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Billet de blog 24 août 2018

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ENVIRONNEMENT: LES CAUSES DE LA DEBACLE MONDIALE (I) (les explications partielles)

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ENVIRONNEMENT : LES CAUSES DE LA DEBACLE MONDIALE

L’auteur de cet article est  ancien responsable du Master de droit international et comparé de l’environnement,    auteur en  particulier de « Construire la paix » ,éditions de  la  Chronique sociale , et  du « Droit international de l’environnement » ,éditions Ellipses, auteur d’un  blog sur Mediapart  et d’un  site « au trésor des souffles »

Le péril majeur pour l’humanité ne provient pas d’un régime, d’un parti, d’un groupe ou d’une classe. Il provient de l’humanité elle-même dans son ensemble qui se révèle être sa pire ennemie et celle du reste de la création. C’est de cela qu’il faut la convaincre si nous voulons la sauver. Claude Lévi-Strauss (L’Express va plus loin avec Claude Lévi-Strauss, 25-31 mars 1971.)

  L’humanité entière est confrontée à un ensemble entremêlé de crises qui, à elles toutes,     constituent   la Grande Crise d’une humanité qui n’arrive pas à accéder à l’Humanité. Edgar Morin(Le chemin de l’espérance, Stéphane Hessel,  Edgar Morin, Fayard, 2011.

Passer de l’homme aux groupes familial, régional, national, international résulte d’une progression quantitative ; accéder à l’Humanité‚ suppose un saut qualitatif. Dès lors qu’il est franchi, elle doit, elle-même, jouir de droits faute de quoi les hommes perdraient les leurs. René Jean Dupuy (La clôture du système international. La cité terrestre, puf 1989)

L’enjeu est dramatiquement simple : les quelques générations à venir auront-elles le temps et les volontés de ralentir, d’enrayer puis de remettre en cause la machine infernale des apocalypses environnementales ?

Le plus terrible de cette dégradation gravissime, de cet effondrement en voie de généralisation, en un mot  de ce que l’on peut appeler une véritable   débâcle environnementale, ce sont bien sûr les drames et les souffrances des victimes  passées, présentes et à venir, êtres humains et autres êtres vivants. (Voir sur ce blog « Les manifestations de la dégradation mondiale de l’environnement », « Les catastrophes écologiques », « L’assistance écologique », « Les déplacés environnementaux », « Les générations futures et nous ».)

(Voir aussi notre ouvrage, Jean-Marc Lavieille,  écrit pour cette 4ème édition en collaboration avec Hubert Delzangles et Catherine Le Bris, «  Droit international de l'environnement », Ellipses, 2018).

Beaucoup de personnes n’ont pas l’envie ou la patience ou le temps ou les moyens de s’interroger sur les véritables causes de la débâcle écologique.

 Elles les confondent d’ailleurs souvent avec les effets  de cette débâcle et pensent qu’il s’agit du  réchauffement climatique, de la disparition des espèces, de la raréfaction de l’eau, des  pollutions de l’air, des sols et des océans ... Or ces effets ont des causes même si , à leur tour, ils produisent problèmes, drames et menaces.

 Pour analyser la machine infernale  que constitue cette dégradation il faut peut-être une forme de  courage intellectuel , celui d’ oser regarder en face cette machine terricide et humanicide. C’est là « le pessimisme de l’intelligence», il est impératif de le prendre en compte si l’on veut s’attaquer  aux causes (et aussi  ne pas  mentir aux autres et à soi-même).Doit pouvoir l’accompagner « l’optimisme de la volonté », il en faut beaucoup  parce qu’il  réduit à la cuisson.

(Voir sur ce blog « Les fondements de la protection mondiale de l’environnement », « Les moyens de la protection mondiale de l’environnement.»)

« Il faut avoir à la fois le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté ».Cette pensée de Gramsci est porteuse, pourquoi? Le pessimisme de l’intelligence permet d’avoir les yeux,  les esprits et les cœurs ouverts  sur  des logiques profondes. L’optimisme de la volonté permet d’avoir les mains,  les cœurs et les esprits  à l’ouvrage. Et finalement, avec nos forces et nos faiblesses, ne faut-il pas essayer de faire en sorte  que pessimisme de l’intelligence et optimisme de la volonté marchent côte à côte, s’interpellent, se complètent, se soutiennent, s’inclinent l’un vers l’autre, deviennent un couple de combat ?

