III-Les origines des compétitions
Ce que ressent et pense souvent « le sens commun » par rapport aux origines des compétitions nous servira de point de départ (A).
Par « sens commun » nous entendons des opinions sur ce que l’on croit être du « bon sens » et qu’il convient alors plus ou moins d’approuver. Ces réflexions manquent parfois (voire souvent ?) de nuances, de doutes, d’interrogations que l’on retrouve par contre dans nombre d’analyses qui suivront dans les deux développements suivants.Il n'en reste pas moins que le sens commun est ici essentiel parce qu'il est le produit des vécus des personnes et que, si l'on espère pouvoir le faire évoluer, il faut comprendre les contextes qui le produisent.
Nous examinerons ensuite les principales analyses extra historiques des origines des violences (B)
Nous en arriverons enfin et surtout aux principales analyses historiques des origines des violences (C).
Dans ces deux séries d’analyses on insistera sur de multiples liens entre les analyses des causes des violences et celles des origines des compétitions. Cela est peu étonnant, pourquoi ?
Parce que le sens commun lui-même s’exprime souvent en dénonçant des compétitions comme violentes et en affirmant qu’on est obligé d’en « passer par là. », « qu’il n’y a pas le choix », qu’on est « gagnant ou perdant ».
Parce qu’aussi beaucoup d’analyses considèrent que les compétitions sont des phénomènes qui se retrouvent dans nombre de violences, elles sont à la fois causées et causantes.
Des acteurs économiques affirment même quelquefois « qu’il faut tuer ou être tué.»
D’une certaine façon le productivisme n’a-t-il pas peuplé le monde d’une multitude de soldats des compétitions ?
Pour mémoire en 1859 il y avait un chant de guerre dédié à l’Armée d’Italie dont la fin du refrain était « Soldats, il faut vaincre ou mourir ! » Economiquement, et sur d’autres plans, de nombreux habitants de notre planète ne vivent-ils pas ces situations ?
A-Les opinions du sens commun sur les origines des compétitions
On trouve ici une opposition fondamentale.
Il y a ceux et celles qui pensent que la compétition est naturelle, qu’elle est saine, bonne, nécessaire, et que, même si elle est ici ou là regrettable ou cruelle, il faut être dans les gagnants. De toute façon on n’a pas le choix, les compétitions sont des phénomènes naturels, indépassables. (1)
Il y a ceux et celles (dont les rangs grossissent sous le poids des injustices) qui pensent, sans toujours l’exprimer aussi explicitement, que les compétitions sont des produits de l’histoire, qu’elles sont liées aux périodes et aux sociétés, que de nos jours leurs effets sont devenus parfois ou souvent insupportables, que les injustices sont de plus en plus criantes sous le règne tout-puissant de l’argent roi. Si les compétitions sont des phénomènes historiques alors n’existe pas la fatalité de leurs répétitions, de leurs aggravations, de leurs multiplications. Elles sont dépassables , modifiables.(2).
1-Les compétitions sont naturelles, liées au vivant, à la nature humaine, elles sont indépassables
a- Les compétitions humaines ne sont que le reflet des compétitions de l’ensemble du vivant
Comme les espèces animales et végétales nous luttons pour la vie et la survie. La reproduction des espèces donne lieu à des compétitions au profit des plus forts .On cite ici le plus souvent l’œuvre de Darwin « L’origine des espèces » (1859). L’auteur étudie les mécanismes de sélection naturelle qui aboutissent à la création de nouvelles espèces dans la nature, tout cela à travers la théorie de l’évolution.
Cette compétition n’existe pas seulement chez les animaux mais aussi chez les plantes qui, par exemple, pour attirer un insecte peuvent devenir plus attirantes que d’autres plantes voisines. Elles peuvent aussi leur enlever de l’air, de la place, des éléments nutritifs.
Une compétition féroce commence d’ailleurs dès le début de la vie, celle par exemple du spermatozoïde vainqueur arrivant en tête de plusieurs millions d’autres. Il a ainsi prouvé, pensent certains, qu’il était le plus apte à survivre.
b- Les compétitions sont liées à la nature humaine.
Il y en a qui citent avant tout autre argument cette pensée célèbre « l’homme est un loup pour l’homme », nous y reviendrons dans les écrits de certains auteurs.
L’esprit compétitif est naturel dit-on alors, il fait partie de nos gènes, il est lié à la condition humaine.
Un argument souvent avancé consiste à dire que des enfants, par exemple dans des cours d’écoles, sont parfois agressifs, mais surtout que beaucoup entrent en compétition pour posséder un jouet, arriver en tête d’une course, montrer qui est le plus fort, le plus rapide, devenir le chef face à d’éventuels rivaux. Voilà, dit-on, tout cela est naturel, ces enfants ne l’ont appris nulle part, c’est inné.
Un internaute s’exprime ainsi dans un article :
« Je crois que la compétition est inhérente à la condition humaine. J’ai cherché à définir, à cerner les sentiments qui s’expriment dans la compétition : L’envie de se montrer aussi capable que l’autre. Le besoin de se prouver à soi-même qu’on peut faire une chose, voire, pourquoi pas , se dépasser. L’envie parfois d’être au-dessus des autres, par orgueil, par vanité, par gloriole. L’envie de s’élever dans la société ; pour soi, pour le regard des autres, pour l’honneur, la fierté. L’envie, le désir d’avoir une meilleure situation financière, pour soi, pour les siens, pour l’avenir. »
« Ou, tout simplement un réflexe naturel, presque génétique chez certaines personnes, de ceux que vous voyez se précipiter vers le péage le moins chargé pour gagner trente secondes de trajet, (c’est plus fort qu’eux !) ».
Mais la réflexion continue ainsi et souligne le fait que… cela dépend des personnes
« Il y a des personnes qui n’ont pas l’esprit de compétition. J’ai eu plusieurs fois l’occasion de proposer à des personnes la possibilité d’évoluer vers un poste à responsabilité, parfois ces derniers ne voulaient pas changer leur travail habituel. En fait, si tout le monde voulait être chef « la compétition serait terrible ». « Il ne suffit pas d’être compétiteur, encore faut-il avoir des capacités. Encore faut-il que le milieu de votre activité vous offre la possibilité de prouver vos aptitudes, et cela dépend aussi parfois du niveau des concurrents. »
A noter que, dans ce raisonnement, l’on est passé de la compétition liée à la nature humaine à la compétition liée au milieu, autrement dit de l’inné à l’acquis.
c- Les compétitions sont donc indépassables
Pourquoi ? Pour deux raisons pensent les tenants de ces opinions.
D’abord parce que, nous venons de le souligner, les compétitions sont intrinsèquement liées à la condition du vivant et à la nature humaine.
Ensuite parce qu’il n’y a pas eu, il n’y a pas, il n’y aura pas de sociétés sans compétitions.
D’ailleurs, ajoute-t-on parfois, une société sans compétition serait-elle souhaitable ? Elle risquerait de s’écrouler ou alors elle n’évoluerait plus, ses habitants seraient démotivés, amorphes, répétant qu’ils n’ont plus aucune envie d’avancer, de se battre, de progresser.
D’autres pensent que les compétitions ne sont pas naturelles mais qu’elles sont historiques.
