Chap.2 Derniers souffles du monde ?
Plan détaillé :
1-Moyens et fins terricides
Les catastrophistes
Les manifestations dominantes de la débâcle écologique : l’anthropocène et l’extinction des espèces
La liste des manifestations de la débâcle écologique
La liste des effets de la débâcle sur les êtres humains
La nature assassinée
Les formes de marchandisation de la nature et la course au profit.
Les causes de la débâcle écologique
La grande cause de la débâcle écologique : le productivisme
Les logiques profondes de l’autodestruction écologique.
Une autre cause de la débâcle écologique : l’explosion démographique
La machine infernale de la dégradation environnementale
Les trois fois trois générations
Les périls communs du système mondial
2-Moyens et fins injustes
Histoire des dominations
Pauvreté, exclusion, misère
Inégalités
Tiers-Monde
Chômage
Autres injustices – faim
L’intérêt
Face à l’injustice
3- Moyens et fins autoritaires
Absence des droits de l’homme
Totalitarismes
Torture
Haine, vengeance
Racisme et luttes contre le racisme
Terrorisme
Face aux totalitarismes, face aux régimes autoritaires
4 Moyens et fins humanicides
Souffrances de la guerre
Guerre
Ennemi
Course aux armements
Armes
Armes nucléaires
Veille de fin des temps
Face à la guerre
Destruction humaine de masse
5-Les violences
Manifestations des violences
Définitions des violences
Les analyses des causes des violences
6 Les rapports entre les fins et les moyens
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1-Moyens et fins terricides
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Catastrophistes
Les catastrophistes sont ceux qui ferment les yeux sur les causes des catastrophes et non ceux qui essaient d’avertir, de critiquer et de proposer.
François Partant, 1926-1987, économiste critique lumineux, parmi ses ouvrages « La fin du développement », « La ligne d’horizon. Essai sur l’après- développement . »
Ceux et celles qui critiquent, avertissent et proposent ne sont pas des catastrophistes.
Ceux et celles qui font silence ou qui mentent sur les causes des catastrophes sont des catastrophistes.
JML
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Les manifestations dominantes de la débâcle écologique : l’anthropocène (dont le réchauffement) et l’extinction des espèces
Nous voici donc, les êtres humains, la faune et la flore, autrement dit le vivant, à l’intérieur de deux évènements majeurs : l’anthropocène et la sixième extinction des espèces.
1) L’anthropocène.
a) L’anthropocène : Quelle définition et quel point de départ ? Ce terme n’est pas encore internationalement officialisé mais il est de plus en plus reconnu scientifiquement. Il a été inventé en 2002 par un chercheur (Paul Crutzen, prix Nobel de chimie, 1995) qui affirme que nous avons changé d’ère géologique. Nous sommes entrés dans une ère dont l’homme est devenu « la force dominante ».Après la dernière glaciation, les dix mille années de l’ère holocène étaient à une température stable et relativement chaude, elle a permis l’apparition de l’agriculture et des civilisations.
Cette nouvelle ère dominée par l’homme a donc à peu près 172 ans(1850-2022), presque 225 ans si on la fait commencer à la révolution industrielle (Angleterre fin XVIIIème, France début XIXème).
b)L’ère de l’anthropocène peut se ramener à trois éléments:
A partir de 1850 c’est l’utilisation massive des énergies fossiles, pétrole, charbon, gaz .Leur part mondiale est toujours écrasante en 2020, elle est de 83% soit 31,2 % de pétrole, 27,2 % de charbon, 24,7 % de gaz naturel. (Ensuite 4,3 % la part de nucléaire et 12,6 % celle des énergies renouvelables (hydroélectricité 6,9 %, éolien 2,5 %, solaire 1,4 %, biomasse et géothermie 1,1 %, agro carburants 0,7 %).
Au XXème siècle la population a été multipliée par cinq (en 1900 :1,6 milliard d’habitants, en 2000 : 6,1milliards) ( en 2022 : 7,8 milliards).
La consommation d’énergie a été multipliée par 14 (en 1900 : 965 millions de tonnes équivalent pétrole(TEP) en 2000 : 8000 millions TEP) ( et en 2017 : 13511 millions de TEP).
c) L’anthropocène a pour effets principaux la perturbation de la machine climatique et une détérioration de l’équilibre de la biosphère c’est-à-dire du système planétaire comprenant l’ensemble des êtres vivants et des milieux dans lesquels ils vivent. En effet depuis que l’être humain existe les températures moyennes n’ont jamais dépassé les moyennes actuelles de plus de 1,6°C. Or depuis 1850 cet équilibre est rompu.
Claude Lorius, glaciologue, affirme que « l’homme est devenu une force qui modifie les caractères géologiques de la planète. »
2) La sixième extinction des espèces.
Nous savons aujourd’hui que l’Univers a 13,8 milliards d’années, la Terre 4,54 milliards d’années, la vie sur notre planète a 3,8 milliards d’années, les premiers organismes marins complexes voient le jour il y a 500 millions d’années.
a) Se succèdent cinq grandes extinctions des espèces. La première extinction date de 440 millions d’années : des glaciations suivies d’un réchauffement provoquent la disparition de 65% des espèces marines à la suite de grandes variations du niveau des océans. La seconde extinction date de 380 millions d’années : un refroidissement provoqué par la chute de météorites entraîne la disparition de 70% des espèces, surtout marines. La troisième extinction date de 250 millions d’années : il est probable que la chute d’un astéroïde a entraîné des coulées de lave et un effondrement de l’oxygène dans les océans, d’où la disparition de 90% de toutes les espèces. La vie sur Terre a failli disparaitre pour toujours. La quatrième extinction date de 200 millions d’années : des éruptions volcaniques provoquent un réchauffement entraînant la disparition de 65% des espèces. La cinquième extinction date de 65 millions d’années : elle a été provoquée par la chute d’un astéroïde de 10km de diamètre, dans ce qui est aujourd’hui le Golfe du Mexique, chute suivie d’éruptions volcaniques, de tremblements de terre, et d’une élévation de la température de 7°C, d’un bombardement cosmique de météorites(fragments d’astéroïde),de tsunamis géants…ce qui a entraîné la disparition des grands animaux marins et terrestres, par exemple celle très connue des dinosaures apparus sur Terre il y a 240 millions d’années.(Voir par exemple : notre-planete.info/environnement/biodiversite/extinctions_massives.php)
b) La sixième extinction des espèces a trois caractères : elle est récente, rapide et liée à l’être humain.
La 6ème extinction est récente. Les hominidés voient le jour il y a 7millions d’années (Tumaï, crâne fossile retrouvé au Tchad en 2001), Lucy il y a 3,2 millions d’années (fossile complet retrouvé en Ethiopie en 1974). Le genre Homo a, au total, 2 millions d’années (2,8 selon d’autres) (Homo habilis, Homo erectus, Homo sapiens). Ce dernier, l’Homo sapiens, est là depuis 200.000 ans . « L’homme est entré sans bruit dans l’histoire » disait Pierre Teilhard de Chardin, on retrouve des traces de plus en plus lointaines de cette arrivée.
La sixième extinction est celle de l’Holocène, après la dernière glaciation il y a 10.000 ans, elle s’accélère depuis le début du XIXème et surtout depuis les années 1950.
La 6ème extinction est rapide. On ne sait pas combien il y a aujourd’hui d’espèces vivantes, le chiffre de 9 millions est le plus couramment avancé, souvent aussi le chiffre de 30 millions, en fait on trouve des estimations allant de 5 à 100 millions. On en a recensé 1,9 million (chiffre de 2012), dont 1 million d’espèces animales. Le rythme actuel d’extinction des espèces serait de 100 fois à 1000 fois supérieur à ce qu’il était sur les 65 derniers millions d’années, le taux d’extinction moyen était alors d’une espèce par an sur un million d’espèces. Il y a de l’ordre de 26.300 disparitions d’espèces chaque année, à cette allure disparaitraient au total le quart des espèces d’ici 2050 et les deux tiers d’ici 2100.
La 6ème extinction est liée à l’homme, responsable et, comme le reste du vivant, aussi victime . Les principaux facteurs de cette sixième extinction sont des manifestations du productivisme parmi lesquelles : le réchauffement climatique, les pollutions sous de multiples formes, la fragmentation et la perte des habitats (forêts, zones humides…), le commerce international des espèces, l’introduction d’espèces invasives… L’explosion démographique participe, elle aussi, à cette érosion de la biodiversité.
N’étant pas là au cours des extinctions précédentes, c’est la première fois que l’être humain se trouve à l’intérieur d’une extinction des espèces, il en est une victime et le responsable. Le 5ème rapport du GIEC, de septembre 2013, estime qu’il est « extrêmement probable » (probabilité de 95% ,le 4ème rapport de 2007 affirmait qu’elle était de 90%) que l’homme soit la cause du réchauffement climatique qui est donc l’une des grandes causes de la 6ème extinction des espèces.
JML
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La liste des manifestations de la débâcle écologique
Déjà à ce stade n’a-t-on pas déjà le sentiment qu’il s’agit de véritables « fleuves » de la dégradation mondiale de l’environnement alors que l’on pourrait parler seulement des « ruisseaux » de la protection ?
JML
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En ce qui concerne l’air: réchauffement climatique et ses innombrables effets sur tous les éléments de l’environnement, phénomènes climatiques extrêmes, appauvrissement de la couche d’ozone, retombées des pluies acides, pollutions chimiques diffuses et accidentelles, pollutions radioactives diffuses et accidentelles d’origine civile et militaire, tempêtes de sable, nuages de poussière, pollutions urbaines, nuisances sonores, pollutions lumineuses, pollutions énergivores d'internet, pollutions de l’espace orbital…Le seul exemple en Chine de la pollution atmosphérique provoquée, entre autres, par les industries lourdes dans les zones urbaines, est dramatique : morts prématurées, explosions des cancers du poumon, suffocations, masques en rupture de stocks…A Pékin en février 2014 le taux de concentration des microparticules dans l’air est de 16 fois le maximum mis en avant par l’OMS, dans certaines villes 36 fois ce maximum. Toujours selon l’OMS la pollution atmosphérique touche neuf urbains sur dix dans le monde (étude sur 1 600 villes de 91 pays, 7 mai 2014). Sont particulièrement touchées des villes du Pakistan, de l’Inde, de la Chine…
En ce qui concerne les eaux douces: absence d’accès à l’eau potable, absence d’assainissement, inondations, problèmes de quantité de réserves d’eau produisant des situations de stress hydrique et de pénuries d’eau, sécheresses de plus en plus terribles, jamais vues auparavant, dans des lieux de plus en plus nombreux de la planète, atteintes à la qualité de cours d’eau et de nappes phréatiques à partir de pollutions agricoles, industrielles, domestiques, assèchements et empoisonnements de nappes phréatiques, effets écologiques de certains barrages et de modifications de tracés de cours d’eau, enfin fontes des glaciers…
En ce qui concerne le milieu marin: fontes des pôles, pollutions venant des fleuves et des côtes (pollutions telluriques), pollution par immersion de déchets, de déchets dangereux, de déchets radioactifs, pollutions volontaires et accidentelles de navires et de plates-formes, pollutions à partir d’aéronefs jetant des déchets, dégradations des ressources marines et côtières, surexploitation et disparitions d’espèces marines, filets destructeurs de fonds marins, plaques et mers de déchets (en particulier de plastiques) dans le milieu marin, enfin bien sûr côtes rongées, déchiquetées par les avancées et la montée des océans, sans oublier l'acidification des océans provoquée par l'augmentation de l'oxyde de carbone, acidité qui aurait augmenté de 30% depuis le début de l'ère industrielle, acidité qui entraine la disparition d'une partie de la faune marine et qui aggrave à son tour le réchauffement climatique.
En ce qui concerne les sols: l’épiderme de la Terre est ici menacé, là malade à travers la désertification, les atteintes sont très nombreuses par surexploitation, surpâturage, déboisement, par pesticides, nitrates, métaux lords, pluies acides, déchets mis en décharge, transports et stockages de déchets toxiques, atteintes par extensions des surfaces urbaines …Parallèlement à cela, selon le Fonds des Nations unies pour l'alimentation (FAO)(avril 2015)., et c'est aussi un drame écologique, 1,3 milliard de tonnes de nourriture, c'est à dire un tiers des aliments produits, sont gaspillées chaque année, alors que 925 millions de personnes souffrent de la faim .