Des éléments aggravants ne s’ajoutent-ils pas aux causes constituant  un  ensemble de logiques très difficiles-voire impossibles ?-à démonter dans le temps qui reste avant une multitude d’irréversibilités écologiques?

Le Programme des Nations Unies pour l’environnement(PNUE), dans son rapport GEO 2000 sur « l’avenir de l’environnement mondial », affirme : « Des efforts sont faits pour enrayer la dégradation de l’environnement  mais on admet également qu’ils sont trop peu nombreux et bien trop tardifs(…)Les améliorations et les progrès seront vraisemblablement réduits à néant par le rythme et l’ampleur de la croissance économique au niveau mondial, par l’aggravation générale de la pollution du milieu et par la dégradation accélérée des ressources renouvelables de la planète. »  Les autres rapports, par exemple  GEO 5 en 2012, vont dans le même sens.

 Le directeur de la division de la mise en œuvre des politiques d’environnement du PNUE avait bien résumé la situation (23 octobre 2000, préparation du programme pour le droit de l’environnement 2000-2010) : « Malgré les efforts constructifs déployés par la communauté internationale au cours des trente dernières années, l’environnement et la base des ressources naturelles qui entretenaient la vie sur Terre continuent à se détériorer à une cadence alarmante. »

Ainsi le qualificatif est clair : la rapidité de la dégradation est « alarmante ». C’est déjà beaucoup plus « qu’inquiétant », çà n’est pas encore une rapidité terrifiante et irrésistible mais la pente la plus forte n’y conduirait-elle pas ?

Partons d’une énumération simple et rapide, mais  finalement partielle (?),  des causes qui peuvent venir à l’esprit et qui  participent à la débâcle écologique, insistons ensuite sur une vision globale plus complexe, celle d’un système qui porte en lui des mécanismes de destruction environnementale, puis soulignons  les logiques profondes de ce système qui portent atteinte à la protection de l’environnement, terminons enfin par les facteurs aggravants de cette débâcle écologique, facteurs qui, pour certains d'entre eux,  ont très probablement quelque chose de terrifiant.

Nous envisagerons  tour à tour quatre points :

Environnement : les explications partielles de la débâcle (I),

Environnement : la cause globale de la débâcle (II),

Environnement : les logiques profondes de la débâcle (III),   

Environnement : les facteurs aggravants de la débâcle (IV).

  I- ENVIRONNEMENT: LES EXPLICATIONS PARTIELLES  DE LA DEBACLE MONDIALE

Dans ces causes qui peuvent venir facilement à l’esprit nous distinguerons les causes dominantes(A) puis les causes importantes(B).

A- Les causes dominantes de la débâcle écologique mondiale

Elles sont au moins au nombre de deux.

 1-La surconsommation d’une partie de la population mondiale, une cause dominante de la débâcle écologique

En premier lieu existe une surconsommation d’une forte minorité des habitants de la planète (de l’ordre de 1,5 à 2 milliards ( ?  ) sur   près de  7,7 milliards d’habitants). Les économies des pays développés, et déjà en partie des  pays émergents, sont  dévoreuses  d’énergie, de matières premières et produisent d’énormes quantités de déchets et de polluants.

 Les modes de production, de consommation, de transports n’ont pas été, à ce jour, remis en cause massivement et radicalement. Le seul exemple des Etats-Unis est criant: ils ont produit 20% des émissions de CO2 depuis 1850, en 2015 15% , alors que  leur population représente 4% de la population mondiale. (La Chine en 2015 représente 28% des émissions de CO2).

2- La croissance de la population mondiale, une cause dominante de la débâcle écologique

Le taux de croissance  de la population mondiale était certes de 2% il y a cinquante ans et il est de 1% aujourd’hui. Cette croissance a donc ralenti, mais elle continue.

Concrètement  les Nations Unies (rapport  21 juin 2017) prévoient que nous serons près de 10 milliards en 2050. L’augmentation serait donc  de 30 % par rapport aux 7,5 milliards d’aujourd’hui. En 2100 il y aurait 11,18 milliards de terriens.

 Cette croissance serait particulièrement importante en Afrique. En 2100 l’Afrique représenterait 40% de la population mondiale  (en 2017 : 17%) et l’Asie 43%  (en 2017 : 60%).

