Apocalypses écologiques:quelles causes massives ?(II ème partie)
Chapitre 3.Les logiques profondes des apocalypses écologiques.
N’y a-t-il pas au moins une douzaine de logiques profondes qui définissent le productivisme et ses logiques d’autodestruction ? (A) Une logique ne soutient-elle pas toutes les autres, celle de la compétition ? (B)
A-le productivisme et ses logiques d’autodestruction .
1-Existent au moins douze logiques profondes pour une large part autodestructrices. .
La recherche du profit, synonyme de fructification des patrimoines financiers, de financiarisation du monde, avec des opérateurs, à la fois puissants et fragiles, qui ont donc des logiques spécifiques. Cette domination de la finance se traduit par des mécanismes de conversion de toutes choses en argent et de l’argent en toutes choses.
L’efficacité économique, synonyme du moment où, cessant d’être au service de la satisfaction de véritables besoins, la recherche d’efficacité devient sa propre finalité.
Le culte de la croissance synonyme du « toujours plus », de mise en avant de critères économiques supérieurs aux critères sanitaires, sociaux, environnementaux, culturels, synonyme de surexploitation des ressources naturelles, de fuite en avant dans une techno science qui a tendance, ici et là, à s’auto reproduire et à dépasser les êtres humains. Croissance qui va « reculer, se tasser, être en berne », mais qui va « revenir, repartir, rebondir et qu’il faut soutenir, favoriser », éternel refrain de la relance ... Sainte croissance protégez-nous !
La course aux quantités synonyme d’une surexploitation des ressources naturelles, de surproductions, de créations de pseudos besoins alors que des besoins vitaux ne sont pas satisfaits pour la grande majorité des bientôt huit milliards d’habitants de notre planète.
La conquête ou la défense des parts de marchés synonyme d’un libre-échange tout-puissant qui repose sur des affrontements directs, des absorptions des faibles par les forts, des efforts de productivité qui poussent à de nouvelles conquêtes de marchés, un libre-échange qui met de côté l’environnemental, le social et le culturel.
La domination sur la nature synonyme d’objet au service des êtres humains, ses ressources sont souvent exploitées comme si elles étaient inépuisables. Certains pensent même que l’homme est capable de se substituer peu à peu à la nature à travers une artificialisation totalisante, il commence à se croire même capable, après l’avoir réchauffée, de « mettre la Terre à l’ombre » par de gigantesques projets technologiques (géo-ingénierie).
La marchandisation du monde synonyme de transformation, rapide et tentaculaire, de l’argent en toute chose et de toute chose en argent. Voilà de plus en plus d’activités transformées en marchandises, d’êtres humains plus ou moins instrumentalisés au service du marché, d’éléments du vivant (animaux, végétaux) décimés, et d’éléments de l’environnement qui sont entrés dans le marché (eau, sols, air…). Dans ce système « tout vaut tant », tout est plus ou moins à vendre ou à acheter. Le roi Midas voulait pouvoir tout transformer en or, son vœu fut exhaussé. Mais la nourriture et l’eau deviennent aussi de l’or et le roi dépérit peu à peu. Qu’est-ce qu’une société pour laquelle tout vaut tant ?
La militarisation du monde sous de multiples formes en particulier des espaces militarisés, des recherches, des productions et des ventes d’ armements, des conflits armés, des grandes manœuvres, des éducations à la guerre, des administrations extrêmes de multiples peurs, des fabrications d’ennemis ( par exemple de nouvelles classes jugées dangereuses, les déplacés environnementaux. ) Quant aux ventes d’armes ? Avant, pendant et après les conflits armés des chefs d’Etat, des ministres, des industriels, des scientifiques, des militaires courent vers les marchés, ils ne peuvent plus s’arrêter, ils sont devenus accrocs. Helder Camara écrivait « On commence par fabriquer des armes pour se défendre, puis on vend des armes pour continuer à en fabriquer et on fabrique des guerres pour continuer à vendre des armes. »
Pauvres hommes ! Tristes hommes ! Tellement occupés à fabriquer des ennemis ils n’avaient pas vu que le sol s’effondrait sous leurs pieds, sans leur vivre ensemble allaient-ils perdre leur bien commun, leur foyer d’humanité, la Terre ?
