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Billet de blog 19 avril 2022

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La France d'Après : la Gauche sans concession

Voter en pensant à cette possibilité, une victoire des forces de gauche. Rien n'est impossible. En refusant le calcul, le cynisme et le mépris de classe dans lesquels nos forces se sont perdues. "Faites mieux !". Il ne nous reste peu de temps pour réduire au silence ceux qui ont conduit à ces impasses ; Reconstruire une vision du monde, un espoir et une utopie : Peuple de Gauche, lève-toi, enfin.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le mépris est l’instrument des faibles. Et la faiblesse est majoritaire et tyrannique. Voici d’abord le Président de la République, esprit empreint de l’autorité de classe, qui ne s’encombre même plus de la démocratie, de cette séparation des pouvoirs désuète, un autre siècle. Voici les annonces prises par son gouvernement qui assume les stigmatisations, trouvant les racistes décidemment trop mous. Les voici qui accusent, vitupèrent, communiquent contre les quelques récalcitrants qui osent encore critiquer. Voici les policiers qui blessent impunément, revendiquent l’injustice, violence légitime quand elle vient d’un camp, brutalité insupportable des sauvages galleux montrés à la vindicte. Voici encore les intellectuels autoproclamés, horde de clercs, de notables, qui expliquent au bon peuple ce qu’il doit penser, rire et surtout haïr, mais se soumettre à l’ordre. Voici les politiques, classe dirigeante où chacun espère son heure, que le terme opportunisme ne fait même plus frémir tant la misère des idées est visible. Voici l’abrutissement en étendard et la réflexion qui a renoncé. Voici enfin la tyrannie de l’immédiateté, relais de l’ordre et de la peur, qui parie sur la bêtise pour se faire bien comprendre, le message est martelé.

En face, il y a le peuple, masse informe derrière les sociologues, disséqué, analysé et malgré tout mystérieux, changeant, volatile. En face il y a le désordre d’un monde qui se transforme et joue sa survie en l’absence de vision, d’anticipation. En face, il y a des interrogations légitimes réprimées par la force et la domination d’une classe qui réfute les questions. En face, il y a des gens.

L’effervescence des séparations, des divisions et des antinomies signe la crise de la démocratie. Les vaccinés et les autres, la république ou la dictature, la laïcité contre l’enfermement, la simplicité sans la complexité, moi d’abord. Cette mort de la pensée se fraie un chemin, petite rivière devenue fleuve dans ce méandre où la communication a remplacé l’information, la rumeur la raison. Alors, les petits roitelets de la haine règnent. Parce que tout ce qu’ils évoquent est simpliste. Parce que surtout leur petite musique sert sans bruit l’ordre établi.

La principale question de la France et des pays européens pour les prochaines décennies est-elle vraiment celle de l’immigration, de l’identité ou, mieux, de la sécurité ? Face aux changements climatiques, à la surpopulation, au capitalisme qui s’écroule sous sa propre spirale, n’avons-nous que cela à dire au monde ? Face à la jeunesse que sans frémir nous sacrifions, n’avons-nous rien à proposer ? Non. Parce que les fausses questions permettent de ne pas interroger les dominations de classe.

 « Qu’est-ce que le Tiers-État ? Tout. Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien. Que demande-t-il ? À y devenir quelque chose. » Ils ne sont rien devenus. Cette mort sans enterrement a signé la fin d’une forme de solidarité spontanée, violente comme une explosion triste, salvatrice comme la vie au milieu de la dépression. La peur a agi, l’idée d’un dépassement s’est tarie. Pourtant, sur cette terre fragile où rien n’était fait pour elles, émergent des espoirs et des réflexions pour un monde différent. Elles sont méprisées évidemment mais c’est là que naitront peut-être les utopies.

Une société sans rêve est comme un homme : elle meurt doucement. Nos vieilles civilisations agonisent de cette évidence. Elles méprisent parce qu’elles se sentent méprisées par cet univers qui avance sans eux ou contre eux, parce qu’elles ne s’aiment pas et ne croient plus. Et la gauche a fini par les rejoindre. Ceux là qui ont voté Vert, PS ou PC eu premier tour en sachant que jamais ces forces n’arriveront au pouvoir, un témoignage parce que quand même la France Insoumise fait peur. Ceux-là, qu’espéraient-ils ? Une force d’appoint pour l’ordre des choses. Ceux-là nous disent maintenant qu’il faut aller voter pour l’ordre. Ceux-là ont accepté la mise en danger de la démocratie, cette trahison.

J’irai une nouvelle fois voter pour l’ordre contre mes convictions. Je le ferai parce que contre les ennemis de la liberté, nous ne combattons jamais à armes égales. Je le ferai parce qu’une fois que la bêtise conquiert le pouvoir, elle ne s’y maintient que par la force. Mais je considèrerai ensuite que toutes les concessions ne sont pas compatibles avec la refondation nécessaire des forces de gauche. Pour répondre aux bouleversements du monde, à l’effondrement du capitalisme, au désordre politique et écologique, nous n’avons d’autres choix que de renouer avec une utopie et un projet. Une utopie. « Faites mieux ! » Et nous n’avons que peu de temps parce que nos certitudes sont déjà des doutes. Alors, j’irai voter en espérant le mois de juin, une force reconstruite autour d'un programme qui pense le monde d’après, sans concession, avec cette sincérité qui manque. Loin du mépris.

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