BCG et Covid-19: mode d’emploi

Notre initiative « Contre la Covid-19 avec le BCG » a pour but de reconstituer sur le territoire national un stock suffisant de vaccins BCG pour lutter contre la tuberculose et, aussi, pour limiter efficacement l’incidence et les formes inflammatoires sévères de la Covid-19. Nous proposons ici un plan d’action pour produire et disposer de doses vaccinales BCG en nombre et rapidement.

Laurent Lagrost est Directeur de Recherche à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale. Il a dirigé le centre de recherche UMR1231 de l’Inserm et de l’Université de Bourgogne à Dijon et a coordonné le Laboratoire d’Excellence LipSTIC du Programme Investissements d’Avenir.

Didier Payen est Professeur Emerite à l 'Université Paris 7 et Professeur d’Anesthésie-Réanimation. Il a été Chef du Service d'Anesthésie-Réanimation de l’Hôpital Lariboisière à Paris.

 

Contexte

Depuis janvier 2020, nous avons consacré tout notre temps et toute notre énergie à la crise sanitaire de la Covid-19 afin d’alerter du danger, de comprendre cette maladie nouvelle et de proposer des solutions. Nous avons ainsi produit une douzaine d’articles depuis le 6 mars 2020 (Le Quotidien du Médecin et blog Mediapart).

Le 9  avril 2020, nous avons lancé l’initiative « Contre la Covid-19 avec le BCG » afin de reconstituer sur le territoire national un stock suffisant de vaccins BCG pour vacciner les individus qui doivent l’être et, aussi, dans la perspective de limiter efficacement l’incidence et les formes inflammatoires sévères de la Covid-19. Cette initiative a été parrainée par Monsieur Sylvain Thenault-Guérin, arrière-petit-fils du Professeur Camille Guérin qui, avec le Professeur Albert Calmette, inventa, il y a un siècle, le BCG (vaccin bilié de Calmette et Guérin) à l’Institut Pasteur de Lille.

 

Le BCG – Rappels

  • En 1908 : première publication des Professeurs Calmette et Guérin concernant le BCG
  • En 1921 : premières vaccinations BCG pour lutter contre la tuberculose.
  • Le BCG est constitué d’un bacille bovin de la tuberculose (Mycobacterium bovis), initialement cultivé sur pomme de terre et additionné de bile de bœuf pour l’atténuer.
  • Si la fabrication du BCG peut sembler étrange aux non-initiés, il reste un des médicaments les plus sûrs et probablement un des plus ingénieux et innovants qui soient (ou comment utiliser des bacilles atténués et vivants pour entraîner notre système immunitaire).
  • Peu de producteurs de vaccins BCG dans le monde (encore moins en Europe, seul le vaccin fabriqué au Danemark bénéfice d’une qualification OMS). La demande mondiale est supérieure à l’offre et on estime le déficit mondial en vaccins BCG entre 50 et 100 millions de doses chaque année.
  • Depuis 5 ans, en France, ce sont environ 100.000 bébés qui auraient dû, chaque année, être vaccinés avec le BCG et qui ne l’ont pas été dans le cadre des recommandations vaccinales officielles.
  • Depuis 2014, il y a un contingentement du vaccin BCG, réservé uniquement aux collectivités après de nombreuses ruptures de stock.
  • Depuis Janvier 2019, retour à un approvisionnement normal, sans restriction permettant de couvrir les besoins des populations ciblées par les recommandations. Prise en charge à 100% du vaccin par l’assurance maladie.
  • Faute de moyens humains et financiers en collectivités, baisse importante de la couverture vaccinale BCG dans un contexte de recrudescence de la tuberculose entre 2017 et 2019. Besoin d’un accès élargi à la vaccination BCG (marché de ville, cabinet libéral, professionnels de santé)
  • Depuis avril 2019, la vaccination BCG des professionnels de santé n’est plus obligatoire.
  • A notre connaissance, la suspension de la couverture vaccinale n’a pas pris en compte les effets du BCG sur l’immunité « entraînée » au sens large.
  • 130 millions de bébés sont vaccinés chaque année avec le BCG dans le monde (estimation minimale)
  • A la 6ème conférence de reconstitution du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, plus de quatorze milliards d'euros ont été recueillis en 2019, avec la France comme chef de file. Soutien du Chef de l'Etat à travers une visite officielle à Lyon en octobre 2019.
  • Le vaccin BCG utilisé en France est produit au Danemark et dispose d’une AMM sur le territoire français depuis janvier 2019.
  • L’entreprise CSP (Centre Spécialités Pharmaceutiques – Cournon d’Auvergne), en sa qualité d’exploitant, assure l’importation, le stockage et la distribution de ce vaccin auprès des structures collectives habilitées à pratiquer cette vaccination.
  • Le coût de production d’une dose vaccinale BCG reste faible.

 

Pourquoi le vaccin BCG pour contrer la Covid-19 ?

