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Billet de blog 8 décembre 2015

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Déplacés environnementaux : une convention internationale pourquoi ?

Déplacés environnementaux : une convention internationale pourquoi ? Des raisons de fait , des raisons de droit.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

 En exergue  une pensée de François Partant : « Les catastrophistes sont ceux et celles qui ferment les yeux sur les causes des catastrophes et non pas ceux et celles  qui essaient d’avertir, de critiquer, de proposer ».

                                       Intervention  à la COP 21 le 10 décembre  au colloque international des juristes

                                                                 sur les migrations environnementales  internationales

                                        Voir aussi sur ce blog deux billets relatifs aux "déplacés environnementaux".

Mesdames ,  messieurs, chers amis, dans cette introduction donnons une idée  de l’origine puis du contenu du projet.

L’origine  de ce  projet de "convention relative au statut international des déplacés environnementaux"  est liée  au colloque international de Limoges en juin  2005 sur « les réfugiés écologiques ». Un appel avait été lancé, il s’est concrétisé par de nombreuses séances de travail pendant l’année 2008 de deux équipes , l’une  composée d’ enseignants-chercheurs en  droit de l’environnement, l’autre d’enseignants-chercheurs en droits de l’homme, au total neuf personnes qui ont rédigé le projet, l’ensemble  fut soumis au cours de journées d’études au regard critique de collègues juristes, scientifiques et philosophes, d’experts travaillant auprès d’organisations internationales et régionales, de représentants d’organisations non gouvernementales,  au total dix neuf personnes  ont construit ce projet dont la troisième et dernière version est  de mai 2013.Enfin c’est surtout le Centre  international de droit comparé de l’environnement(le CIDCE), dont Michel Prieur est le président, qui a contribué à le faire connaitre.

Le contenu de ce  projet repose sur des principes, des droits consacrés, des institutions, des financements, mais repose en particulier sur une définition très large : « On appelle déplacés environnementaux les personnes physiques, les familles, groupes et  populations confrontés à un bouleversement brutal ou insidieux de leur environnement portant inéluctablement atteinte à leurs conditions de vie, les forçant à quitter, dans l’urgence ou la durée, leurs lieux habituels de vie »,un alinéa du même article affirme que le déplacement temporaire ou définitif a lieu « soit à l’intérieur d’un même Etat, soit de l’Etat de résidence vers un ou plusieurs autres Etats d’accueil. »

Pourquoi un tel projet ? Il y a des raisons de fait, c’est le premier point de cette intervention, il y a des  raisons de droit, c’est le second point.

 Ier point –Existent au moins quatre  raisons de fait

1ère raison :construire un système  au niveau mondial  aussi et à la hauteur des défis. Deux études du 7 juin 2012, cosignées chacune par une vingtaine de chercheurs  de plusieurs disciplines appartenant à une quinzaine d’institutions scientifiques  internationales, affirment « la biosphère est à la veille d’un basculement abrupte et irréversible »(…)voilà « l’imminence d’ici à quelques générations d’une transition brutale vers un état de la biosphère inconnu depuis l’émergence d’homo sapiens il y a  200.000 ans ».Il est ainsi hautement probable que  les générations qui seront là dans les quelques décennies à venir vont se trouver   aux avants postes de tous les défis, parmi  lesquels les catastrophes écologiques massives (sauf, d’ici là, si des contre-mécanismes nombreux et puissants étaient mis en œuvre pour passer d’un productivisme terricide et humanicide à une communauté mondiale humainement viable).Tirons donc cette conclusion impérative : on doit répondre à ces défis à tous les niveaux géographiques parce que notre village, notre ville c’est notre terroir, notre pays c’est notre  patrie, notre continent c’est notre matrie , notre Terre c’est notre « foyer d’humanité. » Jacques Ellul et d'autres avec lui avaient raison : il faut aller  du local au global et du global au local.

