Hugo 2.0 ou le Gilet de Ruy Blas

Ruy Blas, s'il revenait, trouverait à s'indigner. Hugo encore plus. Ne parlons pas des autres, il paraît que la culture française n'existe pas. Comme elle n'existe plus, des cuistres inconnus comme je le suis peuvent donc, en toute honte, s'amuser avec elle.

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Le Gilet, survenant.
Bon appétit ! messieurs ! —
Tous se retournent. Silence de surprise et d’inquiétude. Le gilet se découvre, croise les bras, et poursuit en les regardant en face

                                          Ô inaptes experts
Banquiers de sombre affaire ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,
L’heure sombre où la France agonisante pleure !
Donc vous n’avez pas ici d’autres intérêts
Que de remplir vos poches et surtout fuir après !
Soyez ruinés, devant votre pays qui tombe,
Hypocrites qui venez le voler dans sa tombe !
— Mais voyez, regardez, cessez donc d'avoir peur.
La France et son bagout, la France et sa verdeur,
Tout s’en va. — Nous avons, depuis Mitterrand Un,
Perdu tous nos espoirs, la Sociale, notre entrain ;
En Alsace l'ENA, les Coffres en Luxembourg ;
et toute les Régions jusqu’au dernier faubourg ;
Toutes perdues, débaptisées, décervelées

Toutes sans âme, sans langue, sans passé

Le basque, le catalan, le breton, cinq mille lieues
De côte, et le dijonnais, et les Montagnes Bleues !
Mais voyez. — Du ponant jusques à l’orient,
L’Europe, qui vous hait, vous regarde en riant.
Comme si votre fantoche n’était plus qu’un fantôme,
L'Allemagne et l’Anglais partagent ce royaume ;
Rome vous nargue ; il faut ne risquer qu’à demi
Une armée en Belgique, quoique pays ami ;
Vos sorties, vos amis sont pleins de précipices ;
La France pour vous pendre, attend des jours propices ;
L’Autriche aussi vous guette. — La perruque américaine
Se meurt, vous le savez. — Quant à vos agapes africaines
Benlala, fou d’amour, emplit le Tchad d’esclandres,

Le Grigou sans relâche dans la presse va répandre

Ses fake news, son intox, son fiel sa haine publique
Leperclus vend ses armes, Caslan'tienne perd ses Flics.

Mirlitonne fanfaronne et toute dégenrée se voit déjà l'Académicien
Quel remède à cela ? — L’état est indigent ;
L’état est épuisé de mensonges et de dettes;
Nous avons sur la mer, où Dieu met ses colères,
Perdu tous nos pêcheurs, et pour quelles chimères ?
Et vous osez ! … — Messieurs, en vingt ans, songez-y,
Le peuple, — j’en ai fait le compte, et c’est ainsi ! —
Portant sa charge énorme et sous laquelle il ploie,
Pour vous, pour vos plaisirs, pour vos filles de joie,
Le peuple misérable, et qu’on pressure encor,
A sué quatre cent trente milliards d’or !
Et ce n’est pas assez ! Et vous voulez, mes maîtres ! … —
Ah ! j’ai honte pour vous ! — Au dedans, le peuple, sans connaître,
Le prix des trahisons va battant le pays, sans craindre la prison.
Le gilet est brandi, dans les rues, dans les villes, au coin de leurs maisons.
Comme si c’était trop peu de la guerre des médias,
Guerre entre les factions, partis et syndicats
Tous voulant dévorer leur voisin éperdu,
Morsures d’affamés sur un vaisseau perdu !
Notre pensée en ruine est pleine de couleuvres.
Quant aux grands, aux penseurs : des ancêtres sans œuvres.
Tout se fait par intrigue et rien par loyauté.
La France est un égout où vient l’impureté
De toute nation. — Le capitaine d'entreprise à ses gages
A cent coupe-jarrets qui parlent cent langages.
Génois, Sardes, Flamands, le mercenaire est dans Paris.
Le flic, dur au pauvre, au riche s’attendrit.
La nuit on assassine et chacun crie : à l’aide !
— Hier on m’a volé, moi, près du pont de Tolède ! —
Un pour cent de vos pairs pille le monde tout entier.
Tous les juges vendus ; pas un soldat payé.
Anciens vainqueurs du monde, Français que nous sommes
Quelle armée avons-nous ? À peine 80 mille hommes.
Qui vont sans solde. Envoyés pour vos comptes,
Aux quatre coins du monde, pillant tuant, sans honte,
Aussi d’un régiment toute bande se double.
Sitôt que la nuit tombe, il est une heure trouble
Où le soldat douteux se transforme en larron.
Où sur les champs elysées on voit le Crs voler, le con
Le sac d'une femme; pour qui le pays de Cocagne ?
Hélas ! Les paysans qui sont dans la campagne
Insultent en passant la voiture de Machin, sacré roi
Lui? votre seigneur, l'avez-vous vu? plein d’effroi,
Seul, dans le palais, avec les morts qu’il foule,
Courbe son front buté sur son empire croule !
— Voilà ! — Le cuistre, hélas ! écrase du talon
Ce pays qui fut libre et n’est plus que haillon !
L’État s’est ruiné dans ce siècle funeste,
Et vous vous disputez à qui prendra le reste !
Ce grand peuple français aux membres énervés,
Qui s’est couché dans l’ombre et sur qui vous vivez,
Expire dans cet antre où son sort se termine,
Triste comme un lion mangé par la vermine !
— Résistants, dans ces temps d’opprobre et de terreur,
Que faites-vous dans vos tombes ? C'est l'heure des assureurs!
Levez-vous ! Venez voir ! — Les bons font place aux pires.
Ce pays effrayant, fait d’un amas de cuistres qui ne savent pas lire,
Penche… Il nous faut votre cœur ! Au secours, Gaulois réfractaires!
Car la France se meurt, car la France s'enterre !
Ton poing, Marianne, brillait dans l'injustice profonde,
Soleil éblouissant qui fit croire au monde
Que le jour désormais se lèverait à Paris,
Maintenant, astre mort, dans l’ombre s’amoindrit,
Lune aux trois quarts rongée et qui décroît encore,
Et que d’un autre peuple effacera l’aurore !
Hélas ! Ton héritage est en proie aux vendeurs.
Tes rayons, ils en font des bitcoins ! Tes splendeurs,
On les souille ! — ô géante ! Se peut-il que tu dormes ? —
On vend ta culture au poids ! Un tas de nains difformes
Se taillent des iphones dans tes hôpitaux, tes écoles, tes droits;
Et la flamme de justice, qui jadis, sous tes cris, mit les grands aux abois,
Couvrait le monde entier de tonnerre et de flamme,
Pleure, pauvre oiseau plumé, dans leur marmite infâme !
Les conseillers experts communicants sous ministres se taisent consternés. Seuls, le machin de Conconna et le petit de Grivozelle redressent la tête et regardent le Gilet avec colère. Ils se vengeront. Oui, ils passeront leur loi contre ces 99% qui prétendent les plumer, eux!

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