DEBAT DU SECOND TOUR DES ELECTIONS PRESIDENTIELLES – mercredi 3 mai 2017

Bref arrêt sur images … en communication publique

Le débat qui a opposé, mercredi 3 mai 2017, les deux candidats finalistes à l’élection présidentielle, Marine Le Pen (1968-) et Emmanuel Macron (1977-) suscite de nombreuses réactions : il a été jugé confus, d’une rare animosité, voire brutal.

Depuis 1958, jamais un candidat d’extrême droite n’avait accédé au traditionnel débat télévisé. Celui de 2017, regardé par 16,5 millions de téléspectateurs, a choqué la presse étrangère qui a considéré la confrontation comme « la plus violente de la 5ème République ».

La méthodologie de l’expression et de l’argumentation cathodique, en particulier en politique, est, ne nous trompons pas, étroitement liée à la formation du débateur.

Titulaire d’une maîtrise en droit et d’un Master 2 de droit pénal de l’université Paris 2 Panthéon-Assas, Marine Le Pen prête serment le 22 janvier 1992 à la Cour d’Appel de Paris, en présence de son père. Elle intègre le cabinet Georges-Paul Wagner (1992-1994) puis se met à son compte (1994-1998), rue de Logelbach à Paris pour entrer ensuite au service juridique du Front national, à Saint-Cloud. Elle ne s’est pas trompé de vocation. « Très avocate » selon Gilbert Collard, la candidate qui rappelle sa formation au cours du débat garde ses réflexes de « pénaleuse » … les piles de dossiers de la candidate frontiste ont ainsi donné, à l’image, la sensation qu’elle était très mal préparée alors qu’elle a eu cinq années pour le faire. A défaut d’être convaincus, certains internautes inspirés ont ironisé : « LePen avec son classeur rempli de fiches Wikipedia », « Fallait réviser tes dossiers au lieu de faire des selfies avec les ouvriers », « Quand tu n’as pas révisé avant le bac vs quand tu as révisé ».

De son côté, le leader d’En Marche ! a été formé chez les jésuites (Amiens, lycée de La Providence). Etudiant au lycée Henri IV à Paris, il est lauréat du concours général de français (1994). Titulaire d’un Master 2 de philosophie à l’université Paris-Nanterre (proche du philosophe Paul Ricoeur (1913-2005), il est diplômé de Sciences Po (2001) puis de l’Ecole nationale d’Administration (ENA, 2004, promotion Léopold Sédar Senghor) pour intégrer le corps de l’Inspection des Finances (IGF, 2004-2008) puis la banque d’affaires Rothschild (2008-2012), ce qui lui est systématiquement reproché. Très tôt, il a été formé à s’exprimer sous plusieurs format : deux minutes trente pour les questions d’actualité au Gouvernement (QAG), dix minutes pour développer ou répondre à n’importe quel sujet.

Tout au long des 2h20 de débat, les téléspectateurs ont pu assister à une opposition flagrante – et parfois violente - sur le domaine des compétences des deux candidats : l’économie d’un côté, le droit de l’autre ; sur celui du parcours politique : le candidat sans passé face au candidat avec héritage ;  sur les valeurs enfin : le candidat du « rassemblement » face au candidat de la « protection ».

En fin d’émission, faisant de sa « carte blanche » un appel supplémentaire à accorder pour l’aide aux personnes handicapées en France, et plus précisément « la création de places pour les jeunes autistes, dans des structures, afin qu’ils n’aillent plus à l’étranger » ; Emmanuel Macron torpille malicieusement le programme de Marine Le Pen dans le domaine. Il en profite surtout pour balayer, avec intelligence et stratégie électoraliste, les propos contestables de l’ancien candidat Les Républicains à la présidentielle, François Fillon (1954-) qui avait martelé maladroitement, et à trois reprises au journal télévisé de 20 heures sur France 2 (5 mars 2017), « je ne suis pas autiste », pour expliquer qu’il n’était pas isolé au sein de sa famille politique et ne se retirait pas de la campagne à l’élection présidentielle, choquant par la même, et en déclenchant la colère de nombreuses familles et d’associations, dont SOS Autisme France, qui a saisi le Conseil supérieur de l’Audiovisuel (CSA).

Dès le lendemain du débat, le père de Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen, ancien président du Front national, dans les médias, que « sa fille a manqué de hauteur […] que son entourage (NDLR : spin-doctors) l’a conseillé de cette façon. Ils devaient espérer un effondrement ou un écroulement psychologique de la part d’un homme qui n’apparaît pas forcément comme étant très solide. »

D’un candidat présidentiable face à une candidate s’affichant plutôt comme une simple leader d’opposition, le point d’orgue du débat se résume dans la phrase cinglante d’Emmanuel Macron : « Vous n’êtes pas la candidate de l’esprit de finesse. » …

On pouvait presque avoir la nostalgie du « monopole du cœur » (10 mai 1974) que Valéry Giscard d’Estaing (1926-) contestait à François Mitterrand (1916-1996) pour succéder à Georges Pompidou (1911-1974) ou encore de la revanche verbale et de l’opposition - en termes élégants - entre « l’homme du passé » et « l’homme du passif » sept ans plus tard (5 mai 1981).

 

Pierre LE BLAVEC DE CRAC’H

Professeur - Spécialiste en communication publique

Ancien étudiant de Pierre ZEMOR, auteur du Que Sais-Je sur La Communication publique (PUF, 1995)

LAvisDevantSoi (LAVDS) - Tous droits réservés - jeudi 4 mai 2017

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