Coup d'État espagnol en Catalogne?

Nouvelle journée de tension en Catalogne. Ce mercredi 20 septembre au petit matin, une douzaine de membres de l'exécutif régional étaient interpellés par la Guardia Civil. Plus tard, c'est le siège du parti CUP (Candidature d'unité populaire) qui était encerclé par la police. Les milliers de catalans qui ont pris les rues dénoncent "un coup d'État". Le point de non-retour a-t-il été atteint?

Alors qu'hier à la tribune de l'ONU, Donald Trump attribuait les bons points aux démocraties les plus méritantes et tirait à boulets rouges sur les "États voyous", l'Europe se voit, elle, secouée par un conflit politique qu'elle ne semblait pas avoir vu venir.

Le gouvernement de Madrid semble décidemment prêt à tout pour empêcher la tenue du référendum d'indépendance de la Catalogne prévu le 1er octobre, et multiplie les saisies, perquisitions, et intimidations envers les milieux séparatistes.

Et, c'est désormais une évidence, cette journée du 20 septembre va marquer un tournant.

Tout d'abord, parce qu'à désormais 10 jours du référendum, Madrid mobilise de plus en plus de forces dans la bataille, et que le gouvernement espagnol semble avoir définitivement enterré la voie du dialogue. Les arrestations qui se sont produites aujourd'hui sont hautement symboliques, avec par exemple celle de Josep Maria Jove, le secrétaire général de la vice-présidence de Catalogne. Les départements des affaires économiques, extérieures et de la présidence étaient également visés, sans que les motifs soient indiqués.

Désormais, le message est passé à tous les niveaux hiérarchiques: plus personne dans la société catalane n'est à l'abri. En attaquant frontalement l'exécutif, c'est également une remise en cause assumée de la déclaration de souveraineté et du droit de décision du peuple de Catalogne adopté par le parlement en janvier 2013. En outre, et ce n'est pas anodin, 10 millions de bulletins de vote ont été saisis dans la localité de Bigues.

Les nombreuses déclarations qui ont émaillé la journée ont également donné un nouveau visage au bras de fer. Gabriel Rufiàn, le député catalan du parti ERC a demandé devant le parlement espagnol, à Mariano Rajoy de "sortir ses sales mains des institutions catalanes".

Carles Puigdemont, le président du gouvernement catalan, parle de l'application d'un "état d'exception" et d'une "suspension de facto de l'auto-gouvernement catalan". "Nous n'accepterons pas un retour aux heures sombres" a-t-il déclaré dans l'après-midi sur son compte twitter.

Les forces d’occupation dehors ! ", "Nous voterons ! " s'époumonaient les manifestants et les manifestantes tout au long de la journée en reprenant notamment en chœur L’Estaca, un hymne antifranquiste bien connu.

Aujourd'hui, le peuple catalan semble plus uni et plus déterminé que jamais.

Les catalans et les catalanes le savent, Madrid a changé les règles du jeu.

En interdisant le référendum, puis en utilisant la force afin de paralyser son organisation, le gouvernement de Mariano Rajoy a bouleversé le sens même du combat des séparatistes catalans.

Ces derniers ne luttent plus seulement pour l'indépendance, mais également pour les droits civiques de tous les peuples qui composent l'actuelle nation espagnole.

Cette dernière, habituée à traiter ce genre de problématiques par la force, se trouve aujourd'hui confrontée à une situation qu'elle ne maîtrise pas.

C'est un fait, l'Etat espagnol est totalement débordé et désorienté par le processus démocratique catalan, lui qui a combattu et qui combat encore le séparatisme basque militairement. La lutte contre la violence légitimait alors tous les excès. A ceux qui semblent découvrir aujourd'hui les dérives autoritaires espagnoles, l'histoire renvoie évidemment aux mesures d'exception appliquées au prisonniers basques, à la torture pratiquée dans les commissariats et casernes, ou encore à la fermeture du journal Egunkaria par les armes en 2003. A la différence près qu'il sera aujourd'hui encore plus difficile de justifier des ripostes d'une telle ampleur face à un processus politique, démocratique, et non violent.

Au vu de l'intensité de la répression espagnole sur la Catalogne depuis une quinzaine de jours, on voit mal comment les séparatistes catalans pourraient arriver techniquement à maintenir ce référendum, bien qu'ils semblent avoir des ressources et une motivation inépuisable.

Mais on ne voit pas non plus comment les catalans et les catalanes pourraient continuer, après cela, à cohabiter avec Madrid.

Au-delà des sensibilités de chacun, il est une chose qui ne se discute pas: Madrid vient d'offrir aux séparatistes catalans leur plus grande campagne de communication. Le divorce est consommé.

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