III-ENVIRONNEMENT : LES LOGIQUES DE LA DEBACLE
N’y a-t-il pas au moins une dizaine de logiques profondes qui définissent le productivisme ? (A) Une logique ne soutient-elle pas toutes les autres,celle de la compétition ? (B)
A- Les logiques profondes du productivisme
Chaque logique, à sa façon, ne participe-t-il pas à la débâcle écologique ?
Nous les regrouperons dès lors qu'elles sont particulièrement proches.
1-La recherche du profit, la financiarisation de l’économie, l’expropriation des élu(e)s et des citoyen(ne)s
a- La recherche du profit est un mobile puissant pour des organismes et des personnes. Elle met de côté d’autres logiques qui ne la favorisent pas, ainsi la protection écologique… sauf si celle-ci lui apparait rentable.
b- La financiarisation de l’économie est synonyme de fructification des patrimoines financiers avec des opérateurs, à la fois puissants et fragiles, qui ont donc des logiques spécifiques.
c-L’expropriation des élu(e)s et des citoyen(ne)s n’a-t-elle pas tendance, ici ou là, à apparaître ou à se développer ? Ainsi les marchés financiers n’entraînent-ils pas une expropriation du politique par le financier ? La primauté du libre-échange et la puissance des firmes géantes n’entraînent-elles pas une expropriation du social par l’économique ? La compétition n’entraîne-t-elle pas une expropriation de la solidarité par l’individualisme ? La vitesse n’est-elle pas un facteur de répartition des richesses et des pouvoirs qui défavorise ou rejette des organismes et des individus plus lents ?
2- L’efficacité économique et la priorité du court terme
a- L’efficacité économique est synonyme du moment où, cessant d’être au service de la satisfaction de véritables besoins, la recherche d’efficacité devient sa propre finalité.
b- La priorité du court terme est synonyme de dictature de l’instant au détriment d’élaboration de politiques à long terme qui soit ne sont pas pensées en termes de sociétés humainement viables, soit ne sont pas mises en œuvre et disparaissent dans les urgences fautes de moyens et de volontés.
On est loin de certaines tribus d’indiens qui prenaient des décisions en essayant de penser leurs effets sur plusieurs générations…
3- Le culte de la croissance, la course aux quantités, la conquête et la défense des parts de marchés
a- Le culte de la croissance est synonyme du « toujours plus », de course aux quantités, de mise en avant de critères économiques supérieurs aux critères sanitaires, environnementaux, sociaux, culturels, de surexploitation des ressources naturelles, de fuite en avant dans une techno science qui a tendance, ici et là, à s’auto reproduire et à dépasser les êtres humains.
b- La course aux quantités est synonyme d’une surexploitation des ressources naturelles, de surproductions, de créations de pseudos besoins alors que des besoins vitaux ne sont pas satisfaits pour la grande majorité des habitants de notre planète.
c-La conquête et la défense des parts de marché est synonyme d’un libre-échange tout-puissant qui repose sur des affrontements directs, des absorptions des faibles par les forts, des guerres des prix, des efforts de productivité qui poussent à de nouvelles conquêtes de marchés.
4-La marchandisation du monde et de la nature, la domination sur la nature
a- La marchandisation du monde est synonyme de transformation, rapide et tentaculaire, de l’argent en toute chose et de toute chose en argent. Voilà de plus en plus d’activités transformées en marchandises, d’êtres humains plus ou moins instrumentalisés au service du marché.
b-La marchandisation de la nature. Les éléments du vivant (animaux, végétaux) sont décimés, les éléments de l’environnement sont entrés dans le marché (eaux, sols, air…).Dans ce système « tout vaut tant », tout est plus ou moins à vendre ou à acheter. (Voir « La marchandisation de la nature » voir nos trois billets sur ce blog et notre article in Mélanges en l’honneur de Soukaina Bouraoui, Mahfoud Ghezali et Ali Mékouar, Hommage à un printemps environnemental, PUF,2016.)
c- La domination sur la nature fait de celle-ci un objet au service des êtres humains, ses ressources sont souvent exploitées comme si elles étaient inépuisables, de toutes façons certains pensent que l’homme est capable de se substituer peu à peu à la nature à travers une artificialisation totalisante, il commence à se dire même capable, après l’avoir réchauffée, de « mettre la Terre à l’ombre » par de gigantesques projets technologiques (géo-ingénierie).
5-La militarisation du monde
Cette logique profonde est synonyme de recherches scientifiques à des fins militaires en particulier sur les armes de destruction massive, synonymes d’industries d’armements, de camps militaires et de grandes manœuvres, de régimes militaires ou de poids de l’armée dans des régimes politiques, synonymes de territoires et d’êtres humains victimes des guerres, synonyme de besoins vitaux non satisfaits et de participation à des inégalités criantes.
Dans plusieurs articles de ce blog nous avons souligné les liens multiples et dramatiques entre "les conflits armés et l'environnement".
