Non, Monsieur Valls, comprendre n'est pas excuser !

Messieurs Hollande et Valls veulent modifier profondément notre Constitution en introduisant la déchéance nationale comme remède au terrorisme. Le remise en cause grave d'un des principe fondateur de notre République, l'Egalité des citoyens, n'est pas acceptable. Cette attitude est un aveux d'impuissance, c'est aussi le refus de se pencher avec sérieux sur notre histoire depuis le XIX ème siècle.

Non, Monsieur Valls, comprendre n'est pas excuser !

Je ne veux pas vous casser le moral en revenant là-dessus, mais les actes de terrorisme ont durement frappé le monde en 2015. Il serait question de 125 attentats qui ont provoqué la mort de 2818 personnes et peut-être davantage encore, car la transmission d'information de certains pays touchés n'est pas exhaustive. Ainsi ce sont 24 pays qui ont été frappés sur pratiquement tous les continents.

Afghanistan, Arabie Saoudite, Bangladesh, Cameroun, États Unis, France, Irak, Kenya, Koweït, Liban, Libye, Mali, Nigeria, Pakistan, Russie, Suède, Somalie, Syrie, Tchad, Tunisie, Turquie, Ukraine, Yémen.

Des économies presque exclusivement basées sur le tourisme se sont effondrées en quelques heures. Beaucoup de ces pays frappés par le terrorisme, les changements climatiques et l'effondrement économique, malgré beaucoup d'efforts n'arrivent pas à faire face à leurs difficultés et encore moins au terrorisme. Nous-mêmes n'y arrivons pas, soyons lucides, alors comment pourraient-ils y arriver avec des moyens bien inférieurs aux nôtres, de performances en matière de sécurité ou de surveillance de leurs territoires à des années lumières de ce que les pays développés sont en capacité de mettre sur le tapis.

Au total ce sont 125 attentats qui ont fait 2818 morts et des milliers de blessés. A la mi- janvier 2016 ce sont déjà 12 attentats qui ont eu lieu provoquant la mort de 210 personnes et des centaines de blessés, parmi eux, ceux du 16 janvier à Ouagadougou au Burkina Faso qui a fait 29 morts.

Si les terroristes peuvent essaimer la terreur partout, ils ne parviennent pas à effrayer les populations. Sauf qu'il faut bien reconnaître que leur grande victoire est d'avoir réussi à servir les intérêts de ceux qui se nourrissent de la peur partout dans le monde et l'Europe n'y échappe pas.

En France, ces profiteurs se nomment l'extrême droite et le FN, à droite c'est l'UMP-LR des sarkozystes et bien qu'ils s'en défendent, la gauche socialiste y va de son couplet avec le PS, le Président Hollande et le gouvernement Valls.

L'état d'urgence, ce placebo inopérant est le prétexte pour régler d'autres comptes. Nous le voyons bien avec les huit de Goodyear, la casse du code du travail, et la "peur en direct" lors des 20 h télévisés. Ce qui motive cette posture c'est bien entendu la volonté de garder dans son giron des électeurs tentés par la droite extrême ou l'extrême droite, en marchant sur les mêmes plates bandes.

J'espère que nos services de renseignements auront toujours les moyens nécessaires à leur disposition pour endiguer les actes en préparation. Les tentatives d'attentats avortées l'ont été uniquement grâce à l'action coordonnée des services de renseignements internes et des relations internationales en la matière. Les vraies solutions reposent sur les échanges entre pays, la surveillance étroite des radicalisés et des milieux connus pour organiser l'enrôlement des jeunes paumés. En groupe ou isolés ils se radicalisent aussi avec internet. Impardonnables qu'ils sont toutes et tous, mais bien là, présent dans une famille, peinardement installée à Paris, en Province, en campagne et qui dévissent en peu de temps. "C'était un brave garçon, poli, discret, serviable, bon élève, etc".

