Je me demande combien de fonctionnaires ont baissé les bras face à la rigidité des comptables de l'administration.
Juste un exemple, une prestation de service facturable effectuée en fin d'année pour un industriel réclame généralement un effort tout spécial afin de parvenir à obtenir et garder l'argent du paiement.
Garder le paiement parce qu'il faut que l'argent ait été versé ET dépensé avant une date fatidique qui précède éventuellement de beaucoup le dernier jour de l'an, sinon l'administration vous le confisque (budget annualisé : tout ce qui n'a pas été dépensé est absorbé par le système en fin d'année).
L'obtenir car justement à cause de cette clause de confiscation, vous cherchez à ruser dès le mois de septembre et à retarder le paiement pour le début de l'année suivante (euh, c'est clair ?).
Mais voilà, pour une prestation de service effectuée en septembre (par, disons, un cristallographe), votre industriel (disons une entreprise pharmaceutique qui vous confie une analyse polymorphique de plusieurs échantillons) s'attend à être facturé au tarif de l'année en cours, même s'il s'est mis d'accord avec vous pour ne vous payer qu'en janvier de l'année suivante. En janvier, vous faites suivre cette commande post-datée à l'administration qui vous la renvoie pour non conformité avec les nouveau tarifs en vigueur depuis le 1er janvier (notez bien que vous n'êtes mis au courant de cette augmentation qu'à ce moment précis). Vous recontactez votre industriel pour lui demander un nouveau bon de commande trafiqué de façon à ce qu'un nombre modifié de prestations multiplié par le nouveau tarif de ladite prestation soit égal environ au vrai nombre de prestations effectuées au mois de septembre multiplié par l'ancien tarif (vous suivez toujours ?). L'industriel compréhensif vous fournit un nouveau bon de commande... Vous préparez une nouvelle facture et la comptabilité se déclare enfin satisfaite. Vous aussi, car vous n'aurez pas travaillé pour rien en septembre. Restera à dépenser ce bel argent (dont au moins 12% sera confisqué de toutes façons) avant la date fatidique de fermeture annuelle de toutes opérations comptables. Au fait l'ouverture des possibilités de dépense ne tombe pas avant fin janvier sinon parfois fin mars.
Il ne s'agit la que d'une des nombreuses rigidités du système.
Ne rêvez pas, la fin de l'annualisation des budgets n'est pas envisagée.
Quant à moi, j'ai laissé tomber depuis déjà 3 ans.
Ma collègue croisée dans le couloir, et qui n'a pas encore pu baisser les bras, a résumé en deux mots la situation : "font chier."