est pour celui-ci présentation de l'homme et du monde ».

La question généalogique : Muttertum et Vatertum

Le montage institutionnel de l'identité passe nécessairement par ce que Legendre nomme, reprenant des concepts de Bachofen, le Muttertum et le Vatertum – l'empire de la Mère et l'empire du Père. Ces concepts ne désignent pas les parents réels, mais « les images fondatrices socialement mises en scène » qui permettent au sujet de structurer son rapport au temps et à la différence.

« Si donc le montage humain apparaît dans sa singularité : une dualité d'éléments hétérogènes – la matérialité du monde et le royaume, su et insu, de l'image – que le langage à la fois réunit et sépare », alors la question devient : comment civiliser cette dualité ? La réponse passe par la représentation généalogique. « L'allégeance soutenant le jeu social de la représentation s'adresse aux images instituées », et ces images sont structurées selon l'ordre de la filiation.

Legendre est explicite : « Le lien social est agencé sur ce mode du pacte dogmatique. En maniant le montage le plus sensible, la relation d'identité, le pouvoir de légitimer touche au fonds incestueux insu du sujet et manœuvre la dialectisation de cette aliénation constitutive. » La fonction institutionnelle consiste donc à reprendre la « primitivité incestueuse » du sujet – cette indifférenciation originaire avec la figure maternelle – pour l'inscrire dans un ordre symbolique qui pose la différence et l'interdit. « Naître du père », formule mythologique occidentale, signifie accéder à la division, à la loi symbolique qui sépare et articule.

Cette opération n'est possible que si la société elle-même fonctionne comme « figure de l'espèce pour le sujet ». L'État, le Totem, la Nation : autant de formations mythologiques qui occupent la place du garant généalogique. « L'État est-il notre parent ? » interroge Legendre. La question n'est pas absurde : « Du point de vue de l'anthropologie fondamentale », l'État moderne remplit exactement la même fonction structurale que le Totem dans les sociétés dites traditionnelles. Il garantit la valeur des images, il authentifie les catégories de la filiation, il assure la continuité générationnelle.

  1. L'enveloppe esthétique et la fonction politique

La théâtralisation comme nécessité

« Qu'est-ce que le pouvoir poétique à l'échelle de la civilisation et pourquoi la fonction politique a-t-elle affaire à la théâtralité ? » Cette question traverse toute l'œuvre de Legendre. La réponse tient à la nature fictionnelle de l'institution. « Si effectivement l'image elle-même devient ce point de condensation où l'infini vertigineux est décrit, contemplé et en fin de compte dompté », alors « la société manie le normatif ayant partie liée avec la causalité, s'alimentant aux sources anthropologiques de la pensée ».

La dimension esthétique n'est donc pas ornementale. Elle est constitutive. Legendre le formule sans détour : « c'est par la fiction qu'une société verrouille la Raison ». Pourquoi la fiction ? Parce que le fondement ne peut être présenté directement. Le butoir causal de la Raison – ce point ultime où s'arrête le questionnement – ne peut que se donner sous forme d'une mise en scène mythologique. « Le phénomène de l'emblématisation » accomplit cette fonction : il « positivise le négatif », il donne figure au lieu vide du pouvoir.

L'analyse de la Flagellation montre comment opère cette mise en scène. La géométrisation rigoureuse de l'espace par Piero « pose le geste sûr » d'une appropriation. « La géométrie opère une dramatisation touchant à la représentabilité du fondement ; elle est l'invisible pinceau qui impose une légalité à l'espace de représentation. » La perspective, avec son point de fuite, introduit « la question centrale de la civilisation : l'économie reconnaît-elle son propre enjeu de limite ? » Le point de fuite, ce « vanishing point », est « le point de rencontre des parallèles, dit point de fuite, en anglais vanishing point, que j'appellerai point de néant ». Il métaphorise le rapport structural au vide que toute civilisation doit assumer.

L'emblème comme fonction

Legendre développe dans De la Société comme Texte une théorie de l'emblème qui éclaire la dimension esthético-politique de l'institution. « Littéralement, qu'est-ce que l'emblème ? » Le terme grec emballô signifie « jeter à l'intérieur ». « Un emblème, c'est cela : le sujet du langage est travaillé comme un matériau par le langage. L'emblème est une incrustation du signe en l'homme. »

Cette définition a plusieurs implications. D'abord, « la fonction emblématique répond à la nécessité de mettre en scène la place vide comme peuplée ». L'emblème n'est pas la chose qu'il représente (le drapeau n'est pas la nation), mais il occupe la place structurale du Tiers. Ensuite, « l'emblème a valeur de positivation du négatif ». Il rend présent ce qui par définition ne peut l'être : l'Absolu, le Fondement, la Référence. Enfin, « la fonction emblématique participe à l'élaboration du rapport au temps dans la culture ». L'emblème est « du temps contracté, à la fois le produit d'un temps fossile (l'enfance engloutie, le discours-ancêtre divin) et l'expression d'un temps assimilateur du successif ».

