François Ruffin désormais face à la haine en journalisme

Sabine Prokhoris, philosophe et psychanalyste, selon les informations du journal Libération, a écrit le 13 décembre 2018, une tribune nommée « De la haine en politique » à l’encontre de François Ruffin. L’étroitesse de l’analyse intellectuelle proposée par Sabine Prokhoris interroge.

francois-ruffin-liberation

En effet, l’auteure ne s’enfonce pas dans les arguties, elle plonge droit dans le point Godwin, ce moment où faute d’arguments les références à la Seconde Guerre mondiale surgissent dans le débat. Ruffin serait un homme en proie à une haine maladive pour le président élu et sa haine renverrait à celle-là même que les homophobes et les antisémites partageraient, du moins selon Sabine Prokhoris.

Quel lien existe-t-il entre Ruffin et la haine des Juifs et des homosexuels ? Etablir des analogies pour jeter le discrédit sur une personne est aisé, mais cela participe à jeter l’opprobre public sur une catégorie de la population française qui se sent et qui est représentée par certaines personnalités montantes de la politique dont Ruffin fait partie. 

À la différence de Macron, Ruffin n’a pas de liens avec les banques, ni avec le haut patronat du CAC 40, avec les propriétaires de la plupart des journaux, et encore moins avec Sarkozy, pourtant prévenu dans trois affaires judiciaires et nommé représentant de la France en Géorgie. François Ruffin ne défend pas et ne saurait défendre de quelconques intérêts privés à l’inverse de l’actuel président. 

N’en déplaise à Sabine Prokhoris, le fossé se creuse au sein de la population française. On peut encore défendre Emmanuel Macron si tant est que l'on appartienne à la catégorie sociale la plus aisée, mais le mépris dont fait preuve Sabine Prokhoris renvoie à un argumentaire propre à une forme de police de la pensée, un conformisme qui vise à enterrer tout débat en niant l’opposition, en prétextant qu’elle serait « haineuse », « populiste » donc antidémocratique voire raciste comme le fait entendre sa conclusion. « J’ai honte pour eux » parachève Sabine Prokhoris en associant Jean-Luc Mélenchon à ce mouvement de haine qui pousserait, selon elle, les « gilets jaunes » à tout saccager. 

Nous, nous avons honte qu’un journal, autrefois militant, et désormais la propriété d’un groupe financier, publie des tribunes aussi serviles à l’endroit du pouvoir.  

Attaquer François Ruffin au moment où Emmanuel Macron est en train de brader le bien public, la Française des jeux, le groupe Aéroport de Paris, les services de santé, est un habile contre-feu. Mais cela ne suffira pas à faire oublier les inégalités flagrantes de la société française, à faire oublier que notre République est gangrenée par l'entre-soi, par des affaires de corruption indignes d’une démocratie. Les Français en appellent à un changement et ce même si celui-ci doit en passer par le désaveu et la haine de certains hommes politiques, y compris Emmanuel Macron qui appartient encore et toujours à cet ancien monde. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.