En ce qui concerne les forêts: déforestation par surexploitation, par empiètements, feux de forêt, mega feux, évacuations,destructions de personnes de bâtiments d'espèces, arrivées et effets des fumées des incendies,diminution de la variété d’espèces forestières, pollutions multiples, pluies acides, réchauffement climatique, certains insectes ravageurs, certains champignons aussi…
En ce qui concerne la flore, la faune, les paysages: appauvrissement de la diversité biologique, espèces de la faune et de la flore décimées et menacées d’extinction, marchandisation du vivant(voir article sur ce site), risques liés aux organismes génétiquement modifiés, artificialisation de la nature, prolifération de certaines espèces posant des problèmes écologiques, prolifération de certaines espèces posant des problèmes économiques et écologiques, régressions d’habitats naturels, urbanisation incontrôlée, destructions de paysages, destructions de cultures vivrières au profit de grandes monocultures…
JML
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La liste des effets sur les êtres humains
En ce qui concerne les êtres humains : ne soulignons ici que quelques effets importants de la dégradation environnementale. Les catastrophes écologiques (voir développement précédent) mais aussi : les pollutions de l’air, des sols, des eaux de surface et souterraines et leurs effets sanitaires, la sécurité alimentaire qui est de moins en moins assurée dans certaines régions, l’aggravation de la faim dans le monde, les contaminations des aliments par des pollutions chimiques, radioactives, par des additifs alimentaires, par la dioxine, par des farines animales…l’exposition de travailleurs et de populations à des substances dangereuses(drame de l’amiante)et d’une façon générale l’augmentation impressionnante du nombre de cancers d’origine environnementale…(voir par exemple Dominique Belpomme, Avant qu’il ne soit trop tard, Fayard,2007).
La seule pollution de l’air, selon l’OMS ( étude du 24 mars 2014), a causé la mort de 7 millions de personnes en 2012, soit un décès sur 8, les 2/3 de ces victimes étaient en Asie.Ce chiffre dramatique a été confirmé le 2 mai 2018,l'OMS ajoute à cela que "neuf personnes sur dix dans le monde respirent un air pollué."
De façon plus globale au moins 40% des décès (des auteurs donnent des chiffres beaucoup plus élevés, tout dépend en particulier de la conception restreinte ou plus large que l’on a de l’environnement) dans le monde résulteraient de facteurs environnementaux : tabac, pollutions chimiques, radioactives, pollutions dans des transports, des alimentations, des habitations, des lieux de travail, pollutions de l’air, des sols et des eaux(eaux douces et milieu marin)…
Des études prévisionnelles mettent en particulier en avant une explosion des cancers dans le monde de 75% de 2012 à 2030 et de 95% dans les pays les plus pauvres, on passerait de 12,7millions de personnes atteintes en 2008 à 20,3millions en 2030, et on passerait de 7,6millions de morts par cancers en 2008 à 13,2millions en 2030.(The Lancet Oncology,juin2012,étude menée dans le cadre du Centre international de recherche sur le cancer(CIRC, Lyon),organisme lié à l’OMS.) L’étude souligne que certains cancers (côlon, rectum, sein, prostate) semblent associés au développement économique et au mode de vie.
Va aussi dans ce sens par exemple l’ouvrage d’un toxicologue (André Cicolella, Toxique planète, Seuil,2013) qui dénonce le « scandale invisible des maladies chroniques », il montre la transmission d’un héritage toxique à destination des générations futures, il en appelle à de nouvelles politiques de santé mondiale qui prennent en compte une remise en cause des origines environnementales des « perturbateurs endocriniens », il affirme que les maladies chroniques(cardiovasculaires, respiratoires, cancers, diabète…) peuvent reculer si nous repensons nos façons de vivre, de travailler, de consommer…
A cela il faut ajouter bien sûr la « fabrique des pandémies » essentiellement provoquée par la place prise par l’homme dans la nature, place qui déstabilise ,menace et décime de nombreuses espèces. Certaines espèces deviennent ainsi porteuses de virus qui, à partir d’hôtes intermédiaires, se transmettent aux humains.
JML
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La nature assassinée
On s’afflige des effets mais on s’accommode des causes .
Bossuet
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Quand les bisons seront tous massacrés, les chevaux sauvages domptés,
Les coins secrets de la forêt chargés de l’odeur de beaucoup d’hommes et la vue
des collines en pleines fleurs ternis par des fils qui parlent…
Alors, où seront les fourrés ?
Disparus
Où sera l’Aigle ?
Disparu
Et cette disparition marquera la fin de la vie et le début de la survivance.
Chef Indien Seattle
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Ils ont coupé
le vieux pommier,
roi du verger
et en tronçons
l’ont débité…
De ces morceaux
ont fabriqué
une échelle pour monter
cueillir les pommes
du pommier.
Ont été bien déçus
car, de pommier,
il n’y en a plus !
Robert Gélis
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Tout ce qui arrive à la Terre arrive aux fils de la Terre.
Chef indien Seattle
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La nature peut vivre sans les hommes mais l’homme ne peut pas vivre sans la
nature.
Un graffiti
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Ecoute, bûcheron, arrête un peu le bras !
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ;
Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force,
Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?
Pierre de Ronsard
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Beaucoup de conflits en ce siècle ont eu le pétrole comme enjeu, au siècle prochain
on fera la guerre pour l’eau.
Ismaïl Serageldin
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C’est fou ce que l’homme invente pour abîmer l’homme et comme tout ça se passe
tranquillement.
Jacques Prévert
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Nous savons que l’Homme Blanc ne comprend pas nos mœurs.
Pour lui, une parcelle de terre ressemble à la suivante car c’est un étranger qui arrive
dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin.
La terre n’est pas sa sœur mais son ennemie et, lorsqu’il l’a conquise, épuisée, il va
plus loin (…)
Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller,
vendre, comme les moutons ou les perles brillantes.
Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu’un désert.
Chef indien Seattle
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Vingt quatre pays sont d’ores et déjà en dessous du seuil de pénurie d’eau et, d’ici
un quart de siècle, les régions en situation de « stress hydrique » pourraient
concerner environ les deux tiers de la planète, selon l’organisation météorologique
mondiale.
Jean-Paul Besset en 1997
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En août 2019 80 pays, correspondant à 40% de la population mondiale, souffrent de « pénurie d’eau » , moins de 1000 mètres cubes par habitant et par an.
Près du quart de la population mondiale vivant dans dix sept pays est en situation de « pénurie hydrique grave » proche du « jour zéro » où plus aucune eau ne sortira du robinet
Institut des ressources mondiales,2019
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Tant de forêts sacrifiées pour la pâte à papier,
des journaux attirent annuellement l’attention des lecteurs
sur les dangers du déboisement des forêts…
Jacques Prévert
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Gens avec masque à oxygène, oiseaux qui toussent au lieu de chanter, arbres qui
refusent de croître. Dans combien de temps apparaîtra ce conseil de santé publique:
« il est recommandé de ne pas respirer » ?
Eduardo Galeano
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Ne tuez pas les rossignols, camarades, sinon qui chantera dans vos nuits d’été ?
Vladimir Maïakovski
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Celui qui cueille une fleur dérange une étoile.
Francis Thomson
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Avec l’énergie perdue par les Etats-Unis dans les embouteillages il est possible de
faire fonctionner l’économie du Japon.
Arno Penzias
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La crise climatique confronte l’humanité et ses civilisations à un défi redoutable :
comment allons-nous vivre désormais avec un climat qui se retourne contre les
hommes ?
Comment et dans quel sens allons-nous réagir, rapidement et radicalement si
possible, sous peine, peut-être, de mettre en cause notre propre survie ?
Jean-Paul Besset
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Nous avons changé de planète, mais tous les réflexes lentement acquis depuis
l’aube de l’humanité, toutes les organisations peu à peu mises au point pour parvenir
à vivre ensemble, sont restées les mêmes et nous fourvoient.
Lancez une pierre au milieu d’un lac, les vagues puissantes, s’atténuent en s’éloignant ; arrivées au rivage, elles ne sont plus qu’ondes insignifiantes. Le choc initial a été absorbé, sans conséquences pour les équilibres globaux. Le nageur du lac est à peine perturbé.
Lancez la même pierre dans un bassin creusé dans le roc. Les ondes arrivant sur les
bords sont d’une telle amplitude qu’elles sont réfléchies, reviennent vers le centre,
interfèrent avec les autres, ajoutent leurs puissances, créent une tempête. Le nageur
du bassin est submergé.
La cause est la même, mais les « conditions aux limites »comme disent les mathématiciens, sont différentes ; le processus a un tout autre
déroulement.
Albert Jacquard
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Le temps de la certitude a été synonyme de conquête, de toute-puissance, de
maîtrise de l’être humain sur la nature.
Puis est venu le temps du doute, Tchernobyl est une sorte de dernier avertissement, des dommages dépassent des seuils de réversibilité.
Arrive donc le temps de la précaution : il faut apprendre à penser et agir
à long terme, à éviter l’irréparable au nom des générations présentes et futures.
JML
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Penser et mettre en œuvre des limites au cœur des activités humaines.
JML
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Les formes de marchandisation de la nature et la course au profit.
Ce que le productivisme commence à voir il va essayer de le modifier, de le transformer, puis il le vend et l’achète.
1-La première voie utilisée par le productivisme est une exploitation tous azimuts de ressources "déjà trouvées" dans la nature. Autrement dit il s’agit d’exploiter le plus possible les ressources existantes, c’est la course aux quantités des gisements en route ou en bout de course. Ce que le productivisme a emballé il l’achète et il le vend jusqu’à extinction des stocks.
2- La seconde voie utilisée par le productivisme est une exploitation tous azimuts de ressources "à trouver" dans la nature. Autrement dit il s’agit d’en découvrir de nouvelles, ainsi le gaz de schiste (avec de puissantes pressions de la course en avant des consommations d’énergie, d’industriels qui multiplient rapidement les forages par des moyens écologiquement inacceptables avec un silence ou une sous-estimation les effets écologiques dans les eaux, le sol, le sous-sol) , les richesses minérales aux pôles et d’abord en Arctique, mais aussi des recherches de nappes phréatiques, des « terres rares », de gisements de pétrole offshore… Ce que le productivisme découvre il le touche, il l’emballe, puis il le vend et l’achète.
3-La troisième voie utilisée par le productivisme est un marché tous azimuts des "services" de la nature. Autrement dit on met en place des services que l’on va échanger avec le plus de profit possible. Ce processus fait dire à des économistes critiques (ainsi Jean Gadrey , « Adieu à la croissance », éditions Alternatives économiques,2010) que « le capital financier veut découper la nature en services monnayables, puis en marchés dérivés pour qu’on puisse spéculer sur ces cours nouveaux ». Ce que le productivisme, en affirmant faire œuvre de protection, déclare « services » il va le découper et le monnayer.
4-La quatrième voie utilisée par le productivisme est une "artificialisation" tous azimuts de la nature. Autrement dit des entreprises, surtout des firmes multinationales, se sont lancées dans les productions d’organismes génétiquement modifiés, de biotechnologies, de nanotechnologies, d’utilisations de plantes en carburants, de nouveaux marchés rentables liés au bio mimétisme de la nature, et de plus en plus de projets de géo-ingénierie climatique…Ce que le productivisme commence à voir il va essayer de le modifier, de le transformer, puis il le vend et l’achète.
5-La cinquième voie utilisée par le productivisme est une géo-ingénierie conçue comme « Le grand remède miracle. »Il s’agit de techniques qui visent à manipuler et modifier le climat et l’environnement de la Terre et qui deviendraient une sorte de plan B pour arrêter le réchauffement et mettre la Terre à l’ombre. Autant des techniques de captage de CO2 peuvent avoir leur intérêt autant la géo ingénierie, aux mains de puissants groupes, non seulement est porteuse d’effets collatéraux mais surtout tendra à désengager les acteurs des luttes contre les changements climatiques. Ce que le productivisme a détruit il prétend le sauver en utilisant des moyens productivistes en particulier sous la forme de techniques miracles qui vont sauver le monde..
Ainsi à grande allure, sous de multiples formes, la pente est prise : tout vaut tant. (Sur « La marchandisation de la nature » voir notre billet sur ce blog et notre article in Mélanges en l’honneur de Soukaina Bouraoui, Mahfoud Ghezali et Ali Mékouar, Hommage à un printemps environnemental, PUF, 2016.)