2-Les compétitions sont des produits historiques variables, elles sont dépassables , modifiables
Les arguments relatifs au vivant sont discutables parce que les animaux ont des solidarités. Même les plantes peuvent être en empathie. Dans « La vie sociale des plantes » (Fayard, 1984) Jean-Marie Pelt montrait que certes « des plantes déploient pour se faire la guerre les stratégies les plus sophistiquées de la guerre moderne , mais qu'elles développent aussi d'émouvantes formes de solidarité, allant jusqu'à l'amour le plus exclusif et le plus pur. »
Quant à l’argument relatif à la nature humaine l’inné est une chose mais, dit-on, il y a toujours une part plus ou moins large d’acquis et, dans une moindre mesure, une part d’inné. C’est ce que nous verrons dans de nombreuses théories ci-dessous (C).
a- Les compétitions sont des produits historiques
Les raisonnements sont ici généralement plus développés parce qu’il convient de s’en référer à plusieurs périodes historiques.
Les compétitions varient selon les époques, les territoires, les domaines, les acteurs. Elles peuvent être faibles, importantes, ou omniprésentes.
On connait les grandes périodes : la préhistoire (7 millions, l’apparition des hommes à 3200 l’invention de l’écriture), l’Antiquité (3200 à 476 la chute de l’empire romain), le Moyen Age (476 à 1492 la découverte de l’Amérique), les Temps modernes (1492 à 1789 la Révolution française), l’Epoque contemporaine (1789 à nos jours). Pour chacune on pourrait résumer les compétitions les plus importantes.
Nous nous contenterons d’en souligner deux, cela dans la préhistoire, puis à grands traits celles du système productiviste du XVè (fin du Moyen Age) à nos jours.
Dans les périodes préhistoriques au moins deux questions sont ouvertes, la première relative à la compétition en général, la seconde relative aux dominations des hommes sur les femmes.
Certains pensent que lorsque nos lointains ancêtres se déplaçaient, en particulier à travers la chasse, les solidarités étaient plus fortes. L’arrêt de ces déplacements pour créer les premiers villages aurait été à l’origine des compétitions. On peut douter de cette hypothèse dans la mesure où la chasse devait avoir ses compétitions. L’hypothèse de la rareté serait plus vraisemblable, on entre en compétition pour survivre en trouvant ou en s’emparant de la nourriture du voisin.
Une des causes les plus anciennes de la domination des hommes sur les femmes repose, elle, sur une hypothèse très vraisemblable.
C’est la vitesse, sœur de la compétition, qui est incriminée. Nos ancêtres femmes se déplaçaient moins rapidement que les hommes pour deux raisons : elles portaient souvent l’enfant sur le dos et étaient donc moins mobiles, et lorsqu’elles étaient enceintes leurs déplacements étaient plus lents et plus rares. Autrement dit la vitesse et les compétitions sont une des causes des dominations, cette vitesse qui va donc de Lucy, il y a trois millions d’années, jusqu’aux personnes qualifiées de « lentes » aujourd’hui face aux personnes « rapides » familiarisées avec l’ordinateur. Les lentes peu à peu hors compétition( ?), les rapides restant dans la course( ?).
Quant à l’histoire du système productiviste elle a traversé quatre étapes qui témoignent entre autres de multiples compétitions.
Le marché des marchands (XVème et XVIème siècles) est aux origines du colonialisme. Des marchands de Londres, Venise, Amsterdam en compétition redistribuent en Europe des marchandises précieuses ramenées d’Afrique et d’Asie. Ils ont peu à peu un monopole, c’est une des premières formes de la division internationale du travail qui s’organise, cela avec des dominants et des dominés, les compétitions sont là une fois de plus.
Le marché des manufactures (XVIIème siècle jusque vers 1860) se manifeste par le passage de l’atelier à la fabrique industrielle, donc des structures économiques qui changent à travers des compétitions.
Le marché des monopoles (1850-1914) fait apparaître des entreprises plus importantes qui absorbent de plus petites à la suite des concurrences, des crises, des guerres. Ainsi les monopoles sont les fils en particulier des compétitions.
Enfin le marché mondial contemporain (1914 à nos jours), il repose sur les firmes géantes, les marchés financiers, la techno-science, les complexes médiatiques, les Etats très inégaux, les organisations internationales et régionales, les organisations non-gouvernementales, sans oublier une urbanisation vertigineuse du monde. C’est à l’intérieur de ce marché mondial que vivent, survivent et meurent les acteurs humains (personnes, peuples, générations de l’humanité).
Les deux guerres mondiales, gigantesquement meurtrières, correspondent, entre autres, à des compétitions entre Etats et aussi entre industries d’armements.
Quant à la guerre froide entre les Etats-Unis et l’Union soviétique elle est synonyme de rivalités dans la course aux armements, dans les dominations sur des pays du « tiers-monde », dans l’affrontement idéologique.
Depuis 1945 et surtout depuis les années 1960 la mondialisation s’accélère à travers de nombreuses rivalités, nous les avons rencontrées dans la première partie relative aux formes des compétitions.
De nos jours la compétition économique à travers la mondialisation n’est plus seulement un mode de fonctionnement du marché. Les compétitions deviennent une large partie des vies collectives et personnelles. Stimulées le plus souvent par des gains financiers elles se transforment en fins suprêmes.
« Etre ou ne pas être compétitifs », telle est la question.
Jacques Le Goff, historien médiéviste, affirmait que dans chaque mondialisation il y a des gagnants et des perdants. « La mondialisation appelle en général, à plus ou moins long terme, la révolte de ceux pour qui elle devient non plus un bienfait mais une exploitation et même une expulsion. » (voir article Le Monde du 5-5-2006, « Heurs et malheurs des mondialisations. »)
b- Les compétitions sont très variables
Ces variabilités concernent leurs formes, leurs nombres, leurs intensités, leurs acteurs, tout cela selon les sociétés. Ces éléments de variabilité montrent, eux aussi, que les compétitions ne sont pas immuables, qu’elles changent dans les temps et les lieux sous de multiples aspects.
Deux exemples criants : avant 1950 qui aurait dit qu’existeraient des géants du Web, ces géants du numérique se livrant des combats gigantesques, géants quelquefois plus puissants que des Etats ? Avant 1950, à l’exception d’écrivains de science fiction, qui aurait dit qu’entreraient en compétition des techniques réalisant des machines plus ou moins capables de simuler l’intelligence humaine ?
c- Les compétitions sont donc modifiables
Si les compétitions relèvent des acquis, autrement dit des environnements historiques, alors les composantes matérielles, économiques, éducatives, culturelles, psychologiques, et d’autres encore peuvent être plus ou moins remises en cause.
La composante qu’est par exemple la consommation alimentaire, synonyme de concurrence généralisée, peut être remise en cause par le développement de produits bio, par la diminution importante de consommation de viande, par la souveraineté alimentaire, par la lutte contre le gaspillage alimentaire ( de l’ordre de 30% de la production mondiale en 2019),…
Telles sont les opinions du sens commun. Beaucoup des réflexions qui précèdent se retrouvent analysées par différents auteurs ci-dessous, beaucoup d’autres ne s’y trouvent pas. N’est-ce pas un travail nécessaire et passionnant que de les parcourir ?
Comme annoncé plus haut nous allons donc proposer, dans les deux développements qui suivent, les analyses des causes des violences, la plupart d’entre elles nous éclaireront sur les origines des compétitions qui y sont omniprésentes.
B- Les analyses extra historiques des origines des violences
Soulignons encore combien les analyses des causes des compétitions sont tantôt proches de celles des violences, tantôt en viennent à se superposer.
