Le ministre de l’Intérieur en France se prend souvent pour « le premier flic de France », c’est une expression qu’avait utilisée Clémenceau et que reprennent beaucoup de ministres. L’un des rares à récuser cette appellation fut Pierre Joxe¹, qui, au milieu des années 1990, a considérablement réformé le ministère de l’Intérieur, en disant : « Non, je ne suis pas le premier flic de France », parce que, être le premier flic de France, c’est se placer d’une certaine façon dans une position qui n’est pas celle du responsable politique. Le responsable politique a un mandat d’élu ou bien il est un représentant politique indirect dans le cas d’un ministre, et il doit être capable de poser des jalons, de définir des priorités qui ne sont pas celles de la profession policière – qui peuvent être celles d’un accord gagnant-gagnant, ce qu’avait réussi à faire Joxe dans les années 1980 – c’est-à-dire un plan de modernisation de la police nationale qui ne soit pas uniquement sur les salaires, mais, c’est important, sur les équipements, accompagné d’un renforcement de la déontologie, un renforcement de l’ouverture et de la fonction recherche au sein de la police. C’est sans doute là qu’il y a une voie étroite, mais une voie quand même de réforme. 

Jacques de Maillard², professeur de science politique  à l’université de Versailles-Saint-quentin-les-Yvelines, directeur du Cesdip (Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales). Il est l’auteur de l’ouvrage Polices comparées (LGDJ, 2017). 

Source : « Police : est-ce mieux ailleurs ? », Papiers, la revue de France Culture, n°36, avril-juin 2021, page 81.

 

¹ Pierre Joxe

https://www.interieur.gouv.fr/Le-ministere/Histoire/Les-ministres-de-la-Veme-Republique/Pierre-JOXE 

² Jacques de Maillard

https://www.facdroit-sciencepo.uvsq.fr/m-jacques-de-maillard

https://www.cesdip.fr/de-maillard-jacques/

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