  • La vaccination BCG semble pouvoir adapter la réponse inflammatoire de l’hôte, acteur principal à l’origine des formes sévères et critiques de la Covid-19. C’est le concept d’immunité entraînée : outre la stimulation lymphocytaire, comment « entraîner notre système immunitaire inné par le BCG en temps de paix pour combattre efficacement la Covid-19 en temps de guerre » ou la mémoire immunitaire cellulaire.
  • Il est possible d’entraîner l’immunité cellulaire par le BCG (bacilles vivants et atténués de la forme bovine de la tuberculose) pour produire notamment de l’Interféron-gamma (IFNgamma)
  • Après vaccination par le BCG, et dans des modèles animaux, les cellules dendritiques du poumon et de l’intestin favorisent la production d’Interleukine-10 (anti-inflammatoire) par les lymphocytes T régulateurs modulant la réponse inflammatoire.
  • La vaccination BCG semble en capacité de réduire la quantité virale chez l’Homme (cet effet reste cependant à confirmer pour le SARS-CoV-2).
  • Il existe un lien, statistiquement significatif et très frappant, entre la pratique vaccinale BCG et la diminution de la sévérité de la Covid-19 à travers le monde (cas très frappants du Nicaragua – couverture vaccinale à 98% et très peu de cas de Covid-19, de l’Allemagne – ex-RDA versus ex-RFA avec deux histoires vaccinales BCG et des incidences de la Covid-19 différentes, des migrants hors-UE vaccinés à leur entrée sur le territoire italien, de la comparaison de la situation de la France hexagonale et de la Guyane Française).

 

Plan d’action pour produire et disposer de doses vaccinales BCG en nombre rapidement

  • Pré-réserver sans attendre des doses en provenance du Laboratoire « AJ Vaccines » au Danemark. L’importateur CSP près de Clermont-Ferrand a besoin d’être conforté et sécurisé financièrement pour cette action. Un simple courrier des pouvoirs publics s’engageant à acheter les doses importées suffirait. Ainsi, il serait possible de réserver et commander sans attendre de l’ordre de 350.000 flacons, permettant de vacciner au moins 1.4 millions de personnes (au moins 4 vaccinations par flacon).
  • Contacter et soutenir les actions de sociétés pharmaceutiques françaises pour la relocalisation sur le territoire français de chaines de production industrielle, rapide et réglementée du BCG (souche de l’Institut Pasteur).
  • SAS Vaccinopole. Son activité de recherche et de développement est localisée à la Genopole d’Evry et son activité principale est la fabrication du BCG. Une usine avec 2.000 m2 de salle blanche - classe D, localisée à Plancy l’Abbaye, a reçu une aide attribuée en décembre 2017 par la Commission Interministérielle des Aides à la Localisation des Activités (CIALA) (Courrier de Monsieur le Ministre Jacques MEZARD du 8 décembre 2017). La mise en place est aujourd’hui très avancée. Il manque environ 10 millions d’euros pour finaliser et lancer la production et l’ANSM (Agence nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé) doit être saisie rapidement pour valider les aspects réglementaires. SAS Vaccinopole pourrait ainsi produire la biomasse pour 10 millions de doses chaque mois (soit 120 millions de doses vaccinales par an).
  • Rechercher tout autre fabricant et distributeur de vaccin BCG à travers le monde pour importer des doses vaccinales.

 

Les avantages

  • Solution BCG « clé en main » et, disons-le, inespérée pour contrer la Covid-19, en particulier en limitant ses formes sévères (mais pas seulement)
  • L’attente est immense au niveau mondial
  • Histoire et savoir-faire exceptionnels de la France dans le domaine de la vaccination avec des précurseurs et des figures emblématiques : Louis Pasteur, Emile Roux, Albert Calmette et Camille Guérin. Grace à leurs travaux, ils ont su, avant tous les autres, faire reculer l’impact des maladies infectieuses. Ils sont l’honneur et la fierté de notre nation qui pourrait ainsi prendre le leadership dans la lutte contre la Covid-19.
  • La vaccination BCG pourrait être un allié très important pour le déconfinement
  • Des études cliniques sont en cours (notamment en Australie, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Espagne et en France (Institut Pasteur de Lille)) afin de confirmer la relation de cause à effet entre la vaccination BCG et la diminution de l’incidence et de la sévérité de la Covid-19.
  • Il faut agir sans délai et anticiper la fabrication du vaccin BCG qui, dans tous les cas, trouvera un débouché et répondra à un besoin (couverture vaccinale contre la tuberculose).
  • Pallier, si possible, la pénurie BCG (Immucyst) dans le traitement de tumeurs de la vessie (les urologues ont disposé du dernier lot d’Immucyst en juillet 2019)
  • Relancer les études de l’intérêt du BCG dans le traitement de l’asthme, du diabète, des maladies inflammatoires de l’intestin, de l’athérosclérose…

 

Les risques ?

  • Très faibles sur le plan de la Sécurité du Médicament. Le BCG est une des vaccins les plus sûrs, les mieux connus et les plus utilisés au monde. Au pire, on renouera ainsi avec une politique vaccinale BCG optimale de la population ciblée et les gens seront vaccinés.
  • Le coût de l’opération est très faible et les besoins en doses vaccinales BCG sont très élevés.
  • Plusieurs souches existent pour le BCG (souche Pasteur, Connaught, Japon, Russe…) et il conviendra de préciser l’efficacité de chacune, d’une part pour la vaccination, d’autre part pour le traitement des tumeurs de la vessie.
  • Il appartiendra aux médecins, aux autorités sanitaires et aux pouvoirs publics de définir la nouvelle politique vaccinale BCG dans le cadre de la prévention de la progression et de la sévérité de la Covid-19. Qui vacciner ? A quel moment ? Durée minimale pour installer une immunité entraînée « anti-Covid-19 » avec le BCG ? Les personnes positives à la Covid-19 peuvent-elles être vaccinées avec le BCG ?
  • Si les résultats des essais cliniques en cours sont attendus pour trancher définitivement, il semble logique, raisonnable et sans risque d’anticiper, de sécuriser le stock de vaccins BCG et de relancer la production d’un grand nombre de doses vaccinales immédiatement.

 

 

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