Dans les analyses de ces deux développements ( A et B ) nous proposerons la même démarche. Partir des caractères communs(1), examiner les analyses les plus fréquentes aujourd’hui (2), enfin passer en revue les autres analyses (3).
1-Les caractères communs des analyses extra historiques des origines des violences
a- Ces analyses sont en dehors de l’histoire humaine, c’est à dire qu’elles ont des causes qui sont soit extérieures aux êtres humains (par exemple le cosmos), soit inhérentes aux êtres humains mais indépendamment des moments de l’histoire, des types de sociétés, des vies personnelles et collectives.
b- Dans ces analyses les violences en général et les compétitions en particulier sont considérées comme des phénomènes immuables, indépassables. Elles ont toujours existé, elles existeront toujours. Le poids de la fatalité est ici très grand.
c- Ces analyses ont, de nos jours, une place beaucoup moins importante que les analyses historiques à l’exception de la théorie de la violence innée de la nature humaine, théorie à laquelle se rattachent certains auteurs mais aussi beaucoup de personnes qui, dans le langage courant , affirmeront facilement : « C’est comme çà, ce sera toujours comme çà ».
2-Les analyses extra historiques les plus fréquentes de nos jours : la violence innée de la nature humaine
a- Ne faut-il pas se situer par rapport à la conception que l’on peut avoir de la nature humaine ou au moins entrer dans la question ? Il y a très probablement au moins trois façons de la concevoir.
Certain(ne)s pensent qu’elle est mauvaise (agressivité innée).
D’autres pensent qu’elle est bonne et que, par exemple comme le croyait Rousseau, c’est la société qui la change.
D’autres pensent qu’elle peut tout être, la meilleure, la pire, ou l’entre deux, cela selon les conditions des sociétés dans lesquelles on se trouve et selon les volontés personnelles et collectives.
Si l’on partage la première conception on est amené à dire que la violence est innée, « naturelle », qu’elle est inhérente à la nature humaine.
Le choix des analyses proposées ici s’est fait en mettant en avant une idée forte, celle-ci se rattache à un auteur dont elle peut être au centre de l’œuvre (Lorenz) ou un simple élément d’une pensée complexe (Freud). Il arrive aussi que l’idée ne soit pas symbolisée par un auteur mais que sa force soit réelle (par exemple les violences cosmiques).
Il s’agit enfin de synthèses très courtes soulignant l’essentiel du contenu d’une analyse et l’essentiel d’une critique possible de celle-ci.
b- L’homme méchant par nature. Thomas Hobbes , dans le Léviathan (1651), pense que l’état de nature est celui de « la guerre de tous contre tous », que l’homme est égoïste, calculateur, violent. Chacun s’efforce de détruire l’autre ou de le dominer. « L’homme est un loup pour l’homme », gouverné par le seul instinct de conservation il sera éternellement violent.
Seul le Souverain, dépositaire de l’Etat tout-puissant, le Léviathan, peut lui fermer sa bouche carnassière par la crainte du châtiment et la mise en oeuvre de sanctions. L’Etat tout-puissant va protéger les citoyens contre leur propre violence.
L’ouvrage sera utilisé comme une des justifications de l’Etat autoritaire (l’armée prend le pouvoir, ou le parti unique et le dictateur exercent leurs emprises sur le pays) et une des justifications de l’Etat totalitaire (un Etat autoritaire absolu : « Tout dans l’Etat, rien contre, rien en dehors. »)
La citation « l’homme est un loup pour l’homme » est passée dans le langage courant, elle est synonyme de fatalité. Nous verrons ce qu’en pensent les tenant(e)s des théories de l’agressivité acquise pour lesquels l’homme n’est pas méchant par nature.
c- La pulsion de mort. Sigmund Freud, dans « Malaise dans la civilisation »(1929) et dans une lettre à Einstein « Pourquoi la guerre ? »(1933), pense qu’existent la pulsion de vie(Eros) et la pulsion de mort(Thanatos).
Cette dernière est instinctive, elle vise à détruire. Mais cette pulsion de mort est aussi liée à une « désillusion historique », les progrès de la science et du commerce, contrairement à ce que certains croyaient, n’ont pas provoqué la fin des guerres.
Cependant les deux textes cités sont donc également un appel à un Eros maîtrisant Thanatos. La civilisation doit permettre que l’agressivité de chacun soit orientée vers des tâches constructives porteuses d’une certaine coopération. Dans cette conception la pulsion de mort peut être remise en cause. On est donc ici dans l’histoire, une civilisation peut devenir plus pacifique.
d- La fatalité biologique. Konrad Lorenz, zoologiste autrichien, qui étudiait les animaux en milieu naturel, dans « L’agression »(1969), affirme que la violence est inscrite dans nos gènes, que « la guerre est le résultat d’une fatalité biologique », elle est inéluctable.
Notre « agressivité naturelle », comme celle des autres animaux, nous amène à distribuer et à protéger des territoires.(Voir dans le même sens un anthropologue américain, Robert Ardrey, « Le territoire », (1967).)
Lorenz fait un amalgame conceptuel, un raisonnement par analogie, ne tenant pas compte d’une approche interdisciplinaire, il passe de l’escalade violente entre deux coqs, puis entre deux garçons, enfin entre deux Etats.
Face à l’empire des gênes on trouvera en fait la loi du milieu (voir ci-dessous C), c’est à dire des théories sur l’agressivité acquise, et non pas l’agressivité innée comme le prétend Lorenz et d’autres avec lui.
3- Les autres analyses extra-historiques des origines des violences
Ces analyses se déploient tous azimuts avec cependant ce point commun très fort souligné dès le départ : ces causes sont inscrites dans une fatalité en dehors de l’histoire.
a- Des interventions de l’au-delà. Un auteur comme Joseph de Maistre, dans « Les Soirées de Saint-Pétersbourg » (1830), affirmait que la guerre avait pour cause la « volonté divine vengeresse », Dieu se venge de l’injustice que les hommes ont commise en oubliant que la vie est un don sacré. Ce dieu vengeur est ici loin d’un dieu d’amour auquel d’autres croient.
On trouve aussi, en particulier dans certaines religions, le Diable c’est à dire l’esprit personnifiant le mal, diable associé à trois figures : le Serpent de la Genèse, l’Ange révolté déchu puis précipité en enfer, et enfin Satan. Le Diable est considéré comme l’esprit personnifiant le mal, c’est lui qui divise, c’est lui qui détruit.
Cette idée de vengeance, ou de menace venue d’ailleurs, se retrouve aussi, par exemple, chez des personnes ou des groupes qui croient que des forces, extra terrestres, ou cachées sur notre planète, nous gouvernent, nous manipulent, nous poussent aux violences et en particulier aux guerres.
b- Les violences cosmiques. La source des violences en général et des guerres en particulier se trouve dans l’univers. Le cosmos est violent dans ses origines, avec le Big Bang initial, et dans son histoire, avec des chocs gigantesques entre galaxies, entre étoiles, ainsi des mondes meurent et naissent. L’homme est violent parce qu’il est à l’image de l’univers dans lequel il se trouve.
Ce raisonnement par analogie déduit d’une évolution astrophysique, incommensurable dans l’espace et le temps, une condition inéluctable pour l’humanité. Cependant l’humanité est liée à de multiples données qui ne sont pas seulement physiques, elle est limitée dans l’espace et le temps, deux réalités qui ne sont pas comparables.