B- La logique de compétition, puissante logique humanicide et terricide
1- La logique de compétition omniprésente
Elle alimente les logiques précédentes et elle est alimentée par ces logiques. Nous sommes entrés dans la révolution scientifique, il faut être novateur, notre droit à l’existence est fonction de notre rentabilité ( ! ) « Etre ou ne pas être compétitif » nous dit le système, si vous n’êtes pas compétitif – pays, région, ville, entreprise, université, personne…- vous êtes dans des perdants, vous êtes morts.
« Chacun invoque la compétitivité de l’autre pour soumettre sa propre société aux exigences systématiques de la machine économique. » écrivait magnifiquement et tragiquement André Gorz. « La logique de la compétitivité est élevée au rang d’impératif naturel de la société » écrit aussi avec la même force Riccardo Petrella qui dénonce « l’Evangile de la compétitivité » (Voir « Litanies de Sainte Compétitivité », Le Monde diplomatique, février 1994).
La compétition est un discours-vérité qui a de très nombreux fidèles, ils sont envahis par cette obsession. On est entré dans le grand marché, il faut donc libéraliser, dérèglementer, privatiser, peu importe le sens du « vivre ensemble » et celui du « bien commun ». La compétition est considérée comme sacrée, elle nous protège, il n’y a plus d’autres critères d’appréciation que la performance, la compétitivité, la rentabilité.
Sainte compétition protégez-nous ! Pauvres fous d’un système devenu fou : dévoreurs qui dévorez pensez en dévorant que vous serez dévorés comme nous avons été dévorés…Dans cette compétition effrénée il est vrai qu’une victime de la faim ou de l’absence d’eau potable n’est pas tout à fait ( ! ) dans la même situation … qu’une « victime débarquée » en « parachute doré ».
2-La compétition pousse à la guerre donc participe à la débâcle écologique
On constate que le productivisme, pour maintenir ses taux de profit, a besoin de renouveler ses stocks d’armements.
Dans la compétition de la course aux armements, un des moyens massifs est la production de conflits armés. Les armements constituent une des logiques infernales du productivisme. Ils contribuent à fabriquer l’image de l’ennemi que l’on doit surpasser en armements. Ils contribuent à allumer des poudrières. Ils portent atteinte dans leur production et leur utilisation aux populations et à l’environnement. Ils enlèvent des sommes colossales pour des besoins criants. Ils accroissent l’insécurité ce qui en appelle à de nouveaux armements et de nouvelles compétitions.
3-La compétition pousse à la croissance démographique
Le productivisme a ici deux discours et deux pratiques.
Il affirme qu’il faut être puissant et qu’une population nombreuse est un atout dans la compétition militaire et économique. A contrario il fabrique l’image de l’adversaire ou de l’ennemi en dénonçant les risques d’autres populations importantes, en particulier quant aux migrants et aux déplacés environnementaux considérés comme de nouvelles classes dangereuses.
En fait on constate qu’une population nombreuse peut être un poids pour l’économie et l’environnement. Tout dépend du type de développement, s’il est productiviste ou bien si des luttes pour le partage des richesses et contre la débâcle écologique sont engagées dans le pays en question. D’autre part les coopérations interétatiques et les accueils bien organisés de réfugiés peuvent contribuer à des solidarités et éloigner la fabrication d’adversaires ou d’ennemis.
On constate aussi que « le meilleur anticonceptionnel c’est le développement » lequel amène à avoir moins d’enfants quand on sort de la pauvreté.
Il faudrait pourtant des politiques de ralentissement de la croissance beaucoup plus volontaires puisqu’en 2050, si tout continuait comme cela, il y aurait de l’ordre de 10 milliards de terriens. Le productivisme y voit avant tout de nouveaux marchés. Peu importe l’empreinte écologique, on peut toujours réparer les destructions environnementales.
4- La compétition globale terricide et humanicide
Finalement on retrouve cette opposition fondamentale entre ceux et celles ( de loin les plus nombreux avec une véritable « colonisation des esprits ») qui pensent que la compétition est naturelle, qu’elle est saine, bonne, nécessaire .
Et ceux et celles (pour l’instant moins nombreux, mais quelque chose de minoritaire n’est pas faux pour autant…c’est simplement minoritaire) qui pensent que la compétition est un produit de l’histoire, qu’il y a des compétitions liées aux périodes et aux sociétés, que le productivisme pousse à une compétition omniprésente, omnipotente, omnisciente.
La compétition mortifère doit laisser la place aux solidarités, aux coopérations, aux fronts communs. Les biens communs, le « vivre ensemble » peuvent et doivent l’emporter face aux périls communs qui s’appellent la débâcle écologique, les armes de destruction massive, les inégalités criantes, la toute-puissance de la techno science et des marchés financiers, bref face à des logiques qui assassinent la Terre et l’Humanité.
( Voir notre article in « Les biens communs environnementaux : quel(s) statut(s) juridique(s) ? », sous la direction de Jessica Makowiak et Simon Jolivet, Pulim , Collection les cahiers du CRIDEAU, 07/2017)
A tout cela ne s’ajoutent--ils pas des facteurs aggravants , on pourrait même dire, pour certains d'entre eux, terrifiants ? ( IV )