La priorité du court terme synonyme de dictature de l’instant au détriment d’élaboration de politiques à long terme qui soit ne sont pas pensées en termes de sociétés viables, soit ne sont pas mises en œuvre et disparaissent dans les urgences fautes de moyens et de volontés.
L’accélération synonyme de course omniprésente à travers, par exemple, une techno science en mouvement perpétuel, une circulation rapide des capitaux, des marchandises, des services, des informations, des personnes, une accélération qui a de multiples effets sur les sociétés et les personnes, une des hypothèses les plus probables étant celle d’une « course effrénée à l’abîme qui emportera un monde impuissant ».(Voir par exemple Harmut Rosa « Accélération », La Découverte, 2010.) (Voir sur ce blog et sur notre site « au trésor des souffles » les nombreux articles sur « L’accélération du système mondial. »
N’oublions pas que l’hypothèse la plus probable de la première cause des dominations des hommes sur les femmes a été leur vitesse de déplacement par laquelle ils se sont accaparés des pouvoirs, ainsi ceux de la chasse, les femmes étaient, dès le début de l’histoire de l’humanité, moins rapides à cause de leurs grossesses et des enfants portés sur le dos. La vitesse, facteur de répartition des pouvoirs, emplit l’histoire des sociétés, cela jusqu’à nos jours avec les fractures des inégalités numériques.
L’expropriation d’ élu(e)s et de citoyen(ne)s n’a-t-elle pas tendance, ici ou là, à apparaître ou à se développer ? Ainsi les marchés financiers n’entraînent-ils pas une expropriation du politique par le financier ? La primauté du libre-échange et la puissance des firmes géantes n’entraînent-elles pas une expropriation du social par l’économique ? La compétition n’entraîne-t-elle pas une expropriation de la solidarité par l’individualisme ? La vitesse n’est-elle pas un facteur de répartition des richesses et des pouvoirs qui défavorise ou rejette des collectivités et des individus plus lents ?
Enfin , douzième logique, la compétition synonyme, nous répète-t-on, d’ « impératif naturel de nos sociétés ». Elle alimente les onze logiques précédentes et elle est alimentée par ces logiques. Elle est omniprésente, omnisciente, omnipotente dans le système productiviste. Cette compétition en fait n’est pas « naturelle » contrairement à ce que l’on croit le plus souvent et nous fait croire presque toujours, elle est le produit de multiples histoires et peut avoir et a, ici et là, des alternatives. (Voir sur ce blog et sur notre site « au trésor des souffles »les nombreux articles sur « La compétition.»
2-L’autophagie du système productiviste mondial
Aux personnes rencontrées par le Petit Prince de Saint Exupéry on pourrait rajouter Erysichthon, qui se mangeait lui-même, évoqué par le poète Ovide en 30 avant notre ère dans « Les Métamorphoses », et l’identifier au productivisme.
« Que faites-vous ? » demande le Petit Prince.
« Je suis devenu un système autophage. Les pays, les marchés, les entreprises se dévorent, je dévore la nature, je dévore même mes limites. »
« Vous aimez çà ? »interroge le Petit Prince.
«Au début j’y prenais goût, mais depuis longtemps je ne peux plus m’arrêter, j’ai toujours faim. »
« A cette allure , dit le Petit Prince, vous souffrirez de plus en plus et vous allez vite disparaitre. Moi quand j’ai soif je marche tout doucement vers une fontaine ».
B- La logique de compétition, puissante logique humanicide et terricide.
1- La logique de compétition omniprésente.
Elle alimente les logiques précédentes et elle est alimentée par ces logiques. Nous sommes entrés dans la révolution scientifique, il faut être novateur, notre droit à l’existence est fonction de notre rentabilité ( ! ) « Etre ou ne pas être compétitif » nous dit le système, si vous n’êtes pas compétitif – pays, région, ville, entreprise, université, personne…- vous êtes dans des perdants, vous êtes morts.
« Chacun invoque la compétitivité de l’autre pour soumettre sa propre société aux exigences systématiques de la machine économique. » écrivait magnifiquement et tragiquement André Gorz. « La logique de la compétitivité est élevée au rang d’impératif naturel de la société » écrit aussi avec la même force Riccardo Petrella qui dénonce « l’Evangile de la compétitivité » (Voir « Litanies de Sainte Compétitivité », Le Monde diplomatique, février 1994).