Il y a cependant deux séries d’hypothèses scientifiques qui peuvent concerner les êtres humains. D’une part la disparition physique totale de la Terre qui entraînerait aussi celle de tout le vivant. Des astrophysiciens ont établi une dizaine de scénarios, par exemple sa disparition dans un trou noir. Ces hypothèses ont quelque chose d’extra historique dans la mesure où elles sont imprévisibles dans l’espace et le temps et dans la mesure où la fatalité de la disparition, à partir d’une cause extérieure à l’humanité, serait telle qu’aucun contre- mécanisme pour l’en empêcher ne serait possible.
D’autre part, seconde série d’hypothèses, la menace de la disparition d’une partie du vivant. Ainsi sont étudiées, par exemple, les trajectoires d’astéroïdes qui se rapprocheraient de la Terre et pourraient éventuellement la heurter. Ces hypothèses de violences extrêmes sous forme de catastrophes ont quelque chose d’historique pour au moins trois raisons. D'abord elles se sont déjà produites, en particulier il y a 360 et 65 millions d’années, ensuite on avance dans ces prévisions en soulignant même les jours ( !) des risques les plus grands de collision, enfin on peut les combattre, jusque à un certain degré bien sûr, degré au delà duquel l’humanité serait impuissante et dans la prévention et dans la réparation des effets apocalyptiques.
c- La lutte des contraires. Héraclite d’Ephèse, dans ses « fragments » (500 avant J.C) cités par divers auteurs (voir par exemple « Héraclite et la philosophie », Kostas Axelos , éditions de minuit, 1962), faisait du Feu le principe d’un univers en perpétuel devenir.
Contrairement à Parménide pour lequel « tout demeure », il pensait que « tout devient ». Le moteur de ce devenir c’est la lutte des contraires, « chaque réalité n’existe qu’en s’opposant à son contraire », ainsi le jour la nuit, la paix la guerre…Le conflit serait donc le père de toutes choses et la condition nécessaire du devenir.
Cette pensée a une force impressionnante. C’est elle qui a inspiré à la fois l’idéalisme et le matérialisme, deux courants de pensée opposés.
L’idéalisme (Hegel) selon lequel au début il y a l’être qui ne se pensait pas et qui, pour se penser, se donne son contraire, la matière dont il triomphera enfin. Le matérialisme (Marx) selon lequel çà n’est pas l’esprit qui se donne son contraire, ce sont les hommes qui ont produit l’aliénation imposée par les dominants et l’histoire des hommes c’est celle des luttes de libération.
On voit donc que la lutte des contraires peut être interprétée extra historiquement ou, au contraire, historiquement. Dans cette dernière façon de concevoir le réel est-ce que ce ne sont ici et là des luttes de contraires -et lesquels ?- que l’on retrouve dans différentes violences? - Comment les dépasser ?
d- Le désir de l’autre, menace permanente et indépassable. Friedrich Hegel, dans « La raison dans l’histoire »(1830), montre la fécondité des contradictions, elles permettent le devenir de l’univers et celui de l’histoire humaine. Or l’histoire humaine est fondée sur la conscience vers la liberté, cette conscience est avant tout désir, c’est ce désir qui est source de violence, on cherche à nier l’autre pour ne pas être nié par lui. Une lutte violente s’engage pour être reconnu par l’autre, le désir de l’autre me menacera toujours . « Nous sommes condamnés à être violents», la violence et la guerre sont des moteurs indépassables de l’histoire.
Dans cette vision ne peut-on pas dire que tout a une histoire… sauf ce qui est au fondement de l’histoire ? En ce sens on a voulu ici inscrire cette pensée dans les analyses extra historiques, avec pour marque ce poids insurmontable de la fatalité.
Dans cette analyse on est également loin de l’altérité. Où sont les fraternités vécues, les solidarités passées, présentes et à venir ?
C- Les analyses historiques des origines des violences
Nous poserons les mêmes questions que dans le développement précédent : quels sont leurs caractères communs (1) ? Quelles sont les analyses historiques les plus fréquentes(2) ? Quelles sont les autres analyses historiques(3)?
1-Les caractères communs des analyses historiques des origines des violences
On retrouve les trois éléments opposés ici à ceux des analyses extra historiques.
a- Ces analyses sont dans l’histoire humaine, c’est à dire qu’elles ont des causes qui sont liées aux périodes de l’histoire, aux types de sociétés, aux êtres humains. Les violences en général et les guerres en particulier sont des phénomènes variables selon les époques, les sociétés, les personnes.
b- Dans ces analyses les violences en général et les guerres en particulier sont considérées comme des phénomènes modifiables, pouvant être dépassés . Certaines violences peuvent s’amplifier, d’autres apparaître, d’autres devenir plus rares ou disparaître. La fatalité n’existe pas, nous pouvons sortir de nombreuses violences (voire de la violence ?),nous pouvons « inventer la paix ».
c- Ces analyses ont de nos jours un poids beaucoup plus important que les analyses extra historiques. Les analyses économiques sont particulièrement présentes dans une société productiviste mondialisée. L’ensemble des analyses montre une variété plus grande que les précédentes ce qui appelle à de nombreuses luttes et, aussi, à des stratégies communes pour regrouper des forces.
2- Les analyses historiques les plus fréquentes des origines des violences : les analyses économiques
Ces analyses sont les fruits de multiples disciplines, en particulier philosophiques, sociologiques, économiques. Rappelons que les économistes classiques (Adam Smith,« Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations »(1776), et David Ricardo « Des principes de l’économie politique et de l’impôt »(1817), pensent que la liberté du commerce conduit vers la paix universelle, la guerre n’est pas un phénomène économique, le marché et la croissance se situent dans « l’hypothèse normale de la paix. » Et pourtant les analyses économiques de la violence ont été et sont nombreuses.
a- La propriété. Jean-Jacques Rousseau, dans « Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes »(1758), pense que tous les malheurs viennent de la propriété. Le passage est célèbre : « Le premier qui ayant enclos un terrain s’avisa de dire « ceci est à moi » et trouva des gens assez simples pour le croire fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, de misères et d’horreurs n’eut point épargné au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eut crié à ses semblables : « Gardez-vous d’écouter cet imposteur, vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne ! »
Intuition de génie à l’heure où le patrimoine mondial de l’humanité a tant de mal à émerger face aux souverainetés étatiques, face à la dégradation écologique d’un productivisme prédateur, face à course en avant de générations présentes hypothéquant l’environnement qui conditionne la vie et la santé des générations futures.
b- La propriété privée des moyens de production, les antagonismes de classes, et de nouveaux débouchés pour le capitalisme. Karl Marx, dans « Le capital »(1867), distingue, contrairement à Rousseau, plusieurs types de propriétés : la propriété permise par le travail indépendant, l’appropriation capitaliste de la propriété privée, et « la propriété socialiste enfin qui rétablit non la propriété privée du travailleur mais sa propriété individuelle fondée sur la possession commune de tous les moyens de production car ce qui est à tous est à chacun. »Marx pense que la propriété privée des moyens de production est une violence à l’origine de la plupart des autres violences. « L’appropriation capitaliste vient d’un vol, on a enlevé au travailleur le fruit de son travail. » Après l’appropriation des esclaves, des terres, voilà celle du capital , capital industriel, capital financier.
Pour Marx et Engels la guerre s’explique par des antagonismes économiques et par des manœuvres de diversion dans le cadre de la lutte des classes.