Les exemples contemporains abondent. Le drapeau européen aux douze étoiles, que Legendre mentionne, « associées par l'iconographie chrétienne à la Vierge Marie », joue exactement cette fonction. Les « Madones publicitaires » – cette affiche pour les bas Dim montrant une mère élégante enlacée par son fils avec la légende « Merci au Bon Dieu d'avoir créé les femmes » – mobilisent le « savoir refoulé, la figure spéculaire archaïque, image majuscule de la trace immémoriale, la Mère hors temps ». Même la Science contemporaine, érigée en « garant des savoirs sur le psychique », fonctionne emblématiquement : elle occupe la place du savoir absolu, distribuant la légitimité aux discours qui s'en réclament.

Le politique comme assumation du hiatus

Si l'institution articule deux scènes hétérogènes par la médiation du pouvoir, alors « la fonction politique = faire tenir ensemble les deux scènes ». Legendre est explicite : « Au fond, derrière la façade technique, ce contact soulève des enjeux de civilisation voire de géopolitique. » La question politique n'est pas technique (comment gérer efficacement ?) mais structurale (comment instituer la Raison ?).

« Voilà donc où nous a conduit l'examen de la Flagellation : apercevoir l'ordre social infiltré d'indicible et considérer le pouvoir dans son office structurant l'articulation des registres par le maniement social de ce qu'on appelle les valeurs. » Le pouvoir n'est pas essentiellement coercition, mais fonction symbolique. Il « distribue la légitimité » en rapportant les normes concrètes au fondement mythologique, assurant ainsi « la représentation de la non-contradiction » nécessaire à la vie sociale.

Cette fonction comporte une dimension sacrificielle que la modernité répugne à reconnaître. « Qu'est-ce que la légitimité ? » interroge Legendre. « Il devient aisé de répondre, si l'on considère la place d'articulation, de jointure qu'occupe le pouvoir. » Le pouvoir « met en œuvre la transformation qui aboutit à l'Interdit, par le mécanisme de la légitimité, posant ainsi ce qui fait loi pour le sujet ». Mais cela suppose de « distribuer la part du renoncement », de répartir « la négativité » dans le corps social. L'interdit de l'inceste, « interdit fondateur de toute société », est le paradigme de cette opération : il transforme « l'impossible » (structural) en « Interdit » (symbolique).

  1. Pathologies contemporaines : la destitution managériale

Le diagnostic : théologies de l'immédiation

Dans sa glose de 2018, Legendre identifie le Management comme le nouveau visage d'une tentation récurrente de l'Occident : la « déstabilisation institutionnelle ». « Pourquoi ces développements, alors que mes notations ici doivent concerner les articles repris par la nouvelle revue Tribonien ? Tout simplement, parce que la France contemporaine se trouve ébranlée, comme son voisinage immédiat et au-delà, par une série de secousses, si j'ose ainsi les qualifier, telluriques. Sourdement, depuis des décennies est à l'œuvre un mouvement qui peu à peu déstabilise notre paysage institutionnel : le Management. »

Le Management n'est pas une simple technique de gestion. C'est « un Empire mou, c'est là sa force ». Il se présente comme neutre, efficace, rationnel. Mais sous cette façade technique se cache une « logique destituante ». Legendre cite Peter Drucker, figure majeure du management : « La société, la communauté et la famille sont toutes des institutions conservatrices. Elles essayent de maintenir la stabilité et de prévenir, à tout le moins de ralentir, le changement. Mais l'organisation moderne est un déstabilisateur. » Et Drucker de prescrire « l'abandon organisé », c'est-à-dire « l'abolition des institutions », « au nom de l'efficacité et de la performance ».

Cette « logique organisationnelle, poussée par les seules finalités de l'optimisation du fonctionnement et de l'adaptation, se révèle en réalité le plus puissant corrosif des institutions ». Legendre établit une double dichotomie : « d'un côté, l'administration et l'institution et, de l'autre, le management et l'organisation ». L'étymologie éclaire l'opposition : « la racine indo-européenne steh, qui désigne notamment le mât du bateau, a trait à la verticalité qui assure la stabilité » (institution, état, statut). À l'inverse, « organisation provient du latin organum et du grec organon qui signifient l'instrument, l'outil, le moyen : la rationalité instrumentale est donc à la base même de la logique organisationnelle ».