JML
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Les causes de la débâcle écologique
Partons d’une énumération simple et rapide, mais finalement partielle (?), des causes qui peuvent venir à l’esprit et qui participent à la débâcle écologique, insistons ensuite sur une vision globale plus complexe, celle d’un système qui porte en lui des mécanismes de destruction environnementale, puis soulignons les logiques profondes de ce système qui portent atteinte à la protection de l’environnement, terminons enfin par les facteurs aggravants de cette débâcle écologique, facteurs qui, pour certains d'entre eux, ont très probablement quelque chose de terrifiant.
Nous renvoyons à nos articles de ce blog sur « les causes de la débâcle écologique » où sont envisagés tour à tour quatre points :
Environnement : les explications partielles de la débâcle,
Environnement : la cause globale de la débâcle(le productivisme),
Environnement : les logiques profondes de la débâcle ,
Environnement : les facteurs aggravants de la débâcle .
JML
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La grande cause de la débâcle écologique : le productivisme
Fourastié nous parlait des « trente glorieuses » comme d’une réussite sans
précédent dans l’histoire de l’humanité. En a-t-il évalué à l’échelle mondiale les
inconvénients, le coût, le taux d’hypothèque sur le futur?
René Dumont
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Spéculateurs et entrepreneurs rendent la terre chauve et nue.
Henry David Thoreau
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La civilisation est la création indéfinie de besoins dont on n’a pas besoin.
Mark Twain
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Il faut un minimum de bien-être et de confort mais, passé cette limite, ce qui devait
nous aider devient source de gêne.
Mahatma Gandhi
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Les logiques profondes de l’autodestruction écologique.
Existent au moins douze logiques profondes .
La recherche du profit, synonyme de fructification des patrimoines financiers, de financiarisation du monde, avec des opérateurs, à la fois puissants et fragiles, qui ont donc des logiques spécifiques. Cette domination de la finance se traduit par des mécanismes de conversion de toutes choses en argent et de l’argent en toutes choses.
L’efficacité économique, synonyme du moment où, cessant d’être au service de la satisfaction de véritables besoins, la recherche d’efficacité devient sa propre finalité.
Le culte de la croissance synonyme du « toujours plus », de mise en avant de critères économiques supérieurs aux critères sanitaires, sociaux, environnementaux, culturels, synonyme de surexploitation des ressources naturelles, de fuite en avant dans une techno science qui a tendance, ici et là, à s’auto reproduire et à dépasser les êtres humains. Croissance qui va « reculer, se tasser, être en berne », mais qui va « revenir, repartir, rebondir et qu’il faut soutenir, favoriser », éternel refrain de la relance ... Sainte croissance protégez-nous !
La course aux quantités synonyme d’une surexploitation des ressources naturelles, de surproductions, de créations de pseudos besoins alors que des besoins vitaux ne sont pas satisfaits pour la grande majorité des bientôt huit milliards d’habitants de notre planète.
La conquête ou la défense des parts de marchés synonyme d’un libre-échange tout-puissant qui repose sur des affrontements directs, des absorptions des faibles par les forts, des efforts de productivité qui poussent à de nouvelles conquêtes de marchés, un libre-échange qui met de côté l’environnemental, le social et le culturel.
La domination sur la nature synonyme d’objet au service des êtres humains, ses ressources sont souvent exploitées comme si elles étaient inépuisables. Certains pensent même que l’homme est capable de se substituer peu à peu à la nature à travers une artificialisation totalisante, il commence à se croire même capable, après l’avoir réchauffée, de « mettre la Terre à l’ombre » par de gigantesques projets technologiques (géo-ingénierie).
La marchandisation du monde synonyme de transformation, rapide et tentaculaire, de l’argent en toute chose et de toute chose en argent. Voilà de plus en plus d’activités transformées en marchandises, d’êtres humains plus ou moins instrumentalisés au service du marché, d’éléments du vivant (animaux, végétaux) décimés, et d’éléments de l’environnement qui sont entrés dans le marché (eau, sols, air…).Dans ce système « tout vaut tant », tout est plus ou moins à vendre ou à acheter. Le roi Midas voulait pouvoir tout transformer en or, son vœu fut exhaussé. Mais la nourriture et l’eau deviennent aussi de l’or et le roi dépérit peu à peu. Qu’est-ce qu’une société pour laquelle tout vaut tant ?
La militarisation du monde sous de multiples formes en particulier des espaces militarisés, des recherches, des productions et des ventes d’ armements, des conflits armés, des grandes manœuvres, des éducations à la guerre, des administrations extrêmes de multiples peurs, des fabrications d’ennemis ( par exemple de nouvelles classes jugées dangereuses, les déplacés environnementaux. ) Quant aux ventes d’armes ? Avant, pendant et après les conflits armés des chefs d’Etat, des ministres, des industriels, des scientifiques, des militaires courent vers les marchés, ils ne peuvent plus s’arrêter, ils sont devenus accrocs. Helder Camara écrivait « On commence par fabriquer des armes pour se défendre, puis on vend des armes pour continuer à en fabriquer et on fabrique des guerres pour continuer à vendre des armes. » Pauvres hommes ! Tristes hommes ! Tellement occupés à fabriquer des ennemis ils n’avaient pas vu que le sol s’effondrait sous leurs pieds, sans leur vivre ensemble allaient-ils perdre leur bien commun, leur foyer d’humanité, la Terre ?
La priorité du court terme synonyme de dictature de l’instant au détriment d’élaboration de politiques à long terme qui soit ne sont pas pensées en termes de sociétés viables, soit ne sont pas mises en œuvre et disparaissent dans les urgences fautes de moyens et de volontés.
L’accélération synonyme de course omniprésente à travers, par exemple, une techno science en mouvement perpétuel, une circulation rapide des capitaux, des marchandises, des services, des informations, des personnes, une accélération qui a de multiples effets sur les sociétés et les personnes, une des hypothèses les plus probables étant celle d’une « course effrénée à l’abîme qui emportera un monde impuissant ».(Voir par exemple Harmut Rosa « Accélération », La Découverte, 2010.) (Voir sur ce blog et sur notre site « au trésor des souffles » les nombreux articles sur « L’accélération du système mondial. »
N’oublions pas que l’hypothèse la plus probable de la première cause des dominations des hommes sur les femmes a été leur vitesse de déplacement par laquelle ils se sont accaparés des pouvoirs, ainsi ceux de la chasse, les femmes étaient, dès le début de l’histoire de l’humanité, moins rapides à cause de leurs grossesses et des enfants portés sur le dos. La vitesse, facteur de répartition des pouvoirs, emplit l’histoire des sociétés, cela jusqu’à nos jours avec les fractures des inégalités numériques.
L’expropriation d’ élu(e)s et de citoyen(ne)s n’a-t-elle pas tendance, ici ou là, à apparaître ou à se développer ? Ainsi les marchés financiers n’entraînent-ils pas une expropriation du politique par le financier ? La primauté du libre-échange et la puissance des firmes géantes n’entraînent-elles pas une expropriation du social par l’économique ? La compétition n’entraîne-t-elle pas une expropriation de la solidarité par l’individualisme ? La vitesse n’est-elle pas un facteur de répartition des richesses et des pouvoirs qui défavorise ou rejette des collectivités et des individus plus lents ?
Enfin , douzième logique, la compétition synonyme, nous répète-t-on, d’ « impératif naturel de nos sociétés ». Elle alimente les onze logiques précédentes et elle est alimentée par ces logiques. Elle est omniprésente, omnisciente, omnipotente dans le système productiviste. Cette compétition en fait n’est pas « naturelle » contrairement à ce que l’on croit le plus souvent et nous fait croire presque toujours, elle est le produit de multiples histoires et peut avoir et a, ici et là, des alternatives. (Voir sur ce blog et sur notre site « au trésor des souffles »les nombreux articles sur « La compétition.»
JML
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Autre cause de la débâcle écologique : l’explosion démographique
Il n’est peut-être pas nécessaire d’aller chercher bien loin les causes des malaises
mondiaux actuels. Il pourrait suffire de songer à la furieuse explosion démographique
que connaît notre espèce. Ce fut un luxe insoupçonné pour l’humanité et une chance
pour toutes les formes de la vie lorsque deux ou trois milliards seulement d’individus
habitaient la planète.
Claude Lévi-Strauss
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La fécondité excessive, liée à la misère, freine tout progrès.
René Dumont
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Le droit des femmes à contrôler leurs modes de vie est le fondement de toute action
liant la population, l’environnement et le développement. Nous rejetons et dénonçons
toute forme de contrôle du corps de la femme par les gouvernements et les
institutions internationales. Nous refusons et dénonçons la stérilisation forcée de la
femme et la négation de son droit à un choix libre et conscient. Nous réaffirmons et
appuyons la conquête, de la part des femmes qui représentent la moitié de la
population mondiale, du pouvoir de décision sur leur choix de vie et exigeons la
reconnaissance de leur droit de contrôler elles-mêmes leur fertilité et de planifier la
taille de leurs familles.
Extrait des « traités » conclus entre ONG à Rio (Juin 1992)
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La machine infernale de la dégradation environnementale.
Des étudiants chaque année m’ont demandé ce que je trouvais de plus sombre dans la dégradation mondiale de l’environnement.
Affectivement : les drames et les souffrances des victimes passées, présentes et à venir.
Intellectuellement : la machine infernale que constitue la dégradation. Quels sont ces mécanismes (1) et quels sont les facteurs d’aggravation(2) ?
1-Les mécanismes de la machine infernale de la débâcle écologique.
L’accélération de la dégradation environnementale fonctionne comme une sorte de machine infernale qui comprend quatre séries de mécanismes :
-Le système mondial s’accélère dans son ensemble (voir sur ce blog « L’accélération du système mondial »).
-L’aggravation de la dégradation environnementale rend les urgences omniprésentes, l’urgence devient une « catégorie centrale » du politique, elle fait d’ailleurs corps avec le court terme qui constitue une des dix logiques profondes du productivisme (voir sur ce blog les trois billets sur « Le productivisme ».)
Un des exemples les plus criants est celui des déplacés environnementaux, ce silence scandaleux dans l’Accord de Paris sur le climat en dit long sur ce qui constitue déjà, aux yeux de certains, de nouvelles classes dangereuses en voie d’explosion dans les décennies à venir.(voir sur ce blog « Les déplacés environnementaux »)
- Penser et mettre en œuvre les réformes et les remises en cause environnementales prend du temps (introduction du long terme, complexité des interactions, enchevêtrement des ordres juridiques, inertie de systèmes économiques, obstacles financiers, institutionnels, éducatifs, psychologiques et juridiques des mises en œuvre de textes , actions trop tardives, difficultés des remises en cause personnelles et collectives enfin, par-dessus tout, puissance des logiques productivistes).
- …or le système mondial s’accélère.
2- Des facteurs aggravants de cette machine infernale.
Parmi les facteurs aggravants (il y en a d’autres) deux cités ici :
-En matière environnementale (comme dans tel ou tel autre domaine) il y a de véritables bombes à retardement, elles mettent du temps à se préparer mais elles peuvent soit continuer sous la forme de pollutions diffuses soit exploser violemment et basculer dans l’urgence, ainsi très vraisemblablement par exemple de véritables Tchernobyls sous-marins sont en route.
-Autre facteur aggravant :il existe aussi un divorce très impressionnant entre, d’une part , des données scientifiques, des avertissements d’auteurs de diverses disciplines et de militants d’ONG et, d’autre part, les temps de réactions, de décisions et d’applications de nombreux autres acteurs : alors que la dégradation environnementale s’accélère et atteint ici et là des seuils d’irréversibilité, il est fréquent de constater que des conférences internationales décident, selon les cas, pour une part, pour une large part ou pour la totalité … que l’on décidera plus tard. Cela signifie que plus l’on attend plus les solutions devront être radicales et massives.
Sans remonter à l’avertissement du scientifique suédois Arrhénius en 1896,rappelons, exemple criant , que c’est en 1972 à la Conférence de Stockholm qu’est évoqué pour la première fois au niveau de tous les Etats le danger du réchauffement climatique, qu’il faut attendre 1992 pour voir une convention, 1997 pour qu’arrive son protocole, 2005 pour qu’il entre en vigueur, 2015 pour un nouvel accord qui entre en vigueur fin 2016 soit au total près de 45 ans !
Près de quarante cinq ans (1972-2016) pour faire les « premiers pas » !
Certes un chemin de mille pas commence par quelques pas, mais quel est le temps qui reste pour construire cet intérêt commun de l’humanité ?
