MACRONISME vs « BONAPARTISME-SAINT-SIMONIEN » de LOUIS-NAPOLEON BONAPARTE

Elu dimanche 7 mai 2017, avec 66,10 % des suffrages (20,8 millions de voix), Emmanuel Macron (1977-) - candidat d’En Marche !, résolument européen - a remporté le second tour de l’élection présidentielle, face à Marine Le Pen (1968-), candidate de l’extrême-droite, favorable au « Frexit ».

A peine âgé de 39 ans, Emmanuel Macron devient donc le plus jeune président de l’Histoire depuis Louis-Napoléon Bonaparte (40 ans en 1848, premier suffrage universel masculin en France) et Valéry Giscard d’Estaing (48 ans en 1974).

Deux heures après l’annonce des résultats, une mise en scène historique - et républicaine - se déroule au Palais royal et impérial du Louvre. Le nouveau président marche, seul, d’un pas solennel, sur l’hymne européen (Ode à la Joie de Ludwig van Beethoven, 1823), pour rejoindre la tribune, puis s’adresse à la foule réunie devant la Cour Napoléon, sous les arêtes illuminées de la Grande Pyramide de I’architecte sino-américain Ieoh Ming Pei (1917-).

Emmanuel Macron l’a choisi parce que, tour à tour forteresse, prison, local d’archives, palais royal, musée, le Louvre et le Palais des Tuileries - résidence impériale et l’une des plus vastes et majestueuses d’Europe -, doit son existence à de multiples souverains bâtisseurs qui lui donnent toute sa splendeur et auquel il a rendu hommage dans son désormais célèbre « discours du Louvre ».

Le nouveau Président de la République le ponctue régulièrement du « V » de la victoire devant les quelques 40 000 partisans ou sympathisants « patriotes », républicains et pro-européens, exprimant leur joie en se réunissant pour fêter sa victoire. Agitant une marée de drapeaux tricolores, ils l’acclament et entonnent périodiquement La Marseillaise.

Fort étrangement et symboliquement, le Palais des Tuileries - détruit en 1871 pendant la Commune - est également celui de Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873), futur Napoléon III et empereur des Français (1851-1870).

Sans faire de parallèle excessif entre les deux célèbres personnalités politiques, chacun dans leur contexte économique et historique de l’époque, nous pouvons évoquer quelques similitudes entre le « macronisme » et le « bonapartisme saint-simonien » de Louis-Napoléon Bonaparte.

Pensée fondatrice de la société française au 19ème siècle, élaborée par le comte de Saint-Simon (1760-1825), le saint-simonisme préconise une société fraternelle, fondée sur la compétence, l’esprit d’entreprise, l’intérêt général, l’égalité, la paix. Profondément influencé, Louis-Napoléon Bonaparte, jeune président de la 2ème République (1848-1852), s’inspire de ses réflexions sociales, s’ancrant dans un contexte de révolution industrielle, de croissance économique et de développement de la classe ouvrière ainsi que de nouvelles formes de misère. Dans son opuscule, De l’Extinction du paupérisme (mai 1844, Fort de Ham), il écrira que « la pauvreté ne sera plus séditieuse, lorsque l’opulence ne sera plus oppressive ».

De son côté, en ce début de 21ème siècle, le « macronisme » s’ancre dans un contexte de mondialisation, de compétitivité internationale et de récession économique. Il entend libérer l’individu (fin d’une société de « statuts » sociaux et professionnels), prendre des risques (favoriser la formation tout au long de la vie, la mobilité et la reconversion professionnelle), renforcer l’égalité des chances (par une éducation performante et un égal accès aux savoirs). Bref, un retour à l’optimisme pour combattre la morosité française (« audace réconciliée et optimisme volontaire »). Sans entrer dans la polémique, il peut se résumer en une seule phrase : « La meilleur façon de se payer un costard, c’est de travailler […] Ni mépris, ni démagogie. Notre pays s’en sortira en permettant à chacun de travailler. » (27 mai 2016, Lunel, Hérault).

La comparaison entre les deux philosophies politiques, économiques et sociales de ces deux « socialistes de droite » s’arrête, bien évidemment, à celle de Louis-Napoléon Bonaparate et non à celle de l’empereur Napoléon III, mort en exil (1873) et enterré à Farnborough (abbaye Saint Michael, banlieue de Londres).

Projetons-nous dans les années à venir, que le « macronisme » soit - selon la célèbre réplique du baron Louis (1755-1837) à Louis-Philippe (1773-1850) -, « une bonne politique et de bonnes finances » pour la République française au sein d’une Union européenne qui se cherche plus que jamais.

Peut-être même que la pensée et l’action politique à venir du nouveau président, issu des rangs de Sciences Po Paris, seront un jour étudiées, religieusement, sur les bancs du célèbre amphithéâtre Emile Boutmy (1835-1906) ?

 

Pierre LE BLAVEC

Historien

Alumni Sciences-Po (SP, 1991)

Ancien étudiant de Francis Choisel et Jean Tulard

 

 

LAvisDevantSoi (LAVDS) – Tous Droits réservés – dimanche 7 mai 2017

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