L'effacement des médiations

Le Management contemporain, observe Legendre dans De la Société comme Texte, s'inscrit dans une longue lignée de « théologies de l'immédiation ». Ces doctrines, qui vont du joachimisme médiéval au protestantisme radical (Quakers) jusqu'au New Age californien, partagent un trait commun : « la désintermédiation ». Elles « abolissent les hiérarchies et les prescriptions venues d'en haut », promettent un contact direct avec la vérité (l'Esprit, la Lumière intérieure, le Potentiel).

« La difficulté de situer la compétence des juristes s'éclaire », note Legendre : « ont-ils un titre à penser le droit et son fondement, ou ne sont-ils que les faire-valoir d'un emboîtement d'interprétations théoriques qui les dépasse ? » Le droit, jadis instance de médiation constitutive de l'Occident, se trouve progressivement réduit à un « outil gestionnaire des interactions sociales et simple instrument du Management planétaire ».

Or, « il n'est d'Interdit pensable, rendant concevable un enchaînement d'effets normatifs sur la scène de la réalité concrète, que par rapport à ce qui s'agite sur la scène fantasmatique, à ce creuset délirant de la Raison, pris en charge par le mythe ». Sans médiation, sans instance tierce, le sujet se trouve « sommé de trouver en lui-même les ressorts de son action ». C'est la logique du coaching, que Legendre a analysée ailleurs : « Cette privation d'un recours à une extériorité et à une instance de médiatisation conduit alors à la réduction cognitivo-comportementale du sujet dont le seul horizon devient l'adaptation à son environnement. »

La « société sans tabou »

Dans De la Société comme Texte, Legendre formule un diagnostic sans appel sur l'ultramodernité : « L'ultramodernité porte la marque de ce poinçon », celui du refus de la limite. « À l'ère de la mondialisation promue par l'Occident surindustrialisé et militairement surpuissant », se propage « l'idéologie du fait-critère-de-vérité, le fait nourrissant le fait, ainsi détaché de la zone obscure et des procédures d'énigmatisation du monde à travers lesquelles, dans la culture, l'humain devient sujet du pourquoi ? ».

La formule « société sans tabou » condense cette évolution. Elle ne désigne pas une libération, mais une déstructuration. « Qu'est-ce que le tabou ? » Au sens anthropologique, c'est la marque symbolique de l'Interdit, la trace institutionnelle de l'impossible structural. Proclamer l'ère de la « société sans tabou », c'est prétendre abolir la médiation symbolique, supprimer l'écart constitutif, résorber le hiatus dans l'ajustement mutuel immédiat.

Les conséquences sont anthropologiques. « Nous agençons une nouvelle chape de plomb par le retour de l'esclavage et par la haine de l'ordre qui conduit à la haine du droit. » Cette formule lapidaire pointe vers la contradiction de l'ultramodernité : en prétendant abolir les contraintes institutionnelles au nom de la liberté, elle produit de nouvelles formes d'asservissement. « L'humain est alors régi par des dispositifs implacables de normalisation comportementale » qui échappent à toute élaboration symbolique.

La « société d'orphelins » que diagnostique Legendre n'est pas une société où manqueraient les parents biologiques, mais une société qui a perdu la fonction généalogique de l'institution. « Si la société ne se présente plus comme figure de l'espèce pour le sujet », si elle ne garantit plus les images fondatrices qui permettent au sujet de structurer son identité dans le temps, alors « la reproduction de l'espèce parlante » elle-même est compromise. Non pas biologiquement, mais symboliquement. « Il s'agit de la transmission du statut d'humanité », transmission qui ne va pas de soi et qui requiert des montages institutionnels spécifiques.

Le scientisme comme religion refoulée

L'une des formes les plus prégnantes de cette désinstitutionnalisation est ce que Legendre nomme, dans De la Société comme Texte, « la religiosité scientiste ». « La science divinisée joue aujourd'hui le rôle de l'ancienne théologie comme garant des savoirs sur le psychique. » Cette sacralisation de la science opère selon la même logique structurale que les religions qu'elle prétend avoir dépassées : elle occupe la place du savoir absolu, du butoir causal qui dispense de questionner davantage.