Bref : les réformes et les remises en cause pour casser cette machine infernale doivent être tellement titanesques qu’il n’est pas sûr que nos générations et les prochaines aient beaucoup de temps devant elles pour éviter, si faire encore se peut, un nombre de plus en plus important d’irréversibilités.
JML
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Les trois fois trois générations
Avec des responsabilités inexistantes, faibles, moyennes, importantes ou gigantesques selon les personnes et les collectivités, ne pouvons-nous pas très probablement penser que :
Nous avons reçu de trois générations passées ( 1850 à 1945 environ), un environnement pour une part atteint et faisant l’objet de destructions en marche sous les logiques du productivisme (en route en fait depuis le XVème siècle) et de l’anthropocène en route voilà près de 170 ans à travers les explosions des énergies fossiles et de la démographie.
-Nos trois générations présentes (1945 -2030 environ),… et en voie de disparition, ont produit un environnement pour une large part détruit et plongeant dans des apocalypses écologiques multiformes, massives, en interactions et rapides, en particulier à travers le réchauffement climatique et les atteintes à la diversité biologique.
-Les trois générations qui ont commencé à voir le jour et qui viennent (2030 à 2110 environ) se trouvent donc devant une question vitale : cette veille de fin des temps peut-elle encore, à travers quelles volontés, quels moyens et quelles marges de manœuvres se transformer en aube d’humanité
JML
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Périls communs du système mondial
Les périls communs sont constitués de drames et de menaces relatifs aux humains et à l’ensemble du vivant.
Quatre questions sur ce système mondial qui assassine l’humanité et le vivant :
1-Quels sont les périls communs ?
Ce système humanicide et terricide produit des périls communs, c'est-à-dire des drames et des menaces, lesquels? Quatre séries :
- La débâcle écologique tendant à dépasser des seuils d’irréversibilité (réchauffement climatique, effondrement de la biodiversité , épidémies aussi qui ont en partie pour cause la place écrasante de l’homme dans la nature ( des études scientifiques montrent que les risques de contagion sont beaucoup plus élevés chez les espèces sauvages menacées ou en voie d’extinction ) ,
- Les armes de destruction massive (nucléaires, biologiques, chimiques),
-Les inégalités criantes (sanitaires, alimentaires, économiques, culturelles, environnementales (les 1 % les plus riches de la planète sont responsables de deux fois plus d’émissions de CO2 que la moitié la plus pauvre de l’humanité.),
-enfin dernier drame et menace : la techno science et les marchés financiers de moins en moins contrôlés par les êtres humains…
Ce système est suicidaire, il ne réalise pas le bien commun et il contribue aux confusions entre les fins et les moyens, c'est-à-dire que les fins, autrement dit les êtres humains et le vivant , sont de plus en plus traités en moyens, et les moyens, c'est-à-dire surtout la techno science, le marché mondial et les marchés financiers, deviennent de plus en plus des finalités suprêmes .
2- Ce système n’est-il pas condamnable et condamné ?
Ce système n’est-il pas condamnable du seul fait, par exemple, qu’il y ait en 2018 un enfant sur deux dans le monde en situation de détresse et/ou de danger ( guerres, maladies, misère…) et du seul fait, par exemple, que les marchés financiers ont pris, depuis 1971 (fin de la convertibilité du dollar en or), une large partie de la place des conducteurs qu’étaient les Etats et les entreprises ?
Ce système n’est-il pas condamné du seul fait , par exemple, que près de 6 milliards de dollars partent chaque jour en 2021 vers les dépenses militaires mondiales, et du seul fait, par exemple, que des activités humaines entraînent un réchauffement climatique qui menace l’ensemble du vivant ,3°C à 6°C (ou plus) d’élévation de la température moyenne du globe vers 2100) et ,à cette même date, un à deux mètres ( ou plus ) d’élévation du niveau des mers ?
3-Des études apocalyptiques.
Deux études du 7 juin 2012, cosignées chacune par une vingtaine de chercheurs de différentes disciplines, chercheurs travaillant dans une quinzaine d’institutions scientifiques, non pas tirent la sonnette d’alarme mais font entendre un glas apocalyptique :
«La biosphère est à la veille d’un basculement abrupte et irréversible »(…) voilà « l’imminence d’ici à quelques générations d’une transition brutale vers un état de la biosphère inconnu depuis l’émergence d’homo sapiens c’est-à-dire 200.000 ans. »
On l’a compris : les générations à venir ne sont pas celles d’un futur plus ou moins lointain perdu dans les incertitudes des siècles ou des millénaires à venir. Les générations visées sont les « quelques générations » (2, 3, 4 … ) qui viennent et qui plongeraient peu à peu dans cette forme d’inconnu.
4-La question des questions ?
Cette veille de fin des temps peut-elle encore, à travers quels moyens, quelles volontés et surtout quelles marges de manœuvres, se transformer en une forme d’aube de l’humanité ?
Devons-nous, voulons-nous , pouvons-nous non seulement ralentir le Titanic sur lequel personnes, peuples et humanité sont embarqués mais surtout le faire changer de route ?
Faut-il être encore plus au bord de l’abîme pour se rapprocher les uns et les autres ? C’est le refus de cet abîme qui peut nous rassembler, ce sont et seront les mises au monde d’autres possibles fraternels qui nous donnent des chances de survie.
JML
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2-Moyens et fins injustes
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Histoire des dominations
Le colon fait l’histoire et il sait qu’il la fait parce qu’il est ici le prolongement de la
métropole. L’histoire qu’il écrit n’est donc pas l’histoire du pays dépouillé, mais
l’histoire de sa nation, en ce qu’elle écume, viole, affame.
Frantz Fanon
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L’avenir est la seule propriété que les maîtres concèdent de bon gré aux esclaves.
Albert Camus
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Alors on vit s’avancer sur l’estrade une petite vieille femme de maintien craintif et qui
paraissait se ratatiner dans ses pauvres vêtements.(…) Des manches de sa
camisole rouge dépassaient deux longues mains à articulations noueuses. La
poussière des granges, la potasse des lessives et le suint des laines les avaient si
bien encroûtées, écaillées, durcies qu’elles semblaient sales quoiqu’elles fussent
rincées d’eau claire, et à force d’avoir servi elles restaient entrouvertes, comme pour
présenter d’elles-mêmes l’humble témoignage de tant de souffrances subies.(…)
Ainsi se tenait devant ces bourgeois épanouis ce demi-siècle de servitude.
Gustave Flaubert
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Ils s’octroyèrent
Fermes, fouets, esclaves,
Catéchisme, résidences,
Instruments de tortures, petits couvents, bordels,
Et appelèrent tout cela
Sainte culture occidentale.
Pablo Neruda
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Ils pourront couper toutes les fleurs
Mais jamais ils ne seront les maîtres du printemps
Pablo Neruda
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Pauvreté, exclusion, misère
Pour gouverner, il faut avoir
manteaux et rubans en sautoir.
Nous en tisons pour vous, grands de la terre,
Et nous, pauvres canuts, sans drap on nous enterre.
Aristide Bruant
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Ni les économies libérales ni les économies étatiques n’ont éliminé la pauvreté, bien
au contraire. Le phénomène ne cesse de croître, paradoxe d’un monde qui pourtant
vante « l’expansion », investit beaucoup dans la recherche, produit de plus en plus.
Paradoxe apparent qui ne se dissipera pas aussi longtemps que ne sera pas imaginé
un nouveau type de société.
Michel Beaud
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La planète se divise entre le monde de l’intégration et le monde de l’exclusion, on va
vers un techno-apartheid mondial.
Riccardo Petrella
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Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme
sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré.
Joseph Wresinski
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Le principe, c’est qu’il faut être avec les pauvres.
René Dumont
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Vous voulez les pauvres secourus moi je veux la misère supprimée.
Victor Hugo
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Inégalités
Je reviens du Nord de votre pays et j’ai calculé qu’il faudra trente sept ans de travail
à un paysan pour gagner l’équivalent de l’indemnité de six mois qu’un parlementaire
touche pour une session de l’Assemblée. Ça ne durera pas trente sept ans.
René Dumont au Président du Cameroun au début des années 1960
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La seule manière de vaincre la violence c’est d’aller à la racine du mal : la violence,
mère de toutes les autres, c’est l’injustice.
Helder Camara
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Un bien durable ne peut pas venir du mensonge et de la violence.
Mahatma Gandhi
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Le pauvre cherche la nourriture, le riche cherche l’appétit.
Proverbe d’Inde
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« La vie est quelque chose qui arrive quand on est occupé à faire autre chose »
disait John Lennon. A notre époque, marquée par la confusion des moyens et des
fins, on ne travaille pas pour vivre, on vit pour travailler. Les uns travaillent toujours
plus parce qu’ils n’arrivent pas à satisfaire leurs besoins. Et d’autres travaillent
toujours plus pour pouvoir gaspiller.
Eduardo Galeano.
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Les chiffres avouent mais ne se repentent pas. A la fin des fins la dignité humaine
dépend du calcul des coûts et des bénéfices, le sacrifice des pauvres n’est rien
d’autre que le « coût social » du Progrès.
Eduardo Galeano
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Les 358 personnes les plus riches de la planète ont des revenus équivalents à ceux
des 2.5 milliards personnes les plus pauvres.
PNUD, 2000
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Le 1/5ème le plus riche de la population mondiale dispose de 84,4% du PNB mondial,
le 1/5e le plus pauvre : 1,4% !
PNUD, 2015
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« Les 1 % les plus riches de la planète possèdent deux fois plus que les richesses cumulées de 6,9 milliards de personnes. Près de la moitié de la population mondiale vit avec moins de 5,50 dollars par jour. »
Oxfam souligne ici l’extrême pauvreté et l’extrême richesse en 2019
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Ce qui me tourmente c’est un peu dans chaque homme Mozart assassiné.
Antoine de Saint-Exupéry
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Tiers-monde
Le tiers-monde reste la zone des tempêtes et de l’échange inégal.
Samir Amin
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L’offensive contre le tiers-mondisme veut briser les solidarités humaines qui font la
vitalité d’une société, tout subordonner à de prétendues lois économiques, évacuer
tout idéal qui oserait s’opposer au capitalisme.
Claude Julien
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Si la population du monde était réduite à un village de cent personnes cinquante
d’entre elles seraient mal nourries, trente-trois n’auraient pas accès à l’eau potable,
une seule aurait reçu une éducation supérieure.
Comparaison faite en 1997
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La cité terrestre compte plus de bidonvilles que de beaux quartiers.
René- Jean Dupuy
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Chômage
Le chômage aujourd’hui est bien plus qu’une interruption de travail. Pour un nombre
croissant de sans-emploi le chômage tire un trait sur une partie de la vie sociale et de la vie familiale.
Nicole Penicaut
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Le travail quitte la société post-industrielle. L’informatisation généralisée de la société
transforme la croissance quantitative des biens en une croissance qui détruit
inexorablement le nombre des emplois.
Jacques Robin
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Le modèle de développement économique actuel conduit à la rupture de la cohésion
sociale, à la violence et au désespoir. (…) Il nous faut donc concevoir une économie
plurielle où, aux côtés du marché, la logique de l’intérêt collectif et les impératifs du
développement durable soient reconnus et où puissent s’édifier des circuits inédits
de distribution des richesses, des biens et des services. (…) Trois voies principales
sont à explorer simultanément : faciliter une distribution sociale régulière du travail emploi
par la réduction de sa durée, reconnaître et développer l’économie solidaire,
assurer à toutes les personnes les moyens d’accéder à une identité sociale
reconnue.
Chômage : appel au débat Le Monde, 28 juin 1995
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La réduction du temps de travail, articulée sur la création du revenu universel
d’existence, et la transition énergétique radicale, en liens avec les luttes contre le
réchauffement climatique, ne sont-elles pas deux des pistes de l’avenir pour les
créations d’emplois?
JML
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Autres injustices – faim
En cette troisième décennie du développement des millions d’hommes prisonniers ou
menacés par la famine, des dizaines de millions sans eau potable, des centaines de
millions mal -nourris, le désert qui gagne, la forêt qui recule. Et les fossés qui se
creusent entre le foisonnement des productions et des réalisations à travers le
monde – pour certains groupes humains la privation de l’essentiel, l’eau, le pain –
entre la montée flamboyante de nos capacités technologiques et l’écrasement de
tant d’hommes.
Michel Beaud
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Il y a barbarie chaque fois qu’il y a mépris de l’autre : le racisme, l’acceptation du
chômage et des sans-abris sont des formes de barbarie.