La compétition est un discours-vérité qui a de très nombreux fidèles, ils sont envahis par cette obsession. On est entré dans le grand marché, il faut donc libéraliser, dérèglementer, privatiser, peu importe le sens du « vivre ensemble » et celui du « bien commun ». La compétition est considérée comme sacrée, elle nous protège, il n’y a plus d’autres critères d’appréciation que la performance, la compétitivité, la rentabilité.
Sainte compétition protégez-nous ! Pauvres fous d’un système devenu fou : dévoreurs qui dévorez pensez en dévorant que vous serez dévorés comme nous avons été dévorés…Dans cette compétition effrénée il est vrai qu’une victime de la faim ou de l’absence d’eau potable n’est pas tout à fait ( ! ) dans la même situation … qu’une « victime débarquée » en « parachute doré ».
2-La compétition pousse à la guerre donc participe à la débâcle écologique.
On constate que le productivisme, pour maintenir ses taux de profit, a besoin de renouveler ses stocks d’armements.
Dans la compétition de la course aux armements, un des moyens massifs est la production de conflits armés. Les armements constituent une des logiques infernales du productivisme. Ils contribuent à fabriquer l’image de l’ennemi que l’on doit surpasser en armements. Ils contribuent à allumer des poudrières. Ils portent atteinte dans leur production et leur utilisation aux populations et à l’environnement. Ils enlèvent des sommes colossales pour des besoins criants. Ils accroissent l’insécurité ce qui en appelle à de nouveaux armements et de nouvelles compétitions.
3-La compétition pousse à la croissance démographique.
Le productivisme a ici deux discours et deux pratiques.
Il affirme qu’il faut être puissant et qu’une population nombreuse est un atout dans la compétition militaire et économique. A contrario il fabrique l’image de l’adversaire ou de l’ennemi en dénonçant les risques d’autres populations importantes, en particulier quant aux migrants et aux déplacés environnementaux considérés comme de nouvelles classes dangereuses.
En fait on constate qu’une population nombreuse peut être un poids pour l’économie et l’environnement. Tout dépend du type de développement, s’il est productiviste ou bien si des luttes pour le partage des richesses et contre la débâcle écologique sont engagées dans le pays en question. D’autre part les coopérations interétatiques et les accueils bien organisés de réfugiés peuvent contribuer à des solidarités et éloigner la fabrication d’adversaires ou d’ennemis.
On constate aussi que « le meilleur anticonceptionnel c’est le développement » lequel amène à avoir moins d’enfants quand on sort de la pauvreté.
Il faudrait pourtant des politiques de ralentissement de la croissance beaucoup plus volontaires puisqu’en 2050, si tout continuait comme cela, il y aurait de l’ordre de 10 milliards de terriens. Le productivisme y voit avant tout de nouveaux marchés. Peu importe l’empreinte écologique, on peut toujours réparer les destructions environnementales.
4- La compétition globale terricide et humanicide.
Finalement on retrouve cette opposition fondamentale entre ceux et celles ( de loin les plus nombreux avec une véritable « colonisation des esprits ») qui pensent que la compétition est naturelle, qu’elle est saine, bonne, nécessaire .
Et ceux et celles (pour l’instant moins nombreux, mais quelque chose de minoritaire n’est pas faux pour autant…c’est simplement minoritaire) qui pensent que la compétition est un produit de l’histoire, qu’il y a des compétitions liées aux périodes et aux sociétés, que le productivisme pousse à une compétition omniprésente, omnipotente, omnisciente.
La compétition mortifère doit laisser la place aux solidarités, aux coopérations, aux fronts communs. Les biens communs, le « vivre ensemble » peuvent et doivent l’emporter face aux périls communs qui s’appellent la débâcle écologique, les armes de destruction massive, les inégalités criantes, la toute-puissance de la techno science et des marchés financiers, bref face à des logiques qui assassinent la Terre et l’Humanité.
( Voir notre article in « Les biens communs environnementaux : quel(s) statut(s) juridique(s) ? », sous la direction de Jessica Makowiak et Simon Jolivet, Pulim , Collection les cahiers du CRIDEAU, 07/2017)
A tout cela ne s’ajoutent--ils pas des facteurs aggravants , on pourrait même dire, pour certains d'entre eux, terrifiants ? ( chapitre 4 )