  Seconde raison : construire   un système prenant en compte le  long terme :  Constatons  la priorité du court terme dans le système productiviste, c’est une de ses logiques profondes, celle de « dictature du présent », de « culte de l’urgence », de « société sur programmée bloquée dans l’immédiat », de « compression du présent ».L’urgence est devenue une catégorie centrale du politique, or on ne pourra  pas se cacher tout le temps derrière ce déni de la réalité qui consiste à dire  que nous n’avons pas le temps de nous occuper du long terme parce que nous sommes noyés dans l’urgence. En fait  c’est, pour une large part, parce que l’on n’a pas pris en compte le long terme que nous sommes  dépassés par les urgences. Il s’agit donc de prendre en compte ces  deux exigences : répondre aux urgences, élaborer des politiques à long terme. Tirons donc cette conclusion impérative :   sortir de ce  déni de réalité c’est affirmer qu’il est essentiel  de commencer à  construire un système à long terme. Théodore Monod  aimait redire « il faut voir loin et clair ».

 Troisième raison   : construire un système contribuant à la paix .La véritable paix consiste entre autres  à régler les conflits en cherchant des solutions justes. Certes ce ne sera pas facile d’organiser un tel système de solidarité internationale mais il peut, à sa mesure, contribuer à la paix de deux  façons :  d’une part ces migrations peuvent participer à des  stratégies d’adaptation aux changements climatiques, d’autre part les accueils  organisés et soutenus par différents moyens peuvent aider à éviter des conflits entre pays et entre populations. Tirons donc cette conclusion impérative : la véritable paix se joue certes en amont par des mécanismes de prévention des catastrophes et des luttes contre les injustices mais ce système, à sa mesure, sera porteur de paix.  Edgar Morin écrit « Il faut qu’une conscience écologique de la solidarité se substitue à la culture de compétition et d’agressivité qui régit les rapports mondiaux. »(sur la paix voir les six billets de ce blog)

 Quatrième et dernière raison de fait : construire un système  contribuant à lutter contre des  injustices. Ce sont les pays du Sud les premières  victimes des  catastrophes écologiques, ce sont eux aussi les plus vulnérables qui sont confrontés aux déplacés  environnementaux, l’Afrique représente 15% de la population mondiale mais 25% des déplacés environnementaux. Tirons donc cette conclusion impérative : il est de l’intérêt des pays et des peuples les plus touchés par les catastrophes d’être soutenus, et il est de l’intérêt de tous les pays et de tous les peuples  du monde d’organiser cette forme de solidarité mondiale. « Je fais encore le rêve, disait Martin Luther King, qu’un jour la justice ruissellera comme l’eau. »  (sur la justice et les  injustices voir les quatre billets de ce blog).

Telles sont les raisons de fait, quelles sont  les raisons de droit  pour que cette convention voit le jour ?

IIème  point- Existent au moins quatre raisons de droit

 1ère raison : combler  un vide juridique :  de nombreux auteurs mettent  en avant le fait que la Convention de Genève de juillet 1951 sur les réfugiés  juridiquement est inadaptée puisqu’elle ne concerne pas les déplacés environnementaux,  elle ne concerne que les personnes franchissant une frontière, elle vise les personnes et non les groupes. A cela il faut ajouter que   politiquement ouvrir une négociation pour amender la Convention de 1951, de l’aveu même du Haut commissaire aux réfugiés, « risquerait de la fragiliser ».Ainsi au niveau universel il y aurait enfin une convention spécifique sur les déplacés environnementaux

Seconde raison : existe un appui de textes  internationaux. D’abord ce projet s’appuie  sur des conventions qui existent, ainsi les conventions internationales sur les droits de l’homme doivent s’appliquer en toutes circonstances, aucune convention n’exclut le temps de la catastrophe. Il y  a même des conventions, assez  rares il est vrai, qui précisent qu’elles doivent appliquées pendant les catastrophes naturelles. Ensuite ce projet s’appuie   sur   le droit à la vie qui est aussi un droit à la survie en cas de  catastrophe , organiser la fuite est une condition de la survie.   Comme le précise l’article 4-2 du Pacte international des droits civils et politiques, ce droit  à la vie est un de ceux auxquels les Etats ne peuvent déroger, même en cas de «  danger public exceptionnel ».Enfin ce projet s’appuie  sur une série de déclarations, avant tout celle de Rio de 1992 dans son principe 18 (« ( …)La communauté internationale doit faire tout son possible pour aider les Etats sinistrés. »), c’est le devoir d’assistance écologique. Ainsi  de  nombreux textes, cités d’ailleurs dans le Préambule du projet de convention, vont dans le sens de cette adoption .