Albert Jacquard
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Jamais autant qu’aujourd’hui la terre n’a produit de quoi nourrir les hommes. Mais
jamais elle n’a compté autant d’affamés. Jamais les connaissances de l’homme sur
sa propre nutrition n’ont été aussi étendues, jamais pourtant il n’a paru aussi
impuissant à les appliquer, ni à rendre équitable, sur l’ensemble de la planète,
l’accès à la nourriture.
Claire Brisset
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Jamais inondation ni tremblement de terre, jamais guerre n’a coûté la vie à 250.000
enfants en une semaine. Tel est pourtant le nombre des victimes chaque semaine de
la malnutrition et de la famine. Il faut se mobiliser contre cette tragédie silencieuse.
James Grant ; UNICEF
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Pourquoi me demander
si je suis d’Afrique
si je suis d’Amérique
si je suis d’Asie
si je suis d’Europe ?
Ouvre moi, mon frère !
J’ai frappé à ta porte
J’ai frappé à ton coeur
Pour avoir un bon lit
Pour avoir un bon feu
Pourquoi me repousser ?
Ouvre moi, mon frère !
René Philomphe
L’intérêt
L’intérêt parle toutes sortes de langues et joue toutes sortes de personnages, même
celui de désintéresser.
François de La Rochefoucauld
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Les vertus se perdent dans l’intérêt comme les fleuves dans la mer.
François de La Rochefoucauld
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Quelqu’un disait d’un homme très personnel : il brûlerait votre maison pour se faire
cuire deux œufs.
Nicolas de Chamfort
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L’argent que tu as est ton esclave et toi tu es l’esclave de celui que tu n’as pas.
Proverbe du Liban
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Les hommes sont toujours sincères. Ils changent de sincérité, voilà tout.
Tristan Bernard
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Qui demande l’aumône rougit une fois, qui le refuse rougit deux fois.
Proverbe de Turquie
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Face à l’injustice
Aucun lieu sur terre ne peut espérer rester un îlot de prospérité dans un océan de
misère.
Maurice Strong, Conférence de Rio (1992)
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Nous vivons une époque qui subit de façon cumulée et condensée les résultats de
l’effondrement, rampant ou éclatant de deux formes qu’a revêtues dans les temps
modernes le projet d’émancipation, le projet d’autonomie sociale et individuelle: le
libéralisme qui se trouve incarné dans la République capitaliste, et le socialisme
monstrueusement défiguré par le totalitarisme communiste ou affadi et vidé de sa
substance dans la social-démocratie.
Edgar Morin
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Soit les richesses vont vers les hommes, soit les hommes vont vers les richesses.
Alfred Sauvy
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Il y a deux sortes de lois : les justes et les injustes. Je suis le premier à appeler à
l’obéissance aux lois justes. Nous avons l’obligation non seulement légale mais
morale d’obéir aux lois justes, mais nous avons au même titre l’obligation morale de
désobéir aux lois injustes. Je pense, avec Saint Augustin, que « une loi injuste n’est
pas une loi du tout ». Toute loi qui dégrade la personne humaine est injuste.
Martin Luther King
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3-Moyens et fins autoritaires
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Absence des droits de l’homme
Sans les droits de l’homme il n’y a que le gris des individus tous semblables sous le
même uniforme ou le visage défiguré de ceux que l’on persécute…
Michel Simon
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Ecrire sur les droits de l’homme c’est être accompagné par le cortège invisible – ou
visible jusqu’à l’insoutenable – de la souffrance humaine qui, depuis Abel jusqu’au
dernier torturé, déporté, « disparu », exécuté ne cesse de crier vers les hommes et
vers le ciel.
Michel Simon
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Quant ils sont venus
Chercher les communistes
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas communiste
Quant ils sont venus
Chercher les syndicalistes
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas syndicaliste
Quant ils sont venus
Chercher les juifs
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas juif
Quant ils sont venus
Chercher les catholiques
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas catholique
Puis ils sont venus me chercher
Il ne restait plus personne
Pour dire quelque chose
Louis Needermeyer
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Totalitarismes
Le totalitarisme a besoin de gens isolés et désolés, autrement dit : arrachés à toute
appartenance et socialement destructurés.
Hannah Arendt
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A l’intérieur d’un Etat si vous n’entendez le bruit d’aucun conflit vous pouvez être sûr
que la liberté n’y est pas.
Charles de Montesquieu
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« Route de la servitude » d’Hayek, « Homme unidimensionnel » de Marcuse :
déceler les prémices du « totalitarisme doux » du monde moderne…
Roland Quilliot
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Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde.
Bertolt Brecht
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O liberté tu brilles clair dans les cachots
Car, là, tu habites le cœur.
George Gordon Byron
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L’air est lourd comme du plomb
Je crie
je crie
je crie
je crie
Venez vite
je vous invite
à faire fondre
du plomb.
Nazim Hikmet
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Torture
La torture dégrade celui qui la subit mais aussi celui qui l’inflige.
Entendu dans une réunion…
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Le geste tortionnaire est celui par lequel les êtres humains expriment le plus
radicalement leur refus de la différence.
Guy Aurenche
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Haine, vengeance
La haine n’est qu’une défaite de l’imagination.
Graham Greene
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Quand la colère et la vengeance se marient, leur fille est la cruauté.
Proverbe de Russie
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L’intolérance pousse sur nos coquilles d’égoïsme.
Auteur dont j’ai perdu le nom
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L’ambition et la vengeance ont toujours faim.
Proverbe danois
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Le plus souvent la bêtise est sœur de la méchanceté.
Sophocle
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Si la colère et la haine font croître l’irascibilité, la compassion et la douceur diminuent
même celle qui existe.
Evagre le Pontique
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Racisme et luttes contre le racisme
Le racisme commence lorsqu’on cherche à donner des inégalités sociales une
justification fondée sur la nature, accompagnée de références explicites à des
éléments de survie biologique.
Christian Delacampagne
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Le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences, réelles ou
imaginaires, au profit de l’accusateur et au détriment de sa victime, afin de justifier
ses privilèges ou son agression.
Albert Memmi
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Deux visions du racisme peuvent être distinguées. La vision universaliste consiste à
réduire le racisme à un différentialisme, et conduit à le reconnaître selon un critère :
la négation de l’unité du genre humain. La vision différentialiste consiste à réduire le
racisme à un universalisme reconnaissable à un critère : la négation des spécificités
culturelles, ethniques…ou la volonté d’éradiquer les identités groupables.
Pierre-André Taguieff
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Le combat contre le racisme procède à la fois du cœur et de la raison. Il consiste
d’abord à reconnaître les autres comme « autres », avec leurs différences, avec leurs
qualités, avec leurs défauts. Ne jamais admettre que certains hommes, parce qu’ils
ne nous ressemblent pas, puissent être mis à l’écart.
Georges Jean
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« Qu’est-ce que cela signifie apprivoiser ? ». « C’est une chose trop oubliée » dit le
renard, « ça signifie : créer des liens ».
Antoine de Saint Exupéry
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J’ai fait un rêve. Je rêve qu’un jour sur les rouges collines de Géorgie, les fils des
anciens esclaves et les fils des anciens maîtres pourront s’asseoir ensemble à la
table de la fraternité.
Martin Luther King
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Terrorisme
(…) Le terrorisme est également un défi lancé au politique. Il est un refus de la lutte
politique, une fuite en avant, souvent déconnectée de ses origines et coupée de la
réalité sociale. Pourquoi et comment cette violence extrême a-t-elle pu germer et
s’imposer à notre société ? S’agit-il d’un accident de l’histoire, lié à un état donné de
développement des sociétés, à une situation de crise ou à la conjoncture
internationale ? Ou bien peut-on concevoir le terrorisme comme une forme
« installée » de la violence politique ? On ne peut s’empêcher, à cet égard, de faire
un rapprochement avec les analyses du totalitarisme ou de cette autre forme de
violence extrême qu’est le génocide, tous deux étapes ultimes d’un terrorisme d’Etat
érigé en système. Ces questions sont fondamentales pour le citoyen qui veut
comprendre et rester vigilant.
Anne Le Huérou
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La légitimité d’une cause n’implique pas la légitimité de tous les moyens pour la faire
triompher.
Revue « Combat non-violent »
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La stratégie de la terreur atomique n’est-elle pas aussi une stratégie terroriste ? Elle
revient à exercer un chantage à la mort sur la vie de millions de victimes innocentes.
Jacques Semelin
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Face aux totalitarismes, face aux régimes autoritaires
Si l’écho de leurs voix faiblit nous périrons.
Paul Eluard (évoquant les déportés)
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Les peuples n’ont jamais que le degré de liberté que leur audace conquiert sur la
peur.
Stendhal
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Nous avons compris une grande vérité, à savoir que ce n’est pas le fusil, ce ne sont
pas les chars, ce n’est pas la bombe atomique qui engendre le pouvoir et le pouvoir
ne repose pas sur eux. Le pouvoir naît de la docilité de l’homme, du fait qu’il accepte
d’obéir.
Vladimir Boukovski
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Pour que l’on ne puisse pas abuser du pouvoir il faut que, par la disposition des
choses, le pouvoir arrête le pouvoir.
Charles de Montesquieu
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4-Moyens et fins humanicides
Souffrances de la guerre
Quand les riches se font la guerre ce sont les pauvres qui meurent.
Jean-Paul Sartre
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Les parfums ne font plus frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Arthur Rimbaud
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Il tomba en octobre 1918, par une journée qui fut si tranquille sur tout le front que le
communiqué se borna à signaler qu’à l’Ouest il n’y avait rien de nouveau.
Erich-Maria Remarque
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Guerre est le mot le plus triste qui sort de mes lèvres tremblantes. C’est le plus
mauvais des oiseaux qui remplit les murs de sang et qui fait du monde un enfer.
Maïda (à Skopje)
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Vous ne reverrez plus les monts, les bois, la terre
Beaux yeux de mes soldats qui n’aviez que vingt ans
Et qui êtes tombés en ce dernier printemps
Où plus que jamais douce apparut la lumière.
Emile Verhaeren
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Je ne comprends décidément pas pourquoi il est plus glorieux de bombarder une
ville assiégée que d’assassiner quelqu’un à coups de hache.
Fiodor Dostoïevski
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Avec ses cinq doigts il chargea un obus
Qui explosa dans la culasse.
Avec ses quatre doigts il fit un salut
Non réglementaire.
Avec ses trois doigts il fit le V
De la victoire.
Avec un doigt il appuya sur la gâchette
D’un revolver et se coupa l’oreille.
Il levait l’autre bras pour se rendre mais
L’ennemi ne comprit pas.
Yvon Givert
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La guerre m’a pris dans ses bras rouges
Et m’a bercé
La guerre m’a vu de ses yeux rouges
Et m’a parlé.
Elle m’a dit « veux-tu t’étendre
Auprès de moi
Sur mon grand lit, mon lit de cendres
Mon lit bien froid ? »
Boris Vian
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Où ils font un désert ils disent qu’ils apportent la paix
Tacite
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Le ciel s’est déchiré
Les rues ont disparu
La nuit
La nuit tombe
Sur ces yeux brûlés et desséchés
Sur ces terres en feu
Donnez-moi de l’eau
Oh, donnez m’en
Je préfère mourir.
Tamikitarra (à Hiroshima)
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Peuples infortunés! Jamais consultés, toujours sacrifiés, acculés à des guerres,
obligés à des crimes qu’ils n’ont jamais voulus.
Romain Rolland
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Guerre
L’éternel refrain de l’humanité : encore un petit massacre et tout ira pour le mieux…
Jean Rostand
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La guerre est le témoignage de notre imbécillité.
Michel de Montaigne
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La guerre est un mal qui déshonore le genre humain.
François de Fénelon
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Toutes les guerres sont civiles car c’est toujours l’homme qui répand son propre
sang, qui déchire ses propres entrailles.
François de Fénelon
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La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui
se connaissent et ne se massacrent pas.
Paul Valery
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Il n’y a pas deux morales, celle qui condamne le meurtre en temps de paix et celle
qui le prescrit en temps de guerre.
Roger Martin du Gard
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L’ignoble visage de la guerre sait toujours se maquiller différemment.
Jean Rostand
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La victoire a beau grandir elle ne réussit pas à rattraper les morts.
Jules Romain
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On tue un homme, on est un assassin. On tue des millions d’hommes, on est un
conquérant. On les tue tous, on est un dieu.
