Le chômage de longue durée explose, « l’hyperchomage » aussi.

 

Le sujet du chômage sera rarement traité lors de la présidentielle, on préfèrera trouver des éléments sur la dépendance ou la sécurité. Mais, les média du jour sortent une large salve sur le chômage de longue durée. Dommage, on n’a interviewé que des spécialistes en statistiques et pas ceux dont on parle et à qui ont donne peu la parole.

Le chômage dur s’installe. Les média sont allés voir les économistes pour commenter la nouvelle hausse du chômage de longue durée. On recense environ 1.5 millions personnes recherchant depuis plus d’un an un emploi et inscrites encore à l’ANPE/APEC/RSA. Le chiffre semble énorme en lui-même et pourtant… Les vrais sont limés, passés au rabot et édulcorés. Ainsi, la plupart des chomistes durs ne s’inscrivent plus au pole emploi dès qu’ils ne touchent plus aucune indemnité. Bon nombre d’entre eux préfèrent renoncer également au RSA pour éviter les procès en inquisition, les rendez vous de culpabilisation très orientés par des conseillers particulièrement peu psychologues ou mal formés. L’autre part de sous estimation du chiffre des chômeurs de longue durée existe dans la définition de cette classe. Je prendrai un exemple fréquent. Celui d’un surdiplômé qui a force de politique d’excellence dans la recherche ou les hautes sphères s’est vu écarté du marché de l’emploi car trop compétent ou trop âgé (plus de trente ans est parfois une limite de péremption, coté offre de service) ; cette catégorie d’employés tend à s’étendre dans da communication, le marketing et la publicité. Là aussi, on est « vieux » vers 35 ans… là, le CDI de certains est implosé par une restructuration, sinon c’est le CDD automatiquement renouvelé qui est tranché de manière unilatérale (INSERM, CNRS sans prime de précarité ;)… tous les types de parcours sont possibles. Ainsi, le chomiste s’inscrit au pole emploi. Il reçoit ou pas des indemnités et le temps passe. Au bout de 14 mois, il trouve un CDD de quelques mois, souvent pas plus de quatre effectivement. Celui-ci ne débouche évidemment sur rien… mais pour l’APEC, l’ANPE ou ces vieilles structures, le chômeur est recyclé… il se réinscrit et donc « se rajeunit » aux yeux des statistiques. On voit bien donc que les 1.5 millions de chomistes durs qui dérangent tant Monsieur Méhaignerie, homme politique qui ne connut jamais l’inactivité de part sa naissance probablement et qui veut réduire les droits de chômeurs, sont sous estimés. Mais tout cela n’est qu’une vision en surface du phénomène de chomage de longue durée, on trouve aussi les hyperchomeurs. Ils n’ont pas forcément plus de 55 ans…

L’Hyperchomeur. L’hyperprésidence et la droite décomplexée ont eu aussi comme compagnon de quinquennat des « hyperchomeurs ». Ils ne sont pas sur les statistiques mais ils existent. Il s’agit de ceux que les patrons ne regardent même pas sur leur pile de CV. Ils ont droit à une discrimination « très scolaire » venant de l’idiotie de ces « trous dans les Curriculum » qu’on doit expliquer à des RH dont la formation devrait être revue car le recul économique veut que la France soit plutôt victime de lignes patronales de management qu’ils impulsent de part leur sélection. Le RH est une sorte de cerbère pour l’hyperchomeur, c’est lui qui est impactant dans la suite de période de pauvreté que le chomiste « professionnel » vit. Lorsqu’un CV part à la poubelle, même s’il y a une période d’inactivité qu’on peut souvent justifier, c’est juste ressenti comme si quelqu’un prenait du temps pour vous égorger… vu du patron ou du RH (public ou privé), c’est un parcours qu’on ne comprend pas, un atypisme dont il faut se méfier…

Ainsi, l’hyperchomeur tombe dans la logique des travaux gratuits. Il aidera telle entreprise ponctuellement, il fournira un service au black, il fera aussi parfois les poubelles et sera pourchassé par des maires parfois socialistes. Pourtant, l’hyperchomeur rêve d’insertion, d’intégration, d’avoir des « ordres justes » et un respect de sa personne au sein de l’entreprise. Il n’a pas forcément de vrais amis chez les syndicalistes car il n’a jamais eu les droits que les autres ont eus. Pour lui, la pose cloppe est une hérésie… comment peut on s’arrêter de travailler alors que tant de gens sont au chômage, même pour dix minutes. Il connaît peu ces périodes ou le salaire tombe chaque mois.

L’hyperchomeur est de tout grade et de toute qualité. Il a comme point commun qui le rassemble dans cette entité non statistique une période de plus de 50 mois de chômage. Ceci a fait de lui un homme ou une femme très cultivé(e). Il est parfois déjà surdiplômé ou le devient car il a eu des plages d’apprentissage qui correspondent à cette durée de précarité.

Oui, l’hyperchomeur est donc une bête atypique dont on ne veut nulle part. Il n’a pas le « profil ». Il tombera parfois face à des patrons « concons » qui s’acharnera sur un détail de parcours pour les rabaisser dans un entretien… si rare ces entretiens. Enfin, l’hyperchomeur est bien vivant. Souvent il voit déjà dans les formulations d’annonces les boites qui périclitent, les signes qui ne trompent pas sur l’ambiance de travail de certaines entreprises.

En conclusion, le chômage de longue durée a bien explosé mais il est largement diminué par les calculs très alambiqués qu’impose notre bienséance politicienne. Il a accouché de chômeurs durs qui seraient plus capable de « driver » les pôles emplois actuels. En large signe des temps, il y a enfin les « hyperchomeurs », des parcours très forts, des grosses réussites et ensuite une discrimination d’un autre âge sur des niaiseries de CV.

YC, hyperchomeur, plus de 70 mois ;)

Je remercie l’INSERM et l'université de m’avoir donné la chance de goutter à l’hyperchomage

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