Depuis Marx la guerre est analysée par des marxistes comme permettant de créer de nouveaux débouchés. Le capitalisme, pour préserver ses taux de profit, établit des stratégies économiques, sociales, idéologiques, militaires, porteuses de multiples violences.
D’autres marxistes insistent sur le fait que la guerre va permettre de redonner force aux ressorts de l’exploitation capitaliste en faisant taire le refus de cette société productiviste, c’est l’union sacrée contre l’ennemi.
c- La rareté liée à un manque de ressources et à une mauvaise répartition des richesses. On se trouve ici souvent au cœur de multiples compétitions. Parmi les auteurs soutenant cette thèse on trouve des économistes, des sociologues mais aussi des philosophes, ainsi Jean-Paul Sartre, dans « Critique de la raison dialectique »(1967), pense que la rareté est un fondement premier de la violence, « la rareté quelque soit sa forme, domine toute la praxis. » Il n’y a pas assez de ressources pour les besoins, cette rareté a cassé la réciprocité des hommes au travail.
Mais nous ne sommes pas condamnés à la violence, l’histoire et les hommes peuvent la surmonter. Les ressources sont inégalement réparties, nous ne sommes pas soumis à la fatalité, la répartition des richesses est vitale.
Soulignons qu’aujourd’hui s’ajoute une manifestation de la rareté qui n’existait pas, elle est liée, bien sûr, à la dégradation mondiale de l’environnement.
Ajoutons aussi qu’il est nécessaire et possible de partager des avoirs, des pouvoirs, des savoirs. Ce partage se fait à travers des rapports de forces. Nous pensons que les dominants ne partagent que rarement d’eux-mêmes. Ils ne le font que si les dominés les y contraignent ou alors s’ils arrivent à avoir une conscience assez vive d’un intérêt général vital.
d- L’injustice, matrice de nombreuses violences. Des mouvements de libération, des représentants de pays et de peuples dominés, des ONG, des organisations internationales et régionales, des mouvements sociaux, les alter mondialistes, le mouvement des indignés, d’autres encore, ont dénoncé et dénoncent de multiples injustices criantes.
Très nombreux ont été et sont également les auteurs, dans de multiples disciplines, qui ont critiqué les situations d’injustice aux différents niveaux géographiques, en particulier dans les « pays du tiers-monde » puis dans les « pays du Sud ».
Parmi eux citons Helder Camara, évêque brésilien connu pour ses luttes contre la pauvreté, qui, dans « La spirale de la violence »(1975), affirmait que « les violences premières » sont la faim, la misère, l’absence d’accès à l’eau potable, « ce sont des injustices structurelles », des structures d’oppression.
Voilà ici une des idées, une des réalités les plus fortes qui saute aux yeux pourvu qu’on les ouvre : un nombre gigantesque de violences personnelles et collectives a pour terreau des injustices.
Si l’on veut une synthèse des inégalités mondiales porteuses de violences structurelles on peut se reporter au passage relatif à ces inégalités sur ce même blog à l’article intitulé « les contenus des violences » ou aussi à la rubrique sur la justice à l’article intitulé « Les inégalités dans le monde », inégalités globales et particulières.
Le sens commun exprime d’ailleurs les liens entre inégalités et violences par exemple dans un sondage (rapporté dans Le Monde, du 1-12-2011,sondage Ipsos effectué les 18 et 19–11-2011, pour le Conseil économique, social et environnemental ), à la question « Parmi les propositions suivantes qu’est-ce qui selon vous menace le plus aujourd’hui la capacité de bien vivre ensemble en France ? » les réponses étaient les suivantes, avec un pourcentage supérieur à 100% puisque deux réponses étaient possibles : arrivait nettement en tête l’accroissement des inégalités sociales 43%, venaient ensuite la crise économique et financière 39%, les extrémismes religieux 26%, l’individualisme 25%, les extrémismes politiques 12%, le repli communautaire 9%, le fossé entre les générations 5%, ne se prononcent pas 3%.
Enfin, bien sûr, les idées et les pratiques non-violentes sont ici présentes : La Boétie, Thoreau, Gandhi et d’autres non-violents l’affirment : la force des injustices repose sur l’obéissance.
Une pensée de Amartya Sen (voir sur ce blog les articles relatifs à la justice) résume bien un sentiment profond que l’on peut avoir : « Qu’est-ce qui devrait nous tenir éveillés la nuit ? Les tragédies que nous pouvons empêcher. Les injustices que nous pouvons réparer. »
e- La compétition économique se retrouve ici dans les causes des violences comme elle est présente, on le voit, dans d’autres analyses. John Galbraith, économiste américain, dans « Le nouvel Etat industriel »(1967), montre en particulier que beaucoup de guerres ont été et sont liées au contrôle des matières premières, ainsi par exemple le pétrole. Ces guerres sont « des formes extrêmes de la concurrence industrielle ». Cet auteur dénonce la production de guerre comme étant « un gaspillage nécessaire qui permet la justification des dépenses d’armements et la poursuite de la course au profit ». La compétition peut être un des ressorts du nationalisme lequel en appelle à la domination sur d’autres pays voire à la haine d’autres peuples.
Non seulement les compétitions poussent à la guerre mais elles entrainent aussi comme nous l’avons vu dans leurs effets, des injustices et des dégradations de l’environnement. « La machine à gagner est une machine à exclure » disait Albert .Jacquart, à exclure des personnes,des groupes,des pays et de l’environnement.
f- La conjugaison de facteurs économiques dans de nombreux conflits armés contemporains. Le plus souvent se conjuguent quatre facteurs :
En premier lieu la pauvreté des populations qui les pousse à revendiquer l’amélioration de leurs conditions de vie, le pouvoir répond par des répressions et peut en arriver à installer la terreur les victimes recourent à la contre-violence pour se faire entendre, la guerre civile s’installe.
En second lieu le contrôle des matières premières peut être une cause profonde de l’apparition d’un conflit à travers les processus suivants : voilà un pays riche en matières premières ou en une matière première considérée comme essentielle par le productivisme (pétrole, uranium, or, ou diamant…) vitales écologiquement (eau) ,ce pays a une population pauvre, des groupes sociaux essaient de contrôler ces matières premières pour devenir plus puissants, une partie de la population pauvre peut aussi réagir, interviennent également des pays extérieurs qui ont pour objectif de garder ou de prendre le contrôle de ces matières premières. Une fois de plus on est au cœur des compétitions .
En troisième lieu la course aux armements contribue à pousser aux guerres : des détentions et des livraisons d’armements aggravent des tensions, entravent des règlements pacifiques de différends, poussent à transformer le différend en conflit armé, et réciproquement les guerres poussent à la course aux armements.
Pauvreté des populations, contrôle des matières premières et course aux armements peuvent alimenter des nationalismes et réciproquement. Or le nationalisme, entreprise de domination, compétition effrénée, pousse souvent à de nombreuses violences par exemple xénophobes, il peut être aussi un des chemins qui conduit à la guerre.
3- Les autres analyses historiques des origines des violences
Ces théories sont nombreuses, essentielles, souvent complémentaires.
a- L’agressivité acquise. Il s’agit d’un ensemble de réponses aux analyses relatives à l’agressivité innée de la nature humaine, en particulier à la fatalité biologique. Les auteurs sont ici très nombreux, nous soulignerons simplement les analyses principales.