 Chaque jour en 2017 l’accroissement de la population mondiale (naissances moins décès) est de l’ordre de 226.000 personnes. Cela représente une lourde empreinte écologique   si l’on en reste au productivisme.

Ce serait supportable pour l’environnement  si la planète  changeait radicalement, c'est-à-dire si l’on passait du productivisme au développement durable puis de celui-ci à une société écologiquement viable. Mais le temps est compté, le productivisme est toujours dominant et la croissance démographique est toujours  là.

Le PNUE a élaboré (4 novembre 2004) différents scénarios, nous retiendrons les deux extrêmes. Dans le scénario du « tout libéral » la population mondiale atteindrait 9 milliards en 2050 et le PIB mondial  serait multiplié par 5, la situation écologique serait « très dégradée », l’environnement et la société évolueraient vers des « changements irréversibles ». Dans le scénario  « écologique » la population atteindrait 8 milliards en 2050, le PIB mondial serait multiplié par 3, la situation écologique serait « dégradée », des « changements irréversibles pourraient être encore évités.» Ainsi dans le premier scénario le pire est pratiquement sûr, dans le second il est repoussé pour un certain temps (lequel ?).

Des auteurs tels que René Dumont et Claude Levi Strauss avaient insisté sur ces liens entre démographie et protection de l’environnement, ils sont inséparables. Un ralentissement beaucoup plus important de la croissance démographique est un impératif écologique.

B- Les causes importantes de la débâcle écologique mondiale

 Elles sont au moins au nombre de trois.

1- L’industrialisation méga  polluante des pays émergents,  une cause importante de la débâcle écologique

Elle se fait souvent dans la trajectoire productiviste des pays développés. N’est-ce pas là une véritable cause de cette débâcle sur laquelle il faudra s’interroger?

 Les mégapoles sont ainsi le plus souvent  méga polluantes, et  les plus pauvres   souffrent le plus de la débâcle écologique, par exemple  des pollutions de l’air, des eaux et des sols.

Les déplacés environnementaux vont être en grand nombre, d’abord dans les pays du Sud, ainsi par exemple il est logique  que de grandes villes demain  soient évacuées  parce qu’elles seront devenues  complètement irrespirables.

 2- La pauvreté d’une majorité des habitants de la planète, une  cause importante de la débâcle écologique

La débâcle écologique est le produit d’abord de la surconsommation mais aussi, dans une bien moindre mesure, de la pauvreté. 

Ainsi par exemple l’utilisation du bois de feu est un moyen de survie pour beaucoup de personnes. Ainsi par exemple, de façon gravissime, il y a une absence de moyens financiers suffisants pour remettre en cause les énergies fossiles, d’où l’aide vitale pour « l’adaptation » des pays en développement aux changements climatiques. Cette aide a  bien des difficultés  à voir massivement le jour alors qu’il suffirait d’avoir les volontés de créer de véritables taxations financières internationales.

3- Les guerres, une  cause importante  de la débâcle écologique 

Depuis 1945 il y a eu  plus de cinq cents conflits armés (civils et inter étatiques), qui ont produit autant de victimes que la Seconde guerre mondiale. L’environnement, lui aussi, en a été victime.

Les destructions environnementales ont lieu pendant les conflits armés (l’environnement est une cible et une arme) mais aussi avant  les conflits armés (production des armements, grandes manœuvres…) et après ces conflits armés  (les « restes » des champs de bataille ont des  effets écologiques et sanitaires désastreux.)

 (Voir article de l’auteur de ce blog « Conflits armés et atteintes à l’environnement », voir aussi  JM Lavieille, «  Droit de la guerre, droit de l’environnement », colloque OMIJ Limoges, 15 et 16 décembre 2008. Actes du colloque, Les droits de l’homme face à la guerre, sous la direction de J.P. Marguénaud et de H. Pauliat, Dalloz, 2009).

Remarques terminales

 Si l’on veut aller plus loin que l’énumération simple qui précède ne  faut-il pas mettre en avant une analyse plus complexe, celle finalement de tout un système qui  serait à l’origine de ces causes ?

Si l’on peut  montrer facilement que les causes économiques qui précèdent sont liées à un système, peut-on en dire autant des guerres et, à plus forte raison, de la croissance démographique ?

N’est-ce pas un système gigantesque qui menace  l’existence même du vivant ? ( I )

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