Jean Rostand
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Les hommes sont tous frères et ils s’entre-déchirent ; les bêtes farouches sont moins
cruelles. Les lions ne font pas la guerre aux lions ; ils n’attaquent que les animaux
d’espèce différente : l’homme, seul, malgré sa raison, fait ce que les animaux sans
raison ne firent jamais : la guerre.
François de Fénelon
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L’homme est le seul animal qui apprenne à ses jeunes à tuer ses semblables.
Théodore Monod
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De tout temps les hommes, pour quelque morceau de terre de plus ou de moins,
sont convenus entre eux de se dépouiller, se brûler, se tuer, s’égorger les uns les
autres. Et pour le faire plus ingénieusement et avec plus de sûreté ils ont inventé de
belles règles qu’on appelle l’art militaire.
Jean de la Bruyère
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Nous n’irons plus au bois la colombe est blessée
Nous n’allons pas au bois nous allons la tuer.
Jacques Brel
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Ennemis
L'ennemi est bête : il croit que c'est nous l'ennemi alors que c'est lui !
Pierre Desproges
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L’ennemi devient le dépositaire de la mort que nous avons projetée sur lui. Nous
préférons l’affronter sur celui que nous déclarons être notre ennemi. La violence est
la grande illusion de l’homme: en tuant l’ennemi il croit se sauver de la mort.
Jacques Semelin
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N’importe où, en quinze jours, une campagne de presse peut exciter une population
incapable de jugement à un tel degré de folie que les hommes sont prêts à s’habiller
en soldats pour tuer ou se faire tuer.
Albert Einstein
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La guerre est un processus paranoïde qui revient à cette équation : ta mort c’est ma
vie. La conflagration atomique place les hommes devant une nouvelle équation : ta
mort c’est ma mort. D’où la nécessité de trouver une équation totalement inédite : ta
vie c’est ma vie.
Franco Fornari
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Ne vous alignez pas sur le comportement qu’ont vos ennemis. Inventez autre chose.
Dans tout ennemi se cache un ami en puissance, ne vous acharnez pas sottement à
rendre coup pour coup. Encaissez une grêle de coups, laissez les sans réponse, ce
qui vous permettra au moment décisif, sur le terrain immense que vous aurez atteint
en fuyant les espaces réduits, de porter le grand coup. Ce coup définitif ne tue pas
l’ennemi. Il le laisse étourdi jusqu’à le transformer en un nouvel ami.
Jean Cardonnel
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Vous avez appris qu’il a été dit : tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh
bien ! Moi je vous dis : Aimez vos ennemis, priez pour vos persécuteurs. (…)
Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil et dent pour dent. Eh bien ! Moi je vous
dis de ne pas tenir tête au méchant : au contraire, quelqu’un te donne-t-il un soufflet
sur la joue droite, tends lui encore l’autre. (…)
Evangile selon Saint-Mathieu
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Il suffit de se tenir au bord de la rivière pour voir passer les cadavres de ses
ennemis. L’âge venu tout le monde peut en faire l’expérience.
Proverbe de France
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En opposant la haine à la haine on ne fait que la répandre en surface comme en
profondeur.
Mohandas Gandhi
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Haïr fatigue.
Jean Rostand
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Œil pour œil et le monde finira aveugle.
Mohandas Gandhi
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D’un point de vue mondial la disparition de la bipolarité qui était politique,
idéologique, militaire n’a pas simplifié les choses. Le diable n’est plus à l’Est, il est à
l’intérieur des démocraties.
Brosnislaw Geremek
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Aimez vos ennemis non parce qu’ils sont vos frères mais pour qu’ils le deviennent.
Aujourd’hui, déjà, dans ce monde.
André Laudouze
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La fabrication de l’image d’un nouvel ennemi a, entre autres, pour objectifs de
renforcer un ordre interne et de justifier des dépenses d’armement.
JML
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Course aux armements
Si nous ne nous occupons pas de la course aux armements la course aux armements s’occupe de nous. Chaque jour en 2021 près de 6 milliards de dollars partent dans cette forme de course à la mort.
Les rouages psychologiques, idéologiques, institutionnels, juridiques, politiques et militaires représentent l’armature de cette machine infernale. Les rouages économiques, financiers, technologiques et scientifiques constituent le cœur de celle-ci.
Un des plus grands mensonges du XXème siècle et des débuts du XXIème consiste à faire croire aux populations que l’on peut ralentir ou arrêter cette machine gigantesque en intervenant uniquement au niveau de négociations politiques sans s’attaquer aussi au cœur de la course.
Les contre mécanismes s’appellent l’éducation à la paix, des alternatives de défense, des traités de désarmement mais aussi des reconversions des systèmes scientico militaro industriels, une réorientation des dépenses d’armements vers les besoins criants d’environnement, de santé, d’alimentation ?une interdiction des recherches scientifiques sur les armes de destruction massive .
Il faut en appeler à la survie, au sursaut, à la prise de conscience du sens de l’abîme, il faut mettre en œuvre des moyens pacifiques en même temps que des moyens démocratiques, justes et écologiques.
JML
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Armes
Plus que tout autre le pouvoir de la mort est corrupteur. Celui qui prolonge son bras
par une arme peut éprouver un sentiment de puissance qui l’amène bien souvent à
se prendre pour un être supérieur.
Alain Gesmar
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Fabriquer des armes c’est déjà faire des millions de victimes.
Courrier de l’UNESCO
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Se servir des armes pour maintenir la paix c’est comme se servir de son sexe
comme moyen contraceptif.
Un graffiti
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Vers la fin d’un discours extrêmement important
Le grand homme d’Etat trébuchant
Sur un belle phrase creuse
Tombe dedans
Et désemparé la bouche grande ouverte
Haletant
Montre les dents
Et la carie dentaire de ses pacifiques raisonnements
Met à vif le nerf de la guerre
La délicate question d’argent.
Jacques Prévert
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Armes nucléaires
La puissance déchaînée de l’atome a tout changé, sauf nos modes de penser.
Albert Einstein
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Et quand tout le monde aura tué tout le monde les machines parleront des hommes
machinalement comme les hommes parlaient des dieux.
Jacques Prévert
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Si les forces de frappe se multiplient on peut hélas prédire qu’il n’y aura plus
personne pour les recevoir ni pour les envoyer.
Jean Rostand
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Dans la Rome Antique, le vieux Caton terminait toutes ses harangues par ces mots :
« Et, en outre, je pense que Carthage doit être détruite. » Ainsi, tous, devrions-nous
terminer tous nos discours: « Et, en outre, je pense que la Force de Frappe doit être
détruite ».
Jean Rostand
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Accepter l’arme atomique c’est se rendre complice, par nonchalance ou passivité, du
plus abominable forfait que l’homme ait jamais prémédité contre l’homme.
Jean Rostand
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Les armes nucléaires ne nous apportent rien d’autre que l’équilibre de la terreur et la
terreur, même en équilibre, c’est encore de la terreur.
George Wald
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L’œil était dans la bombe et regardait tout le monde.
Jacques Prévert
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Regardez vos enfants jouer avant, avant que leur sang tourne, avant qu’ils brûlent à
petit feu.
Vous avez peur qu’ils se mouillent les pieds, pauvres petits ! Vous avez peur qu’ils
prennent froid, qu’ils manquent leurs examens ! Mais des plaies savantes que leur
préparent les chipoteurs d’atomes vous n’avez nul souci, n’est-ce pas ?
Lanza del Vasto
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Mères des hommes et pères des bombes. Aux femmes la bambinette, aux hommes
la bombinette.
Odette Thibault
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Les hommes d’Etat qui font expérimenter des armes atomiques et prévoient leur
utilisation dans une guerre sont des criminels de guerre en puissance et des
criminels de paix en acte.
Jean Rostand
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Veille de fin des temps
Equilibrer les terreurs c’est préparer la paix, non pas celle des vivants mais celle des
tombeaux.
Jean Rostand
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La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. (…)
Ce n’est plus une prière mais un ordre qui doit monter des peuples vers les
gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison.
Albert Camus
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Quelles armes utiliseraient les hommes au cours de la troisième guerre mondiale? Je
l’ignore, mais je sais que celles de la quatrième seront les massues.
Albert Einstein
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Les survivants envieront les morts.
Nikita Khroutchev
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A la prochaine guerre la Terre peut sauter. Cette fin absurde laisserait en suspens
pour toujours des problèmes qui font depuis dix mille ans nos soucis. Chaque matin
nous savons désormais que nous pouvons être à la veille de la fin des Temps.
(…) L’humanité toute entière si elle continue de vivre ce ne sera pas simplement
parce qu’elle est née mais parce qu’elle aura décidé de prolonger sa vie.
Jean-Paul Sartre
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Conte philosophique . Les voix du silence.
L’énergie atomique enchaînée s’est finalement déchaînée et a détruit toute vie
humaine sur la planète. Seul un habitant d’un gratte-ciel de Chicago en a réchappé.
Après avoir mangé et bu ce qu’il y avait dans son frigidaire, lu, vu et entendu sa
bibliothèque idéale, son musée imaginaire et sa discothèque réelle, désespéré de ne
pas se voir mourir, il décide de se supprimer et du haut du quarantième étage se
jette dans le vide. Juste au moment où il passe devant l’appartement du premier
étage, il entend sonner le téléphone.
Kostas Axelos
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Tous les espoirs sont permis à l’homme, même celui de disparaître.
Jean Rostand
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Face à la guerre
Ce que la guerre m’a apporté ? Le désir de ne plus la revoir. Un homme doit résister
de toute son âme à la violence toujours prête à se déchaîner en chacun et à envahir
toute la terre.
Jacques de Bollardière
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L’homme tardera-t-il à comprendre qu’il a mieux à faire sur son petit globe qu’à
échanger des menaces et équilibrer des terreurs ?
Jean Rostand
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En dépit des chauvinismes et des fanatismes nous sommes tous fraternisés,
solidarisés, depuis Hiroshima, par les périls communs.
Jean Rostand
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La guerre ne demande pas seulement une condamnation, elle exige une alternative.
Jean-Marie Muller
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S’armer signifie non pas apprendre à organiser la paix mais dire oui à la guerre et la
préparer.
Albert Einstein
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La puissance déchaînée de l’atome a tout changé sauf nos modes de pensée et
nous glissons ainsi vers une catastrophe sans précédent. Une nouvelle façon de
penser est essentielle si l’humanité doit survivre.
Albert Einstein
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Plus d’armes citoyens !
Rompez vos bataillons !
Chantons, chantons
Et que la Paix
Féconde nos sillons !
Marseillaise de la paix
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Destruction humaine de masse
Elle est le résultat d’une politique volontaire d’anéantissement d’une collectivité
humaine par la mise en œuvre de moyens techniques et organisationnels plus ou
moins efficients selon les époques et les systèmes de civilisation.
Jacques Semelin
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L’ethnocide
C’est la destruction délibérée d’une culture, le plus souvent dans le but d’exploiter
économiquement et politiquement ses membres. Il conduit à la destruction physique
partielle des membres de cette culture, il va souvent de pair avec des massacres.
Jacques Semelin
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Le massacre
Il peut être commandé ou spontané, méthodique ou non mais, par définition, il est
toujours limité. Sa finalité n’est pas de détruire le groupe-victime en tant que tel mais
de créer en son sein un effet de terreur de nature à faciliter sa soumission ou à
l’inciter à fuir un territoire donné. Le massacre est au service d’une stratégie de
conquête ou de mise en esclavage de populations. On le retrouve dans toutes les
formes de guerres : de la guerre antique à la guerre moderne, en passant par la
guerre coloniale.
Jacques Semelin
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L’épuration de masse
Si la finalité du massacre peut être aussi bien interne qu’externe, la technique de
l’épuration est fortement liée à la gestion intérieure des peuples. Elle vise à
consolider, renforcer, accroître le pouvoir de ceux qui la décident et qui, par là même,
révèlent le caractère tyrannique de leur régime. L’épuration de masse répond
souvent à des critères idéologiques en s’abattant sur des groupes politiques, des
catégories économiques ou des classes sociales particulières. La logique de
l’épuration (sélection, regroupement, déportation) est proche de la logique du
génocide même si elle n’a pas pour objet l’éradication des populations visées. Les
chiffres des morts des grandes épurations de masse rivalisent avec ceux des grands
génocides et parfois les dépassent.