Mélanie Klein, psychanalyste britannique, pionnière de la psychanalyse des enfants, dans « Essai de psychanalyse »(1920), découvre chez le nourrisson l’existence de l’agressivité à travers « une imagination féroce, des fantasmes de toute-puissance et de dévoration ». Selon elle, la vie imaginaire du nourrisson est faite d’amour et de haine à l’égard de sa mère qui lui donne le sein et le lui refuse. Klein montre que les fantasmes destructeurs sont refoulés, que l’amour prend la place de la haine.
Margaret Mead, anthropologue américaine, dans « Mœurs et sexualité en Océanie »(1950), montre que, sur un même territoire, des civilisations voisines peuvent produire des conduites très différentes à travers un véritable « modelage de l’enfant ». Ainsi, par rapport à l’agressivité, des enfants qui auront été souvent proches des bras de quelqu’un seront moins agressifs que ceux d’autres tribus qui auront au départ une vie plus hostile.
Erich Fromm, psychanalyste américain d’origine allemande, dans « La passion de détruire »(1975), affirme qu’aucune donnée significative en psychologie animale, en neurophysiologie, en anthropologie, ne confirme une agressivité innée, montre que la destructivité n’est pas une pulsion instinctive, qu’elle n’a pas de racines biologiques mais qu’il s’agit d’une « passion liée à la socio culture. »
Simone de Beauvoir, dans «Le deuxième sexe »(1949), grand ouvrage contribuant à ouvrir des « chemins de la liberté », affirme en particulier que, généralement, si le garçon est plus agressif, cela tient au fait que, depuis son enfance, on lui a répété qu’il était courageux de se battre et on a fait comprendre à la fille qu’elle devait être tendre et soumise.
Henri Laborit, biologiste, dans « La nouvelle grille »(1974) et au congrès international de criminologie de Montréal en 1977, affirme que l’agressivité prédatrice fondée sur la faim est l’exception chez l’être humain, c’est l’agressivité de compétition qui est la plus fréquente, elle est le produit d’un apprentissage basé sur les concurrences, les hiérarchies, les soumissions. Même la défense du territoire et la propriété ne reposent pas sur des instincts innés ou sur des gènes, ce sont des comportements qui peuvent être transformés par la socio culture, ainsi on peut apprendre des répartitions équitables de territoires, de biens, de personnes.
Enfin « Le Manifeste de Séville »(1986) est un appel lancé dans le cadre de l’UNESCO. Il a été écrit par une vingtaine de personnalités scientifiques (psychanalystes, sociologues, politologues, éthologues, biologistes…) qui affirment d’abord que « les animaux ne font pas la guerre », contrairement aux êtres humains qui ont cependant une culture qu’ils peuvent faire évoluer dans le sens de la solidarité. Ces auteurs du Manifeste affirment ensuite « il est scientifiquement incorrect de dire que la guerre est un phénomène instinctif ou qui dépend de nos gênes même si les ceux-ci ont une certaine influence sur notre manière d’agir, mais c’est l’influence de la socio culture qui est déterminante.» Le Manifeste de Séville se termine en soulignant que « la guerre et la violence ne sont pas des fatalités biologiques »(…) « Nous pouvons inventer la paix . »
b- La soumission à l’autorité. Ces analyses sont nombreuses, nous choisirons les principales en insistant sur le fait que cet élément est soit essentiel soit important dans les objections, les insoumissions, les révoltes, les révolutions…Un des exemples les plus gigantesques de ces dernières décennies est celui des révolutions des peuples de l’Est de 1989, exemple particulièrement réussi de non-violence massive, un autre exemple d’ampleur importante a été celui du printemps de peuples arabes de 2011.
Etienne de la Boétie, grand ami de Montaigne, dans « Le discours de la servitude volontaire »(1550), met en avant l’idée selon laquelle si l’on ne soutient plus les dictateurs leurs pouvoirs s’effondrent. « Si on ne donne rien, si on ne leur obéit point, sans combattre, sans frapper, ils demeurent nus et défaits, ils ne sont plus rien, sinon que, comme la racine, n’ayant plus d’aliment, la branche devient sèche et morte. » Il faut donc retirer son appui au tyran : « Soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libres. Je ne veux pas que vous le poussiez ou l’ébranliez mais seulement que vous ne le souteniez plus et vous le verrez comme un grand colosse à qui se dérobe sa base, de son poids même, fondre en bas et se rompre. » Ainsi il y a bien sûr la capacité de violence des régimes autoritaires mais il y a aussi et surtout la capacité de soumission des opprimés qui sont prisonniers de leurs peurs. Cet auteur de ce grand ouvrage est l’un des inspirateurs des théories et des pratiques de la non-violence qui ont vu le jour par la suite.
Le second ouvrage est relatif à la désobéissance civile. Elle est théorisée par un américain, Henri David Thoreau, dont le texte est publié en 1849 : « Du devoir de désobéissance civile ».Il ne faut pas être complice de l’injustice que l’on condamne. L’homme juste affirme sa liberté et sa dignité par un acte d’insoumission qu’exige sa conscience, cette insoumission de l’individu face à l’Etat se manifeste en particulier par le refus de l’impôt servant à l’esclavage et à la guerre. Ces deux œuvres, celles de La Boétie et de Thoreau, vont inspirer les théories et les pratiques de la non-violence qui ont vu le jour.
Hannah Arendt, philosophe américaine d’origine allemande, auteur de « Les origines du totalitarisme » (1951), en commentant plus tard le procès d’un haut dirigeant nazi (Eichmann), réaffirme que le processus d’obéissance est fondamental dans le totalitarisme, même le haut-fonctionnaire est préoccupé d’obéir aux ordres, « je n’ai fait qu’obéir aux ordres » diront de nombreux nazis pour leur défense.
Le procureur du Tribunal de Nuremberg répondra en disant magnifiquement et tragiquement : « Vient un moment où il faut désobéir aux ordres et obéir à sa conscience ».
Wilhem Reich, médecin, psychanalyste autrichien, dans « Psychologie du fascisme »(1933), affirme qu’il n’y a pas que les pouvoirs des dominants, les opprimés jouent aussi un rôle important dans leur soumission. Le fascisme nivelle les individus et réveille les liens affectifs familiaux dans une soumission au père autoritaire, le dictateur. Cet auteur dénonce en particulier l’éducation répressive du point de vue sexuel et, d’une façon générale, il en appelle à l’autonomie et à l’esprit critique dans l’éducation dès le plus jeune âge .
Gérard Mendel, psychanalyste, dans « Pour décoloniser l’enfant » (1977), affirme « qu’un enfant conditionné donnera vraisemblablement un adulte aliéné ». « Il se soumettra plus facilement aux Grands, au Père de la Nation, à l’Etat. » Mendel pense qu’obéir n’est pas forcément se soumettre.
Il faut distinguer, souligne-t-il, entre l’obéissance et la soumission à l’autorité. On peut obéir par consentement volontaire et éclairé. Dans la soumission passive à l’autorité c’est la volonté de l’autre que l’on exécute.
Stanley Milgram, psychosociologue américain, dans « La soumission à l’autorité »(1974), a étudié les effets de la punition sur l’apprentissage, l’expérience est d’ailleurs reconstituée dans le film « I comme Icare ».La punition consistait en décharges électriques administrées par des volontaires recrutés par petites annonces, décharges envoyées à des compères de Milgram. Cet auteur démontre que « 60% à 85% des personnes, en situation d’autorité, sont prêtes à torturer leurs semblables » !