« Le culte contemporain de la Science représente l'habillage théologique moderne de la Raison. » Legendre ne critique pas la science en tant que telle, mais son érection en instance mythologique. « Que la culture s'appuie sur le mythe, qu'elle se déploie à partir d'un noyau mythologique, cela veut dire qu'une société, n'importe quelle société, manipule l'imaginaire radical, met en scène des représentations qui, n'ayant pas à s'argumenter au sens habituel du terme, s'imposent. » Or la science contemporaine, dès lors qu'elle prétend dire le vrai sur l'homme lui-même, fonctionne exactement selon ce mode dogmatique qu'elle récuse théoriquement.

Le paradoxe est saisissant : « Nous voilà revenus à notre point de départ : la méconnaissance fonctionnelle. » L'Occident ultramoderne méconnaît ses propres montages institutionnels, refuse de reconnaître qu'il fonctionne selon une « logique dogmatique », tout en érigeant précisément la Science en nouveau dogme. « Cette construction idéologique sert de caution à la nouvelle cosmogonie planétaire, celle de la techno-science-économie. » La mondialisation n'est pas seulement économique ou technologique, elle est anthropologique : c'est une tentative d'imposer un seul modèle de montage institutionnel à l'ensemble de l'humanité.

Enjeux géopolitiques : la guerre des Textes

Dans sa glose de 2018, Legendre évoque « la dimension géopolitique » de ces questions. Si effectivement « les civilisations se définissent par leurs corpus normatifs », alors la mondialisation sous hégémonie occidentale constitue une entreprise de destruction des autres montages institutionnels. « Les sciences sociales, nées dans le giron du romano-christianisme, se sont donné pour mission d'analyser les autres cultures en les mesurant à l'aune des catégories occidentales. »

Or « chaque civilisation élabore son propre système de Raison ». Le Texte islamique, la Torah juive, les corpus bouddhiques ou confucéens articulent différemment mythe et norme, légitimité et normativité. « Le fait que la construction institutionnelle romano-chrétienne ait séparé ces deux registres » ne signifie pas que cette séparation soit universellement nécessaire. D'autres civilisations ont maintenu « l'entrelacement » des deux scènes, avec des conséquences structurales différentes.

La question devient alors politique au sens fort : « Peut-on penser une dignité égale des cultures sans sombrer dans le relativisme qui justifierait tout au nom de la différence ? » Legendre ne propose pas de réponse simple. Il observe que « la plasticité des Références » propre au montage occidental a permis le développement de la technique moderne, mais au prix d'un certain « déracinement ». Inversement, les sociétés qui maintiennent la soudure entre mythe et norme « résistent mieux à la dissolution gestionnaire », mais peuvent être vulnérables à d'autres pathologies (fondamentalismes, blocage de l'interprétation).

L'enjeu dépasse la simple « guerre des civilisations » au sens huntingtonien. Il s'agit d'une « guerre des Textes », c'est-à-dire d'un affrontement entre différentes logiques dogmatiques. « L'Occident, en exportant son Management, exporte aussi sa propre crise institutionnelle. » Il propage l'organisation contre l'institution, la fluidité contre la stabilité, l'adaptation contre la transmission. « Les sociétés non-occidentales se trouvent prises dans une alternative impossible : soit adopter le modèle gestionnaire occidental et perdre leurs propres montages symboliques, soit résister et être marginalisées économiquement et politiquement. »

Conclusion : L'institution comme question de civilisation

Le parcours que nous venons d'effectuer à travers les textes de Pierre Legendre permet de comprendre en quoi la question « qu'est-ce qu'une institution ? » ne relève pas d'une sociologie des organisations, mais bien d'une anthropologie fondamentale. L'institution n'est pas un bâtiment, une administration, un ensemble de règles. Elle est la structure symbolique par laquelle une société « institue la vie », c'est-à-dire constitue ses sujets comme êtres parlants capables de vivre dans un ordre qui les précède et les dépasse.

Cette définition repose sur trois piliers théoriques étroitement articulés. Premièrement, la dimension langagière : l'humain, animal parlant, vit divisé par le langage qui le sépare des choses et de lui-même. Cette division originaire appelle des montages symboliques qui civilisent « l'univers subjectif du fantasme » en instaurant « le principe de non-contradiction ». Deuxièmement, la dimension généalogique : l'institution structure le rapport du sujet au temps en mettant en scène les images fondatrices qui permettent l'inscription dans une filiation. Elle assure ainsi « la reproduction de l'espèce parlante » en transmettant le statut d'humanité de génération en génération. Troisièmement, la dimension politique : l'institution articule deux scènes hétérogènes – le mythe fondateur et la normativité concrète – par la médiation du pouvoir qui distribue la légitimité.