Jacques Semelin
————————————–
Le génocide
Celui-ci est toujours un ethnocide, un massacre, une épuration et en même temps il
est plus que tous ces éléments réunis. Il a pour finalité la destruction totale du
groupe-victime. La spécificité du génocide réside dans la volonté de détruire
totalement une collectivité humaine définie en tant que telle.
Jacques Semelin
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Définitions juridiques du génocide, des crimes contre l’humanité, des crimes de
guerre :
La définition du génocide se réfère « aux actes criminels, commis en temps de
guerre ou de paix, dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe
national, ethnique, racial ou religieux ».
Article 2, Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide.
du 9/12/1948
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Les crimes contre l’humanité sont constitués par « l’assassinat, l’extermination, la
réduction en esclavage, la déportation ou tout autre acte inhumain contre toutes
populations civiles, ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou
religieux lorsque ces actes ou ces persécutions sont commis à la suite d’un crime
contre la paix ou d’un crime de guerre, ou en liaison avec ces crimes ».
Article 6, Tribunal militaire international de Nuremberg. 8 août 1945.Article 7 du Statut de la Cour pénale internationale
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Crimes contre l’humanité
1- Aux fins du présent statut on entend par crime contre l’humanité l’un quelconque
des actes ci-après lorsqu’il est commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou
systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette
attaque :
a- Meurtre ;
b- Extermination ;
c- Réduction en esclavage ;
d- Déportation ou transfert forcé de population ;
e- Emprisonnement ou autre forme de privation grave de liberté physique en
violation des dispositions fondamentales du droit international ;
f- Tortures ;
g- Viols, esclavage sexuel, prostitution forcé, grossesse forcé ou toute autre forme
de violence sexuel de gravité comparable ;
h- Persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs
d’ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste au sens du
paragraphe 3, ou en fonction d’autres critères universellement reconnus comme
inadmissibles en droit international, en corrélation avec tout acte visé dans le présent
paragraphe ou tout crime relevant de la compétence de la Cour ;
i- Disparitions forcées de personnes ;
j- Crime d’apartheid ;
k- Autres actes inhumains de caractère analogues causants intentionnellement de
grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé
physique ou mentale.
Statut de la Cour Pénale Internationale Article 7, paragraphe 1. 1998, entré en
vigueur en 2002.
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Les crimes de guerre
Ce sont « des infractions graves au droit international humanitaire
applicable en cas de conflit armé ». Ces infractions graves sont celles qui comportent
l’un ou l’autre des actes suivants, s’ils sont commis contre des personnes ou des
biens protégés par les Conventions complétées par le Protocole : l’homicide
intentionnel, la torture ou les traitements inhumains, la déportation, la détention
illégale, le fait de contraindre une personne protégée à servir dans les forces armées
de la Puissance ennemie, ou celui de la priver de son droit d’être jugée
régulièrement et impartialement, la prise d’otages… De même lorsqu’ils entraînent la
mort ou causent des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé : les
attaques de la population civile, des biens civils. (…)
Article 50, Convention I du 12/08/1949, art. 61 Convention II, art. 130 Convention III,
art. 147 Convention IV, art. 11 et 85 du Protocole I de 1977
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5-Les violences
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Manifestations des violences
Hiroshima, Auschwitz, le Goulag signent la tragédie de ce siècle. La violence
moderne a atteint le seuil de la démesure. Certes les massacres de Gengis Khân ou
d’Alexandre le Grand n’étaient pas de tendres épisodes de notre histoire universelle.
Mais aujourd’hui le développement prodigieux des sciences et des techniques a
multiplié par millions son pouvoir de destruction.
Jacques Semelin
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La violence a coutume d’engendrer la violence.
Eschyle
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Il conviendrait au moins de distinguer la violence directe, celle du sang et des morts,
et la violence structurelle, contenue dans les situations d’oppression et de misère. Il
n’y a pas que les armes qui tuent : un système économique injuste, responsable par
exemple de la faim dans le monde est aussi dévastateur que des centaines de
bombes. De même faut-il différencier la violence banale à laquelle on ne fait plus
guère attention tellement elle est intégrée à notre mode de vie, et la violence spectacle
qui, à l’inverse attire le regard et la réprobation.
Jacques Semelin
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Il y a trois niveaux de violence : les violences de destruction telles qu’elles
apparaissent dans toutes les guerres, les violences de répression telles que celles
d’un Etat totalitaire, les violences de persécution qui sont des violences sans fin
puisque même la soumission de la victime n’y met pas de terme.
Jacques Sommet
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Il y a une violence destructrice comme la guerre ou le terrorisme et une violence de
contrôle comme la violence institutionnelle des Etats ou le chantage à la mort
universelle de la situation atomique.
Denise Van Caneghem
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Il y a les « grandes » violences : la guerre, l’exploitation du Sud etc. Il y a aussi les
violences « banales » dont nous sommes les témoins, les victimes… ou les acteurs.
La violence banale c’est l’instrumentalisation des rapports humains : on incorpore la
violence technicienne par exemple par un « traitement mécanique » de l’autre. La
violence banale c’est la violence d’oppression vécue au quotidien : humiliations de
l’autre dans son travail, pression de l’Etat sur le citoyen, dévalorisation des femmes.
La violence banale c’est l’absence de respect des différences : l’adulte qui voudrait
que l’enfant lui ressemble à tout prix. (…)
Jacques Sémelin
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Définitions des violences
La violence c’est le négatif de la tendresse.
Michel Bosquet
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Le langage courant réserve deux sens bien distincts au mot agressivité : une
agressivité-affirmation de soi, synonyme de vitalité, d’énergie, de force et pas
nécessairement de violence; et une agressivité-animosité synonyme d’antipathie, de
malveillance, d’irrespect, de cruauté, voire de haine.
Jacques Sémelin
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Nous proposons d’appeler combativité l’ensemble des combats adaptatifs pour
l’individu et son espèce. La combativité est tout ce qui témoigne d’une parole
circulante ou en gestation, liée à l’amour de la vie. La combativité est un moyen au
service des besoins fondamentaux (faim, sexualité… ) dont dépend la survie de
l’espèce.
Je réserve le mot agressivité à toutes les formes de destructivité liées à l’amour de la
mort et qui, objectivement, accroissent la solitude, la peur de l’autre et de soi.
L’agressivité apparaît comme un sous-produit, un déchet d’une combativité coupée
de ses inhibiteurs, de ses freins naturels et surtout de toute possibilité de
ritualisation. L’agressivité est une fin en soi évoluant vers la destructivité.
Denise Van Caneghem
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Il existe chez l’homme une agressivité bénigne de type adaptatif et une agressivité
maligne orientée vers la destructivité. La première est au service de l’individu et de
l’espèce ; elle est biologiquement adaptative et elle prend fin dès que la menace a
cessé d’exister. La seconde est spécifique de l’espèce humaine et pratiquement
inexistante chez la plupart des mammifères. Elle n’est pas phylo génétiquement
programmée et n’est pas biologiquement adaptative.
Eric Fromm
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La violence apparaît comme une perversion de l’agressivité.
Jean-Marie Muller
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Etymologiquement le mot violence vient du latin « vis » (la force). (…) La violence
consiste dans un emploi de la force pour contraindre l’autre, nier son autonomie, ou
son intégrité physique, ou même parfois sa vie. (…) Elle peut donc être définie par
l’emploi de moyens portant atteinte à la liberté ou à l’existence d’individus ou de
groupes.(…) Elle a souvent été caractérisée comme rupture de l’ordre naturel, ces
liens entre violence et désordre montrent que la violence peut être celle du Refus, et
qu’elle peut être aussi celle de l’Ordre; certains expliquent la première par la
seconde, d’autres la seconde par la première. Il faut sortir de ce cercle et tenter des
explications de la violence.
François Stirn
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Ni l’agressivité, ni la lutte, ni la force ne peuvent être identifiées à la violence. Si
l’agressivité et la force qui s’exercent dans la lutte permettent le règlement du conflit,
la violence au contraire est un dérèglement du conflit. La violence enraye le
fonctionnement du conflit et ne lui permet pas de remplir sa fonction qui est d’établir
la justice entre les adversaires. (…) Le conflit risque alors de ne plus être le moyen
de rechercher une solution juste mais l’élimination de l’adversaire.
Jean-Marie Muller
————————————
La violence est aussi une méthode d’action qui paraît parfois nécessaire soit pour
défendre l’ordre établi lorsqu’il garantit la liberté, soit pour combattre le désordre
établi lorsqu’il maintient l’oppression. La violence en effet peut être employée au
service de causes justes, mais elle n’en devient pas juste pour autant. (…) Mais
parce qu’elle est aussi une méthode d’action sur laquelle se fondent des stratégies,
la violence ne mérite pas seulement une condamnation, elle exige une alternative.
Jean-Marie Muller
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Les analyses des causes des violences
Il n’existe pas aujourd’hui une et une seule théorie capable d’expliquer toutes les
formes de violence. La violence a plusieurs visages engendrés par des processus
très distincts. On ne peut pas expliquer avec les mêmes concepts la violence du
criminel, la violence d’une foule en délire et la violence d’une agression militaire.
Jacques Sémelin
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Les analyses extra-historiques sont globalement moins importantes aujourd’hui, à
l’exception de celle liée à la nature humaine mauvaise à laquelle se réfèrent
beaucoup d’auteurs et aussi de personnes dans le langage courant. Les analyses
historiques sont fréquentes aujourd’hui, en particulier celles économiques mais aussi
celles liées à l’agressivité acquise.
Il existe de nombreuses analyses de violences que l’on peut répartir ainsi :
– des analyses extra-historiques : la violence en général et la guerre en particulier
sont des phénomènes indépassables, immuables, qui existeront aussi longtemps
que l’être humain existera. Dans ces analyses le poids de la fatalité est généralement
important.
Les violences sont fatalement des interventions de l’au-delà, ou des manifestations
d’une réalité universelle et éternelle, ou des transgressions du sacré, ou des
conséquences d’une nature humaine mauvaise.
– des analyses pouvant plus ou moins basculer dans des visions extra-historiques ou
historiques : les violences représentent des sacrifices de boucs émissaires ou
traduisent des positions paranoïdes collectives.
– des analyses historiques : elles mettent en avant le fait que les violences sont
dépassables, modifiables, elles ont des causes historiques. Les violences sont des
produits de l’agressivité acquise (peurs, concurrences, soumissions), ou de situations
économiques (injustice, rareté), ou d’autres situations qui ont une histoire et que l’on
peut plus ou moins modifier (causes démographiques, politiques etc…).
JML
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Dans les analyses extra-historiques la violence en général et la guerre en particulier
n’ont pas d’histoire. Ce sont des phénomènes indépassables, qui existeront aussi
longtemps que l’être humain.
Pour certains les violences correspondent à des
interventions de l’au-delà, par exemple pour Joseph de Maistre la guerre a pour
cause la volonté divine.
Pour d’autres la violence est à l’image du désordre
cosmique, du chaos qui existera toujours, l’univers a des structures violentes. Pour
d’autres la violence est liée à la lutte des contraires : vie et mort, paix et guerre, par
exemple pour Héraclite chaque réalité n’existe qu’en s’opposant à son contraire, la
violence a quelque chose de fertile, c’est elle qui produit le devenir.
Pour d’autres encore la violence est liée à la condition humaine, celle-ci, dira par exemple Hegel,est fondée sur la conscience vers la liberté mais cette conscience signifie désir, c’est
ce désir qui est source de violence puisque l’on veut être reconnu par l’autre.
Pour d’autres, enfin, la violence correspond à une transgression du sacré, ainsi Georges
Bataille qui explique que divers types de transgressions (la fête, la violence… ) vont
relier les êtres humains au Sacré alors que les interdits (inceste, meurtre… ) les en
écartent.
Enfin et surtout beaucoup d’auteurs et de personnes dans le langage courant
mettent en avant des explications fondées sur la nature humaine : la violence est
naturelle, elle repose sur des pulsions agressives, sur un instinct de mort. Chaque
auteur resitue la violence dans sa propre pensée.
L’hypothèse d’une tendance naturelle à la destruction se retrouve chez Hobbes en
passant par Freud pour arriver jusqu’à Lorenz (« De l’agression ») ou Ardrey (« Le
territoire »). Ainsi par exemple la guerre serait, pour certains auteurs, le résultat
d’une contrainte instinctive, d’une fatalité biologique. Cette idée selon laquelle la
violence est indépassable puisque inscrite dans nos gênes contribue à la fatalité : ce
sera toujours comme çà, on n’y peut rien.