Ce que l’expérience de laboratoire permet de prouver scientifiquement, l’histoire et en particulier les guerres se chargent de le montrer à travers d’horribles et multiples réalités. Plus on est intégré dans une structure plus on s’en dégage difficilement, L’obéissance peut ainsi être pourvoyeuse de violences. Il existe un double mécanisme : on s’en remet aux chefs donc on atténue son sentiment de culpabilité et on nie la souffrance de la victime, on dévalorise la victime que l’on peut même qualifier de « sous-homme. »
Face à des ordres criminels ou terriblement injustes on peut être amené à obéir aux chefs et à désobéir à sa conscience. C’est au sursaut de la conscience qu’il faut en appeler, dire non c’est alors vouloir rester humain.
d- Le mécanisme de transgression du sacré. Georges Bataille, dans « L’érotisme »(1957), pense que les interdits ont pour objectif d’éloigner les hommes des puissances sacrées, d’opérer une séparation entre le monde sacré, symbolisé par l’interdiction de l’inceste et du meurtre, et le monde profane, symbolisé par le travail. Ce sont les transgressions qui vont relier les hommes au sacré, ces transgressions s’appellent la fête, l’orgie, la guerre.
Roger Caillois, dans «L’Homme et le Sacré »(1938), qualifiera la guerre de « fête noire du monde moderne », elle va remplir le rôle que ne joue plus la fête, c’est un défoulement collectif, une sorte d’ agression sexuelle collective.
Mais si transgression et défoulement dans la guerre commencent quelquefois par « la fleur au fusil » l’une et l’autre basculent vite dans une somme de souffrances terrifiantes.
e- Le désir mimétique et le mécanisme victimaire. René Girard, dans « De la violence à la divinité »(2007), qui réunit quatre de ses ouvrages, en particulier « La violence et le sacré » (1972), « Bouc émissaire »(1982), met en avant d’éclairants instruments d’analyse qui « ne sont pas des idées philosophiques, des concepts sociologiques. Ce sont des rapports humains très simples. » Il s’agit du « désir mimétique » et du « mécanisme victimaire. »
Le désir est copié sur un autre désir, il est « mimétique », il y a un sujet désirant, un autre sujet désirant à imiter, un objet désiré. Le ressort du conflit s’appelle la concurrence « rivalitaire », chacun désire ce que désire autrui. Apparaît ainsi les cycles des jalousies, des haines et des vengeances. Se laisser prendre par ces concurrences religieuses, nationales, idéologiques, voilà qui va multiplier les violences…L’escalade de la jalousie, l’escalade des « comparaisons venimeuses », celle aussi des représailles, accompagnent la mondialisation.
De nos jours la violence mimétique s’étend sur la planète, et, souvent au nom de la religion, elle s’exerce en particulier contre l’Occident qui a produit cette mondialisation.
Les sociétés dites primitives pensaient que les puissances divines qui nous donnent la vie peuvent aussi à tout moment la retirer. Le sacré a une double face : il est vénéré parce qu’il fait vivre, il fait peur parce qu’il tue. Il existe donc une violence fondatrice du sacré puisque ces puissances divines provoquent en nous des pulsions de vie et de destruction. Ainsi « la violence et le sacré sont inséparables.»
Les cultures archaïques ont ainsi cherché à domestiquer la violence en faisant appel au religieux, c’est le sacrifice qui va servir d’exutoire temporaire. Dès les sociétés primitives c’est pour se protéger des désirs de destruction qui rendent à tout moment possible la violence réciproque, œil pour œil, dent pour dent, que les hommes ont inventé « la violence unanime du sacrifice qui les réconcilie aux dépens d’une victime émissaire ».Le mécanisme a fonctionné contre des animaux, des personnes, des groupes, des peuples, des Etats. C’est le « tous contre un.» On veut arrêter la violence par la violence. Ce mécanisme a été mis en oeuvre de façon terrifiante à travers différentes périodes.
Loin de s’arrêter la violence a proliféré, le mécanisme est en train de se casser, parce que les transcendances ne sont plus ce qu’elles étaient, parce que nous commençons à comprendre que nous sommes les acteurs de violences à travers par exemple des injustices planétaires, parce que l’utilisation d’armes de destruction massive, sortes de formes de violences sacralisées, peuvent faire disparaître les ennemis mais aussi ceux qui les emploient.
René Girard pensait qu’il faut rompre avec le sacrifice d’autrui quelle que soit la cause avancée. Il faut rompre aussi avec le sacrifice de soi, désir de se sacraliser qui n’a rien à voir avec les risques que l’on peut prendre pour combattre une violence en donnant place à la vie.
f- Le consentement à la violence. Marc Crépon, dans « Le consentement meurtrier »(2012),pense que nous avons conscience des scandales de la faim, de la misère, des inégalités, nous savons aussi que des intérêts économiques, financiers, militaires, par exemple à travers les ventes d’armes, entretiennent des situations de violences. « « Le consentement » qui en résulte peut donc être tacite, négligent, oublieux, il est d’autant plus fort que les violences sont lointaines, il signifie déjà une forme de résignation à la violence.
Pour cet auteur les « voies de dégagement » s’appellent la révolte, la bonté, la critique, la honte.
Primo Levi dans « Si c’est un homme », témoignage poignant sur l’horreur des camps nazis, écrit : « Il nous reste encore une ressource et nous devons la défendre jusqu’au bout parce que c’est la dernière: refuser notre consentement. »
Il est important de renvoyer ici à une autre analyse, celle des non violents qui en appellent à la résistance active, la non-violence est aussi un refus de la résignation et de l’indifférence.
g- La spirale du ressentiment et de la colère. Peter Sloterdijk , dans « Colère et temps » (2007),pense que la colère est une « force fondamentale dans l’écosystème des affects ».
Considéré comme « un penseur de l’impulsion » (voir les articles de Jean Birbaum en ce sens dans Le Monde du 23-11-2007) il affirme qu’autrefois la colère des exclus et des humiliés trouvait des exutoires, ainsi l’Eglise chrétienne puis l’Internationale communiste constituaient de véritables « banques de la colère », et selon l’auteur l’islamisme prend le relais.
En effet, affirme-t-il, d’une part il y a l’Occident qui a mondialisé la planète et qui fait l’objet de toutes les colères, d’autre part il y a des groupes qui exploitent la colère universelle accumulée, ces groupes n’offrant « qu’une mystique du combat, une religion du suicide. »
Trois critiques peuvent être faites à cette analyse. D’abord la géopolitique du ressentiment peut expliquer une partie des violences (certaines guerres et certains terrorismes) mais n’épuise pas le champ immense d’autres formes de violences. Ensuite en amont de la colère on retrouve un facteur qui explique nombre de ressentiments, il s’agit des inégalités criantes et mortelles de notre monde. Enfin et surtout l’auteur affirme que « même si toutes les questions sociales étaient résolues, la dimension de l’orgueil et de l’ambition demeurerait », nous pensons au contraire que si nombre d’inégalités disparaissaient nombre de violences disparaîtraient aussi, et que l’orgueil serait probablement pour une large part asséché par une compétition qui se tarirait.
h- La paranoïa et la dépression collectives. Franco Fornari, psychanalyste italien, dans « Psychanalyse de la situation atomique »(1972), rattache l’histoire collective à l’histoire individuelle.