Internet, oui, est un bel outil, mais son utilisation par les propagandistes islamistes semblent trop facile, la boîte de pandore est ouverte, en libre service depuis des décennies, des monstres se sont échappés et personne ne semble en capacité de les détruire. Pourtant il faudra bien remonter aux sources et les anéantir.

Alors, la déchéance nationale qui ne s'appliquera qu'à la sortie de prison pour ceux qui ne se seront pas réduit en pâté de foie, n'est qu'une vaste rigolade pour combattre le terrorisme. La gravité de la décision est tout bonnement la remise en cause pure et simple du principe d’Égalité devant la loi.

C'est cela qui est grave et qu'il faut refuser. Remettre en cause le principe d’Égalité, comme le font Hollande et Valls pour ne citer qu'eux, c'est attaquer la République. La République est en danger de l'intérieur avec cette mesure anti-républicaine et de l'extérieur avec Daesh.

Je ne mets pas ces deux agressions sur un pied d'égalité mais elles constituent l'une comme l'autre une attaque de nos valeurs. Monsieur Valls et Monsieur Hollande devraient prendre la mesure de ce qu'ils vont faire pour l'avenir de notre Nation qui demeure encore à ce jour "une et indivisible".

Je reviens sur le terrorisme. Pourquoi ? Pourquoi les 1800 français radicalisés en Syrie en sont-ils arrivés là et si vite pour certains d'entre eux ? Quelques mois ont suffit à les transformer en tueurs alors que certains sortent tout juste du collège ou du lycée.

C'est quoi le truc qui déclenche ça ? Quel est le cheminement historique, sociologique qui détermine l'origine de ces dérives meurtrières. Y a-t-il un ou plusieurs chemins, plusieurs causes ? Sans aucun doute possible.

Sacré travail pour remonter aux causes. Il ne s'agit pas d'excuser ou de justifier les actes barbares en recherchant des explications complaisantes. Je ne suis pas certain que notre gouvernement se donne actuellement les moyens de comprendre. En fait, il ne veut pas comprendre. J'ai entendu Valls chez Ruquier samedi soir 16 janvier 2016 répéter à l'envie que "comprendre c'est excuser". C'est faux ! Grave et dangereux d'affirmer de façon péremptoire une vérité qui n'en n'est pas une. Loin s'en faut monsieur le Premier Ministre. Votre vérité n'est pas la mienne ni celle de beaucoup de compatriotes de gauche comme de droite.

Le refus des gouvernements successifs de porter une analyse objective sur notre société depuis les périodes coloniales jusqu'à nos jours laissera encore longtemps la place à toutes les interprétations. Je me suis déjà exprimé sur ce point dans une précédente contribution. La Nation doit savoir comment elle s'est construite depuis le XIX siècle, comment elle a fait concrètement pour intégrer ses enfants. Un regard rétrospectif critique est indispensable. Les confrontations d'idées des sociologues et historiens sont indispensables pour se faire. Je suis convaincu que nous avons tout à gagner dans le travail critique de notre histoire face au monde. Plus nous perdons de temps en nous égarant sur des chemins sans issues, plus le radicalisme fera des ravages.

Un ouvrage récent évoque cette question. Ecrit par Benjamin Stora avec Alexis Jenni et publié chez Albin Michel. Cet ouvrage s'intitule "Les mémoires dangereuses " , il traite d'une part du : " sudisme à la française " au " choc de janvier " et dans une seconde partie intitulée, Le transfert d'une mémoire " De l"Algérie française"au racisme anti-arabe".

Se replonger dans notre histoire sous un éclairage critique, par définition sans compromission ni complaisance va dans la direction que je souhaite. Si notre gouvernement pouvait avoir une démarche similaire je serai moins pessimiste pour l'année qui commence.

Et puisque certains disent à juste raison que " celui qui ne connait pas son passé ne peut pas construire son avenir ", moi je me permets de paraphraser cela en disant : " Un État sans regard objectif sur son passé, prépare un sombre avenir à son peuple ".

C'est ce qui se passe en ce moment, chez nous en France et dans beaucoup d'autres pays.

Alain Laute

 

 

 

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