Troisième raison : une vocation à l’universalité. L’universalité est, avec l’indivisibilité et l’effectivité, l’un des trois grands piliers de la protection internationale des droits de l’homme. La protection des déplacés environnementaux n’a-t-elle pas vocation à l’universalité ? Ainsi c’est la visée vers l’universel qui pourrait en particulier contribuer à éviter d’en rester à des protections à plusieurs vitesses.

 Quatrième et dernière raison de droit : une réponse juridique  à la globalité. Cette globalité du projet est peut-être un des aspects de la convention qui frappe le plus. Prises en compte des catastrophes d’origines naturelles et/ou humaines, catastrophes brutales et insidieuses, déplacés environnementaux climatiques et provenant d’autres catastrophes écologiques, déplacements environnementaux causés aussi par des conflits armés ou des actes de terrorisme, prises en compte des personnes avant, pendant et après la catastrophe, déplacés internes et internationaux, enfin personnes, familles, groupes et populations. Participent enfin à cette globalité les aspects normatifs et institutionnels sans oublier le financement du système. Pourquoi cette volonté de globalité ? Faute de temps,  faute de moyens et sous la pression  de marges de manœuvres qui peuvent diminuer, on est souvent  amené  vers des analyses et des solutions partielles, « parcellisées »dirait  Edgar Morin. Et donc l’une des plus grandes vertus politiques  est certainement  de ne pas perdre le sens des ensembles.

 Deux remarques terminales, l’une relative à  l’avenir du projet de convention, l’autre relative à l’humanité.

Quel est l’avenir du projet de convention ?

D’abord il existe un début de reconnaissance du projet, le voilà de plus en plus cité aux niveaux national, régional et international.

Ensuite les trois séries de difficultés qui existent peuvent être surmontées, les unes idéologiques (avec une peur surtout de démobilisation d’autres projets), les autres politiques (avec des résistances des souverainetés étatiques),d’autres financières(avec un système radical prélevant desfonds mais réduisant ou supprimant aussi un certain nombre de facteurs à l’origine de la dégradation de l’environnement) .

Enfin cette convention internationale s’inscrirait bien sûr dans  des complémentarités avec ce qui existe, complémentarités diversifiées selon les niveaux géographiques,  les formes  juridiques,  les contenus  des réponses, complémentarités  prometteuses puisque laconvention contribuerait à construire une gouvernance internationale capable d’établir ou de renforcer une coordination et une coopération entre de nombreuses  organisations  locales, régionales et internationales, complémentarité  à travers  un soutien réciproque  entre des sources de droit engagées dans des réponses aux besoins  des déplacés environnementaux : droits de l’homme, droit de l’environnement, droit des catastrophes, droit humanitaire, droit des réfugiés, droit de la paix. 

Dernière remarque : qu’en est-il de l’humanité dans ce projet ? Finalement cette convention, portant statut international des déplacés environnementaux, ne serait-elle pas un élément, avec beaucoup d’autres, symbolique de cette chaine dont nous sommes les maillons, de cette solidarité entre générations passées, présentes  et futures ?

Ce symbole, mis en avant par  Virgile, et cette réalité nous accompagnent toujours : fuyant les malheurs, conduit par son fils,  voilà ce père,  portant sur le dos son vieux père qui, lui-même, emporte des objets sacrés  de ses ancêtres, ils marchent pour aller construire l’espérance.

Marcherons-nous pour construire  un avenir comme horizon de solidarité et de  responsabilité ?

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