D’autres analyses sont intermédiaires : elles peuvent être interprétées de façon extra
historique ou historique.
Pour certains la violence représente le sacrifice du bouc
émissaire. Toute société reposerait sur un meurtre, sur un sacrifice : grâce au
détournement de la violence de tous sur un seul il y aurait réconciliation aux dépens
de l’être sacrifié. Dans « la violence et le sacré » René Girard analyse « ce cercle
vicieux de la vengeance qui pèse sur les sociétés primitives » et qui rend possible la
violence réciproque, d’où cette violence unanime du sacrifice qui est censée rétablir
la paix. Si l’on analyse, comme le fait aussi René Girard, ce mécanisme dans son
histoire on s’aperçoit par exemple qu’aujourd’hui il est en train de se casser puisque,
loin d’être stoppée, la violence se développe. Dans le cas par exemple de la bombe
atomique il ne s’agit plus de tuer un individu ou plusieurs pour que les autres vivent,
son utilisation peut tuer tout le monde.
Pour d’autres auteurs certaines violences
reposent en particulier sur la paranoïa et la dépression collectives. Franco Fornari,
dans « Psychanalyse de la situation atomique » tend à dire que l’histoire individuelle
va imprégner l’histoire collective : ainsi c’est la position paranoïde qui pousse à
déclarer la guerre et c’est la position dépressive qui entraîne son acceptation.
Les analyses historiques sont celles dans lesquelles la violence en général et la
guerre en particulier ont une histoire. Ce sont des phénomènes dépassables , ce sont
des produits de l’histoire des êtres humains.
Les analyses économiques des violences sont nombreuses : elles vont de Rousseau qui dénonce la propriété en
passant par Marx qui accuse l’appropriation capitaliste jusqu’à Jean-Paul Sartre qui
met en cause la rareté pour arriver jusqu’à nos jours où Johan Galtung dénonce les
violences économiques structurelles, où Helder Camara met en cause « l’injustice,
mère de toutes les violences ».
Certaines analyses sociologiques mettent en avant par exemple le fait que la possibilité permanente de recourir à la guerre est un moyen d’assurer la subordination des citoyens, d’autres analyses par rapport à cette forme de violence qu’est la guerre veulent montrer des liens qui existeraient entre les tensions démographiques et l’agressivité guerrière : Gaston Bouthoul proposait une prévention par le « désarmement démographique ».
Aujourd’hui des analyses des conflits armés mettent en avant des causes géostratégiques, ethniques, religieuses,
économiques etc., dont les articulations sont variables entre elles et avec des
mécanismes de mondialisation.
Enfin, il faut remarquer que, face aux théories relatives à la nature humaine biologiquement agressive, les théories relatives à l’agressivité acquise se sont beaucoup développées : Henri Laborit a montré que les comportements agressifs sont le plus souvent le résultat d’un apprentissage de la compétition et qu’il faut donc « les transformer par la socio-culture ». Stanley Milgram montre que « l’obéissance est pourvoyeuse de violences et de guerres », plus on est intégré dans une structure plus on obéit aux ordres, même contre sa conscience par
exemple à travers la torture. Simone de Beauvoir souligne, dans « Le deuxième
sexe », que si le petit garçon est généralement plus agressif que la petite fille c’est
que depuis leur plus jeune âge on a répété au garçon qu’il était courageux de se
battre et fait comprendre à la fille qu’elle devait être tendre et… soumise. Margaret
Mead a montré que sur un même territoire trois sociétés voisines ont déterminé des
conduites très différentes par un « modelage » de l’enfant. Bref : même si
l’agressivité a certaines bases biologiques cette agressivité va se trouver canalisée
ou renforcée par des types d’apprentissage et d’éducation, le manifeste de Séville va
dans ce sens.
JML
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Nous, auteurs de ce Manifeste, nous sommes des scientifiques originaires de bien
des pays, du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest. Le Manifeste a été adopté et
publié par de nombreuses organisations de scientifiques du monde entier,
notamment par des associations d’anthropologues, d’éthologues (spécialistes des
comportements des espèces animales), de physiologistes, de politologues, de
psychiatres, de psychologues et de sociologues.
Nous avons étudié le problème de la guerre et de la violence avec les méthodes
scientifiques d’aujourd’hui. Nous savons bien qu’aucun savoir n’est jamais définitif, et
qu’un jour ou l’autre on en saura davantage. Mais il relève de notre responsabilité de
dire bien haut ce que nous savons en nous fondant sur les dernières informations
dont nous disposons.
Certains soutiennent que la violence et la guerre ne cesseront jamais, parce qu’elles
sont inscrites dans notre nature biologique. Nous disons que ce n’est pas vrai. De
même a-t-on soutenu autrefois que l’esclavage et la domination fondée sur la race
ou le sexe étaient inscrits dans la biologie humaine. Quelques-uns ont même
prétendu pouvoir le prouver. Nous savons aujourd’hui qu’ils se trompaient.
L’esclavage a été aboli, et tout est mis en oeuvre aujourd’hui pour mettre fin à la
domination fondée sur la race et le sexe.
Cinq propositions du Manifeste de Séville :
Il est scientifiquement incorrect de dire que l’on ne pourra jamais supprimer la
guerre parce que les animaux font la guerre, et que l’homme est semblable à
l’animal. Primo, ce n’est pas vrai : les animaux ne font pas la guerre. Secundo, ce
n’est pas vrai : nous ne ressemblons pas en cela aux animaux. Contrairement à
ceux-ci, nous, êtres humains, avons une culture, et cette culture, nous pouvons la
faire évoluer. Telle culture qui a connu la guerre à telle époque peut changer et vivre
en paix avec les autres cultures à une autre époque.
Il est scientifiquement incorrect de dire que l’on ne pourra jamais supprimer la
guerre parce qu’elle fait partie intégrante de la nature humaine. Les controverses sur
la nature humaine ne prouveront jamais rien, parce que la culture humaine nous
confère la capacité de modeler et de transformer notre nature d’une génération à
l’autre. Il est vrai que les gènes qui sont transmis, dans l’oeuf et le sperme, des
parents aux enfants, influent sur notre manière d’agir. Mais il est tout aussi vrai que
nous subissons l’influence de la culture au sein de laquelle nous grandissons, et que
nous pouvons prendre la responsabilité de nos actes.
Il est scientifiquement incorrect de dire que l’on ne peut mettre fin à la violence
parce que les gens et les animaux violents vivent mieux et ont plus d’enfants que les
autres. Tout indique au contraire que le bien-vivre est directement lié, pour les êtres
humains comme pour les animaux, à la capacité de coopérer.
Il est scientifiquement incorrect de dire que nous sommes portés à être violents du
fait de notre cerveau. Le cerveau est une partie du corps, comme les jambes et les
mains. On peut se servir de sa tête ou de ses mains pour oeuvrer avec autrui, ou
pour exercer la violence. Le cerveau étant le support physique de l’intelligence, il
nous donne la possibilité de penser à ce que nous voulons faire et à ce que nous
devrions faire. Et puisqu’il a une grande aptitude à apprendre, il nous est possible
d’inventer de nouvelles façons de faire les choses.
Il est scientifiquement incorrect de dire que la guerre est un phénomène
« instinctif ». Les scientifiques n’emploient plus guère le terme « instinct », parce qu’il
n’est pas un seul aspect de notre comportement qui soit si déterminé qu’il ne puisse
être modifié par l’apprentissage. Certes, nous avons tous des émotions et des
pulsions – la peur, la colère, le désir sexuel, la faim -, mais chacun d’entre nous est
responsable de la manière dont elles s’expriment. Dans la guerre moderne, les
décisions et les actions des généraux et des soldats n’ont pas d’ordinaire un
caractère émotionnel : les combattants font tout simplement leur métier, comme ils
ont appris à le faire. Aux soldats que l’on forme à faire la guerre, et aux populations
que l’on appelle à la soutenir, on apprend à haïr et à craindre un ennemi désigné.
Toute la question est de savoir pourquoi les uns et les autres sont ainsi formés et
conditionnés par les responsables politiques et les médias.
Nous proclamons en conclusion que la guerre et la violence ne sont pas une fatalité
biologique. Nous pouvons mettre fin à la guerre et aux souffrances qu’elle entraîne.
Non par des efforts isolés, mais en menant une action commune. Si chacun de nous
pense que c’est possible, alors c’est possible. Sinon, nous n’essaierons même pas.
Nous pouvons inventer la paix. Nous avons tous, chacun à notre place, notre rôle à
jouer.
Manifeste de Séville. Mai 1986- Initiative de l’UNESCO
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La violence structurelle se maintient par l’absence d’un partage équitable des fruits
de la société internationale et par l’absence d’une participation égale des citoyens
aux prises de décision dans leur propre pays.
Johan Galtung
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Très souvent on ne sait pas régler nos conflits. Soit on utilise la violence
d’oppression en imposant sa loi, soit on accepte la violence de soumission en
renonçant à ce que l’on juge être essentiel.
Il faudrait arriver à trouver ensemble dans la confrontation le respect des personnes, des solutions justes.
JML
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6-Les rapports entre les fins et les moyens
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La fin est dans les moyens comme l’arbre est dans la semence.
Mohandas Gandhi
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Le système de la mondialisation productiviste contribue à des confusions entre les
moyens et les fins.
En premier lieu, il y a une transformation de moyens en fins. La science est source
de découvertes, elle mobilise pour le meilleur mais aussi pour le pire et ses dérives
ne sont pas sans risques et sans drames. Le marché est sources d’échanges, de
besoins satisfaits mais aussi de désillusions, d’inégalités, de misères, de gaspillages.
La technologie et le marché qui, pensaient beaucoup de personnes, devaient être au
service des êtres humains, ne sont-ils pas souvent considérés et devenus des fins en
eux-mêmes ?
En second lieu, il y a une utilisation des fins en moyens. Les êtres humains et
l’ensemble des êtres vivants, ne tendent-ils pas à être plus ou moins ramenés à l’état
d’instruments, de simples moyens au service du marché, de l’argent, de la techno
science ?
JML
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Il faut donc résister et construire.
En premier lieu, résister face aux confusions entre les fins et les moyens, autrement
dit contrôler les moyens c’est-à-dire mettre la techno science et le marché au service
des êtres humains. Il faut aussi respecter les fins c’est-à-dire les êtres humains en
personnes, en peuples, en humanité (générations passées – patrimoine culturel –
présentes et à venir).
En second lieu, construire des fins et des moyens humainement acceptables. Il faut
que les moyens pensés et mis en œuvre correspondent aux fins qui ont pour noms
démocratie, justice, respect de l’environnement et paix.
JML
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Il ne faut pas laisser nos moyens de vivre compromettre nos raisons de vivre.
Hubert Beuve-Méry
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Les bonnes causes ne justifient pas les mauvais moyens mais ce sont les mauvais
moyens qui gâtent les meilleures causes.
Lanza del Vasto
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Agis de telle sorte manière que tu serves l’humanité, soit dans ta personne, soit dans
la personne de tout autre, toujours comme une fin et jamais purement comme un
moyen.
Emmanuel Kant
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Alors que, pour la non-violence, tout homme est une fin, le mépris d’autrui implique
un comportement qui peut conduire un individu à traiter autrui comme un pur moyen.
François Vaillant
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Cette cohérence entre la fin et les moyens doit être recherchée à la fois comme une
exigence de la moralité de l’action et comme exigence de son efficacité.
Jean-Marie Muller
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Agis de telle sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la
permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre.
Hans Jonas
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On entend dire « les moyens, après tout, ne sont que des moyens ». Moi je vous
dirai plutôt : « tout, en définitive, est dans les moyens. La fin vaut ce que valent les
moyens. Il n’existe aucune cloison entre les deux catégories » (…) Votre grande
erreur est de croire qu’il n’y a aucun rapport entre la fin et les moyens (…)
Les moyens sont comme le grain et la fin comme l’arbre. Le rapport est aussi
inéluctable entre la fin et les moyens qu’entre l’arbre et la semence. Ceux qui, au
contraire, s’abaissent à employer n’importe quel moyen pour arracher une victoire ou
qui se permettent d’exploiter d’autres peuples ou d’autres personnes plus faibles,
ceux-là non seulement se dégradent eux-mêmes, mais aussi toute l’humanité. Qui
pourrait donc se réjouir de voir l’homme ainsi bafoué ?
Mohandas Gandhi
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