Il peut arriver qu’une enfance amène soit à une position paranoïde, c’est à dire que le sujet veut se sauver en détruisant l’objet par lequel il se sent détruit, soit à une position dépressive, c’est à dire que le sujet veut sauver l’objet aimé au point de se sacrifier.
Fornari pense que la position paranoïde amène à déclarer la guerre et que la position dépressive amène à l’accepter.
L’auteur explique aussi que « l’on confie sa propre violence à l’Etat qui la capitalise pour la transformer en armes de terreur », les armes de destruction massive seraient donc un reflet de nos peurs d’un autre qui, à travers les propagandes, va être qualifié d’ennemi.
Un des points forts de cette analyse nous parait être la fabrication de l’image de l’ennemi qui nourrit le nationalisme et ses dominations.
i- Des idées dont certains usages peuvent être meurtriers. Marc Crépon, dans « Les Géographies de l’esprit »(1996) et dans « Le consentement meurtrier »(2012) (évoqué plus haut dans « le consentement à la violence ») interroge les identités et l’intolérance.
Ainsi mettre en avant les identités des peuples n’est-ce pas préparer des exclusions, des conflits, des guerres ? « Fracturer le genre humain » n’est-ce pas là une source profonde de violences possibles ?
« Il y a des idées qui finissent par tuer. La nation, la patrie, l’identité, la sécurité sont des concepts dont les usages peuvent s’avérer extrêmement meurtriers. »
L’auteur en appelle à la philosophie qui est de « remettre de la vigilance critique dans l’usage indu qui peut être fait de ces représentations.»
Nous pensons, pour notre part, que l’on doit articuler les différents lieux de vie : ainsi le village, la ville, la région ce sont nos terroirs, le pays c’est notre patrie, le continent c’est notre « matrie », la Terre c’est notre foyer d’humanité.
Il faut que chaque lieu puisse vivre et qu’il respecte les autres, tout cela en se fondant sur des luttes pour la démocratie, la justice, l’écologie et la paix . Plus facile à dire qu’à faire…
j- La peur de la mort. Jacques Sémelin, dans « Pour sortir de la violence »(1983), avance une des analyses les plus profondes.
Au commencement de la violence, pense-t-il, il y a l’angoisse de mort. « Plutôt que de reconnaître que la mort fait partie de la vie nous préférons l’affronter sur celui que nous déclarons être notre ennemi. » On le tue, c’est la mort réelle, on refuse de le reconnaître, on le ramène au rang d’objet, on le méprise, c’est la mort symbolique.
Ainsi « la violence est une grande illusion de l’homme : en tuant l’ennemi il croit se sauver de la mort. » La guerre correspond à « Ta mort c’est ma vie », mais avec les armes de destruction massive elle signifie plutôt « Ta mort c’est ma mort » dans la mesure où ces armes peuvent faire disparaître tout le monde.
Il existe donc des liens entre peurs et violences, la peur de tel ou tel autre peut amener la violence, le déploiement de la violence peut amener la peur.
Ainsi essayer de « changer notre rapport à la mort c’est changer notre rapport à la paix, au pouvoir, à la violence ». Il faudrait arriver à une équation selon laquelle « Ta vie c’est ma vie.»
Cette analyse profonde ne devrait-elle pas voir le jour ou se développer dans de nombreux enseignements et lieux d’éducation ?
k- Le dérèglement du conflit. Mohandas Gandhi, dans « Tous les hommes sont frères », écrits publiés en 1969 longtemps après sa mort, et de nos jours par exemple Jean-Marie Muller, dans « Stratégie de l’action non-violente »(1972), François Vaillant dans « La non-violence »(1991), de même Jacques Sémelin cité ci- dessus, considèrent la violence comme correspondant à un dérèglement du conflit.
Un moyen de résolution du conflit n’était pas prévu, ou n’était pas adapté, ou n’a pas été utilisé ou a été mal utilisé.
On a eu affaire à une violence d’oppression par laquelle le plus fort a imposé sa loi et/ou à une violence de soumission par laquelle le plus faible à renoncé à quelque chose d’essentiel pour lui.
Au contraire la résolution non-violente du conflit va reposer sur au moins quatre éléments : trouver ensemble, dans le respect des personnes, dans la confrontation des idées, des solutions justes.
l- Des analyses démographiques, sociologiques, politiques des causes des violences.
Une analyse démographique est connue. C’est celle de Gaston Bouthoul qui, dans « La paix »(1960), dénonçait, parmi les causes de certaines guerres, la recherche d’un espace vital et la pression d’une surpopulation, la guerre permet alors de sacrifier un « excédent de jeunes ».La guerre, disait-il, est un « infanticide différé », le véritable désarmement doit être démographique.
Une analyse sociologique, elle aussi connue, consiste à affirmer que certaines guerres deviennent des éléments de contrôle de tout désaccord social jugé dangereux. Ces guerres vont assurer une certaine cohésion sociale, comment ? Par une « union sacrée » face à l’ennemi.
Une analyse politique est ici classique, on affirme que la possibilité permanente de recourir à la guerre est un fondement possible de la stabilité des gouvernements, la menace de la guerre contribue à l’acceptation par tous de l’autorité politique dans la mesure où elle constitue un moyen d’assurer la subordination des citoyens à l’Etat.
m- Une tentative d’analyse globale de l’apparition de la guerre. Max Escalon de Fonton, historien, dans un article du journal Le Monde ( 7 février 1979), faisait l’analyse suivante : ce sont des causes climatiques, économiques et démographiques qui ont fait apparaître la guerre.
En effet des origines lointaines jusque vers 5000 avant notre ère, les êtres préhistoriques n’auraient pas connu la guerre, les chasseurs étaient paisibles, les tombes retrouvées n’ont pas de traces de conflits armés.
Ensuite la Terre se réchauffe passant de 6° vers 15000 à 11° vers 8000, l’herbe pousse vers 5000, des espèces herbivores se multiplient, on fait de petites récoltes, on les surveille, l’agriculture est inventée, les grottes sont abandonnées, des villages naissent, la propriété apparaît. Des réserves sont faites pour les mauvais jours, des récoltes sont parfois prises chez les voisins. Vers 4000 arrive une petite explosion démographique et, par la suite, on trouve des traces d’enfants et de femmes assassinées dans des tombes datant de 3000-2000 avant notre ère. Voilà donc une façon d’articuler ces trois séries de causes de l’apparition des conflits armés.
n- Ainsi beaucoup d’analyses historiques des causes de la violence proposent des explications convaincantes, ainsi la compétition économique, la course aux armements, le contrôle des matières premières, l’agressivité acquise, la soumission à l’autorité, le désir mimétique et le mécanisme victimaire, le consentement à la violence, la peur de la mort, le dérèglement du conflit, la fabrication de l’image de l’ennemi, des idées porteuses de violences…
Mais par-dessus tout, à notre sens, le plus souvent ce sont les injustices qui sont sources de violences, cela à tous les niveaux géographiques, sous de multiples formes, à travers de nombreux acteurs. Et les compétitions sont porteuses de nombreuses injustices.
Pour analyser les causes d’une violence il est souvent important de faire intervenir plusieurs analyses même si l’une d’entre elles peut être dominante. Les luttes contre ces violences sont alors plus porteuses en agissant sur différents fronts à travers différents moyens.
D’une façon générale et de façons plus précises comment lutter surtout contre les causes historiques des violences donc de beaucoup de compétitions ?
Autrement dit comment penser des remises en cause des compétitions ?