Apocalypses écologiques : quelles causes massives ?(IIème partie)
Chapitre 1-Apocalypses écologiques : les causes partielles.
Dans ces causes qui peuvent venir facilement à l’esprit nous distinguerons les causes dominantes(A) puis les causes importantes(B).
A- Les causes dominantes de la débâcle écologique mondiale .
Elles sont au moins au nombre de deux.
1-La surconsommation d’une partie de la population mondiale, une cause dominante de la débâcle écologique.
En premier lieu existe une surconsommation d’une forte minorité des habitants de la planète (de l’ordre de 2 milliards ( ? ) sur 7,8 milliards d’habitants en 2022). Les économies des pays développés, et déjà en partie des pays émergents, sont dévoreuses d’énergie, de matières premières et produisent d’énormes quantités de déchets et de polluants.
Les modes de production, de consommation, de transports n’ont pas été, à ce jour, remis en cause massivement et radicalement. Le seul exemple des Etats-Unis est criant: ils ont produit 20% des émissions de CO2 depuis 1850, en 2020 15% , alors que leur population représente 4% de la population mondiale.
2- La croissance de la population mondiale, une cause dominante de la débâcle écologique.
Le taux de croissance de la population mondiale était certes de 2% il y a cinquante ans et il est de 1% aujourd’hui. Cette croissance a donc ralenti, mais elle continue.
Concrètement les Nations Unies (rapport 21 juin 2017) prévoient que nous serons près de 10 milliards en 2050. L’augmentation serait donc de 30 % par rapport aux 7,8 milliards d’aujourd’hui. En 2100 il y aurait 11 milliards de terriens.
Cette croissance serait particulièrement importante en Afrique. En 2100 l’Afrique représenterait 40% de la population mondiale (en 2017 : 17%) et l’Asie 43% (en 2017 : 60%).
Chaque jour en 2021 l’accroissement de la population mondiale (naissances moins décès) est de l’ordre de 227.000 personnes. Cela représente une lourde empreinte écologique si l’on en reste au productivisme.
Ce serait supportable pour l’environnement si la planète changeait radicalement, c'est-à-dire si l’on passait du productivisme au développement durable puis de celui-ci à une société écologiquement viable. Mais le temps est compté, le productivisme est toujours dominant et la croissance démographique est toujours là.
Le PNUE a élaboré (4 novembre 2004) différents scénarios, nous retiendrons les deux extrêmes. Dans le scénario du « tout libéral » la population mondiale atteindrait 9 milliards en 2050 et le PIB mondial serait multiplié par 5, la situation écologique serait « très dégradée », l’environnement et la société évolueraient vers des « changements irréversibles ». Dans le scénario « écologique » la population atteindrait 8 milliards en 2050, le PIB mondial serait multiplié par 3, la situation écologique serait « dégradée », des « changements irréversibles pourraient être encore évités.» Ainsi dans le premier scénario le pire est pratiquement sûr, dans le second il est repoussé pour un certain temps (lequel ?).
Des auteurs tels que René Dumont et Claude Lévi Strauss avaient insisté sur ces liens entre démographie et protection de l’environnement, ils sont inséparables. Un ralentissement beaucoup plus important de la croissance démographique est un impératif écologique.
B- Les causes importantes de la débâcle écologique mondiale.
Elles sont au moins au nombre de trois.
1- L’industrialisation méga polluante des pays émergents, une cause importante de la débâcle écologique.
Elle se fait souvent dans la trajectoire productiviste des pays développés. N’est-ce pas là une véritable cause de cette débâcle sur laquelle il faudra s’interroger?
Les mégapoles sont ainsi le plus souvent méga polluantes, et les plus pauvres souffrent le plus de la débâcle écologique, par exemple des pollutions de l’air, des eaux et des sols.
Les déplacés environnementaux vont être en grand nombre, d’abord dans les pays du Sud, ainsi par exemple il est logique que de grandes villes demain soient évacuées parce qu’elles seront devenues complètement irrespirables.
2- La pauvreté d’une grande majorité des habitants de la planète, une cause importante de la débâcle écologique.
La débâcle écologique est le produit d’abord de la surconsommation mais aussi, dans une bien moindre mesure, de la pauvreté.
Ainsi par exemple l’utilisation du bois de feu est un moyen de survie pour beaucoup de personnes. Ainsi par exemple, de façon gravissime, il y a une absence de moyens financiers suffisants pour remettre en cause les énergies fossiles, d’où l’aide vitale pour « l’adaptation » des pays en développement aux changements climatiques. Cette aide a bien des difficultés à voir massivement le jour alors qu’il suffirait d’avoir les volontés de créer de véritables taxations financières internationales.
3- Les guerres, une cause importante de la débâcle écologique .
Depuis 1945 il y a eu cinq cents trente conflits armés (civils et inter étatiques), qui ont produit autant de victimes que la Seconde guerre mondiale. L’environnement, lui aussi, en a été victime.
Les destructions environnementales ont lieu pendant les conflits armés (l’environnement est une cible et une arme) mais aussi avant les conflits armés (production des armements, grandes manœuvres…) et après ces conflits armés (les « restes » des champs de bataille ont des effets écologiques et sanitaires désastreux.) Voir un des articles précédents.)
(Voir article de l’auteur de ce blog « Conflits armés et atteintes à l’environnement », voir aussi JM Lavieille, « Droit de la guerre, droit de l’environnement », colloque OMIJ Limoges, 15 et 16 décembre 2008. Actes du colloque, Les droits de l’homme face à la guerre, sous la direction de J.P. Marguénaud et de H. Pauliat, Dalloz, 2009).
Remarques terminales.
Si l’on veut aller plus loin que l’énumération simple qui précède ne faut-il pas mettre en avant une analyse plus complexe, celle finalement de tout un système qui serait à l’origine de ces causes ?
Si l’on peut montrer facilement que les causes économiques qui précèdent sont liées à un système, peut-on en dire autant des guerres et, à plus forte raison, de la croissance démographique ?
N’est-ce pas un système gigantesque qui menace l’existence même du vivant ? ( Chapitre 2 )