Bilan théorique

La force de l'anthropologie dogmatique tient à sa capacité d'échapper aux réductions courantes. L'institution n'est pas réductible à sa fonction (contre le fonctionnalisme sociologique), ni à un rapport de domination (contre le marxisme vulgaire), ni à un contrat entre individus rationnels (contre le libéralisme contractualiste), ni à une simple contrainte extérieure (contre le positivisme juridique). Elle est, fondamentalement, « ce qui fait médiation » entre le sujet et sa propre condition langagière.

En refusant de séparer l'étude des institutions de l'interrogation sur le sujet, Legendre accomplit un geste théorique majeur. « Une société n'existe que par les sujets qu'elle institue », et réciproquement, « un sujet n'existe que par la société qui l'institue ». Ce cercle n'est pas vicieux, mais structural. Il désigne la réciprocité constitutive entre montage subjectif et montage social, tous deux articulés par le langage et la logique de la représentation.

Actualité critique

L'urgence contemporaine de la question institutionnelle tient à ce que Legendre diagnostique comme une entreprise de destruction systématique des médiations. « L'ultramodernité managériale » promet l'efficacité, la performance, l'adaptation immédiate. Mais au prix de quoi ? « La dissolution de ce qui fait tenir ensemble » – de ce qui permet au sujet de se rapporter à un ordre qui le dépasse et le fonde.

« Peut-on instituer la vie dans un monde d'organisations liquides ? » La question n'est pas rhétorique. Elle pointe vers le risque anthropologique majeur : que la destruction des institutions n'entraîne pas la libération promise, mais la régression vers des formes archaïques de lien social (fondamentalismes, communautarismes, cultes de personnalité) ou l'émergence de nouvelles formes d'asservissement (normalisation comportementale, contrôle algorithmique, dissolution du sujet dans les flux).

La tâche critique consiste alors à « maintenir ouvert le hiatus », c'est-à-dire à préserver l'écart interprétatif contre les prétentions totalisantes. Contre la « société sans tabou » qui prétend abolir toute limite, il s'agit de rappeler que « l'Interdit n'est pas la négation de la liberté, mais sa condition ». Contre la transparence gestionnaire qui veut tout mesurer, il faut défendre « la part d'énigme » constitutive de l'humain. Contre l'immédiateté cybernétique, réaffirmer la nécessité de la transmission générationnelle.

Ouvertures

L'œuvre de Legendre ouvre plusieurs chantiers de recherche qu'elle ne clôt pas. D'abord, la question de la « dignité égale des cultures ». Si chaque civilisation élabore son propre système de Raison, comment penser leur coexistence sans imposer l'hégémonie occidentale ni sombrer dans le relativisme absolu ? La formule du « romano-christianisme » comme matrice de l'Occident est éclairante, mais elle mérite d'être confrontée aux analyses que d'autres traditions proposent d'elles-mêmes.

Ensuite, la question du droit. « Le droit peut-il redevenir lieu d'institution » plutôt que simple outil du Management ? Dans sa glose de 2018, Legendre note que « l'histoire du droit » constitue un « savoir expressément généalogique » capable de résister au présentisme gestionnaire. Mais cette résistance suppose de refuser « l'érudition rentière » au profit d'une érudition militante, capable de « sortir le savoir mal dégrossi » pour lui donner forme critique.

Enfin, la question esthétique. Si effectivement « c'est par la fiction qu'une société verrouille la Raison », alors la création artistique contemporaine joue un rôle crucial. Non pas comme ornement culturel, mais comme lieu d'expérimentation des formes symboliques. « Le pouvoir poétique à l'échelle de la civilisation » n'est pas affaire de spécialistes, mais engagement collectif dans la production des images qui nous constituent.

L'institution, au terme de ce parcours, apparaît donc comme la question politique par excellence – au sens où elle engage la « polis » dans sa dimension la plus fondamentale : non pas la gestion des affaires courantes, mais la possibilité même d'un monde commun habitable pour l'espèce parlante. « Vitam instituere » : instituer la vie, c'est-à-dire créer les conditions symboliques pour que la vie humaine soit vivable, transmissible, questionnable. Tel est l'enjeu que l'anthropologie dogmatique de Pierre Legendre replace au centre de notre réflexion.

Bibliographie

LEGENDRE, Pierre, De la Société comme Texte. Linéaments d'une anthropologie dogmatique, Paris, Fayard, 2001.

LEGENDRE, Pierre, « Glose », Tribonien. Revue critique de législation et de jurisprudence, n°3, 2018, p. 5-19.

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