Mixité et réussite scolaire à Paris : agissons pour les collégiens !

TRIBUNE COLLECTIVE. Paris est la ville où la ségrégation est la plus forte au collège. Des solutions existent pour inverser la tendance et mettre la réussite de tous les collégiens au cœur de l’action éducative municipale : nous les mettons au débat dans le cadre de la campagne pour la Mairie de Paris.

Paris, capitale de la ségrégation scolaire

Le collège est un temps de stimulation et d’angoisse ; l’âge de l’adolescence, de l’accélération des apprentissages, de la structuration des amitiés ; le dernier palier de l’Ecole commune et le premier lieu du tri scolaire par l’orientation. C’est particulièrement vrai à Paris, seule académie où à la fin de la 3ème, en fonction de leurs résultats scolaires, les élèves sont répartis par un algorithme entre des lycées publics de niveau. Dans une société où le parcours scolaire et le diplôme déterminent fortement la réussite sociale, beaucoup semble déjà joué à l’âge de 14 ans.

Les familles parisiennes attendent donc beaucoup du collège. Or Paris, bien qu’elle soit la ville la plus richement dotée en moyens éducatifs, est aussi la ville avec la plus forte ségrégation scolaire. La proportion de catégories socioprofessionnelles défavorisées varie ainsi de 0,3% dans le collège le plus favorisé à 63% dans le collège le plus défavorisé. Les contrastes sont particulièrement frappants entre des collèges parfois distants de moins d’un kilomètre. Ils sont liés pour une moitié à la ségrégation socio-résidentielle (beaux quartiers vs quartiers populaires) et pour l’autre à l’évitement vers le privé (les collèges privés ne comptent que 3% de catégories socioprofessionnelles défavorisées, contre 24% dans les collèges publics).

Paris peut agir là où l’Etat fait défaut

Cette ségrégation scolaire si forte n’est plus admissible. C’est une question de justice sociale. C’est aussi une question de réussite scolaire. Car toutes les études le montrent, la mixité scolaire, outre qu’elle assure un brassage citoyen, tire vers le haut les élèves fragiles sans pénaliser les bons élèves qui continuent de progresser… pour peu qu’on donne aux établissements les moyens humains pour des pédagogies différenciées et un accompagnement personnalisé.

Ne comptons pas sur le gouvernement actuel, qui supprime des postes d’enseignants dans le secondaire, laisse planer le doute sur l’avenir de l’éducation prioritaire et affiche sa bienveillance à l’égard du privé. Soyons par contre à l’écoute des initiatives des acteurs éducatifs eux-mêmes pour refonder l’Ecole, à l’image des discussions stimulantes auxquelles nous avons pris part fin août à la 1ère Université d’Eté des Enseignants et de l’Education à la Cartoucherie de Vincennes.

Paris a les compétences d’une commune et d’un département, elle est la collectivité de tutelle des collèges. Faisons de la réussite de nos collégiens un enjeu des prochaines élections municipales ! A cet effet, nous mettons au débat trois propositions.

Une sectorisation au service de la mixité scolaire

Inversons la dynamique ségrégative des collèges parisiens en valorisant nos collèges publics (ils font preuve d’une grande richesse pédagogique, trop souvent méconnue, y compris dans l’apprentissage des langues étrangères) et en étant volontaristes sur leur sectorisation. Durant cette mandature, une première pierre a été posée avec l’expérimentation de secteurs multi-collèges et l’installation de l’Observatoire parisien de la mixité sociale et de la réussite éducative.

Passons à la vitesse supérieure et défaisons les secteurs-ghettos en nous appuyant sur la concertation et sans reculer devant des changements d’ampleur : sectorisation discontinue, prise en compte des temps de trajets, secteurs multi-collèges… Entamons la discussion dès le début de la mandature dans tous les arrondissements. Le débat devra s’ouvrir aussi sur la mixité scolaire dans les lycées parisiens.

Des adjoints éducatifs dans les collèges pour lutter contre le décrochage

Créons au collège un véritable service périscolaire municipal pour renforcer l’accompagnement des jeunes. Historiquement, Paris a su mettre des moyens ambitieux au service des élèves de primaire, y compris sur le temps scolaire, avec des directeurs d’écoles déchargés à plein-temps, des professeurs de la Ville de Paris en arts visuel, en musique et en EPS, et plus récemment des temps d’accueil périscolaire de grande qualité.

Engageons-nous aussi dans cette voie au collège. Sur le modèle du dispositif « Action collégiens », affectons un adjoint éducatif dans chaque établissement, renforcé d’assistants dans les établissements prioritaires. Ils accompagneront les élèves les plus fragiles et assureront la coordination avec les partenaires locaux (clubs de prévention, centres d’animation, secteur médico-social etc.). Ils faciliteront aussi l’émergence des projets des collégiens, en lien avec le tissu associatif local, par exemple dans le cadre du budget participatif.

Des collèges où il fait bon vivre

Pour faire face à la pollution et à la multiplication des canicules, la VMC énergivore n’est pas la solution ! Dans le cadre de son Plan climat, Paris a engagé une transformation écologique de ses locaux scolaires qu’il faudra accélérer : isolation thermique, cours oasis, stores, ventilation naturelle, végétalisation, mobilier non polluant… Nous devons apprendre à construire et à vivre différemment, y compris à l’école et au collège.

Nous proposons un plan ambitieux de rénovation thermique de la moitié des collèges parisiens dans la mandature. Ce plan d’investissement visera aussi à améliorer le cadre de vie des élèves et à être à la hauteur des besoins éducatifs (salles de sciences et de technologie, foyers collégiens, espaces parents, jardins etc.).

Pour les cités scolaires, nous interpellerons la Région (dont c’est la compétence) sur le retard pris dans la rénovation du bâti : à Paul Valéry, le projet de reconstruction du lycée a même été abandonné en 2017. Dans le même temps, l’exécutif régional augmentait les aides aux lycées privés !

Toujours plus de service public pour le primaire

Nous souhaitons aussi conforter et ajuster l’action municipale dans les écoles primaires. Les temps éducatifs peuvent être encore mieux adaptés aux rythmes des enfants et à la vie des familles : une semaine de cinq jours moins discontinue, avec un ajustement spécifique en maternelle, un accueil anticipé dès 8h dans les maternelles isolées, l’encouragement aux pédibus, un temps d’étude dirigée plutôt que surveillée et prolongé jusqu’à 18h30… Nous voulons aussi harmoniser vers le haut la qualité des repas scolaires à Paris pour tendre vers le 100% bio et local, fournir le goûter en élémentaire et expérimenter le petit-déjeuner d’abord en éducation prioritaire.

La campagne municipale qui s’ouvre sera un temps d’échanges avec les Parisien-ne-s, notamment avec les acteurs et partenaires de l’Ecole. Comptez sur nous pour y porter haut et fort les enjeux de mixité et de réussite scolaire.

 

Laurent TOUZET, maire adjoint du 12ème arrondissement de Paris

Pierre-Yvain ARNAUD, coordinateur de Génération.s Paris

Guillaume BALAS, coordinateur national de Génération.s

Céline CAEL, enseignante

Yves CONTASSOT, co-président du groupe Génération.s au Conseil de Paris

Mathilde FEREZ, enseignante

Jean-Pierre GRYSON, élu FCPE

Claire MONOD, conseillère régionale d’Île-de-France, coordinatrice nationale de Génération.s

Philippe PRADEL, proviseur honoraire

Mickaël ROUYAR, enseignant

Clara VERGES, étudiante et membre des Jeunes Génération.s Paris

 

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