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Billet de blog 13 oct. 2018

L'autre jour à Riace, quand nous sommes allés soutenir Mimmo, son maire.

Avec un peu de retard la traduction, que j'ai promise dans un commentaire, du texte de Mimmo Lucano, maire de Riace, lu en son nom pendant la manifestation.

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Pendant que la France défilait samedi dernier pour défendre l'action de l'Aquarius, une manifestation de grande importance avait lieu dans cette petite ville de Calabre: nous ètions nombreux (de 4 à 6 mille), de toute l'Italie à venir défendre Mimmo (tout le monde l'appelle ainsi), et lui montrer notre soutient dans l'épreuve que lui fait subir son ministre de l'intérieur Salvini.

Je dis action "de grande importance" car si le nombre de manifestants compte (encore que la configuration du village n'aurait pu supporter une plus grosse foule), c'est  le principe de se lever, de dire non, et de le dire ensemble, qui revet une force ...

Les banderoles et fanions ètaient de toutes les couleurs, mais seuls les notres ètaient orange et portaient le nom "Aquarius": le parallèle est évident entre les actions ici et en France contre un conservatisme raciste.

Mimmo est donc en ce moment soumis aux arrets domiciliaires, et l'émotion ètait grande, pour lui et pour nous, quand la foule a longuement stationné sous sa fenetre.

Tout le monde a rejoint ensuite l'amphitheatre en plein air (trop petit ce jour là), et, après les prises de parole de personnalités nationales et régionales, un texte ècrit par Mimmo a été lu, dont suit la traduction. Il a déjà circulé en plusieurs langues sur les réseaux, mais peut-on s'en lasser ?

" Il est inutile de vous dire que j'aurais voulu etre présent au milieu de vous non seulement pour les salutations formelles mais pour quelque chose de plus, pour parler sans nécessité et obligation de devoir écrire, pour gouter cette sensation de spontanéité, pour ressentir l'émotion que les mots produisent à partir de l'ame, enfin pour vous remercier tous, un par un, avec une embrassade collective forte, avec toute l'affection dont les etres humains sont capables.

A vous tous qui etes un peuple en voyage vers un rève d'humanité, vers un lieu imaginaire de justice, mettant de coté chacun ses propres soucis quotidiens et défiant le mauvais temps, ce ciel traversé par tant de nuages sombres, les memes couleurs, la meme vague noire qui traverse les cieux de l'Europe, qui ne laisse plus apercevoir les horizons qu'on ne peut pas décrire, les sommets, les abimes, les douleurs, la croix, la cruauté d'une nouvelle barbarie fasciste.

Ici, dans cet horizon, les peuples sont là. Avec leurs souffrances, leurs luttes, leurs conquètes. A travers les petites grandes choses du quotidien, les faits croisent les évènements politiques, les problèmes cruciaux qu'on connait depuis toujours se melent aux menaces renouvelées d'expulsion, aux attentats, à la mort et à la répression.

Aujourd'hui, dans ce lieu de frontière, dans ce petit village du sud d'italie, une terre de souffrance, d'espoir et de résistance, nous vivons un jour destiné à passer à l'histoire. C'est nous l'histoire. Avec nos choix, nos convictions, nos erreurs, nos idéaux, nos espoirs de justice que personne ne pourra jamais supprimer. Un jour viendra ou il y aura plus de respect pour les droits de l'homme, plus de paix que de guerre, plus d'égalité, plus de liberté que de barbarie. Ou il n'y aura plus de personnes qui voyagent en business class et d'autres entassées comme des marchandises humaines en provenance des ports des colonies, avec les mains accrochées aux vagues dans les mers de haine.

Sur ma situation personnelle et sur mes démèlées judiciaires je n'ai pas beaucoup à ajouter par rapport à ce qui a été déja amplement raconté. Je n'ai pas de rancune ni de revendications, envers personne.

Je voudrais pourtant dire au monde qu'il n'y a rien dont je pourrais avoir honte. Je referais toujours les memes choses, celles qui ont donné sens à ma vie. Je n'oublierai pas ce fleuve puissant de solidarité. Je vous emmènerai pendant longtemps dans mon coeur. Il ne faut pas faire marche arrière, si on est unis et qu'on reste humains, nous pourrons caresser le reve de l'utopie sociale.

Je vous souhaite d'avoir le courage de rester seuls et la hardiesse de rester ensemble, avec les memes idéaux. De pouvoir etre désobéissants à chaque fois qu'on recoit des ordres qui humilient notre conscience. De mériter qu'on nous appelle des rebelles, comme ceux qui refusent d'oublier dans des époques d'amnésie obligatoire. D'etre si obstinés au point de continuer à croire, meme contre toute évidence, que ça vaut la peine d'etre des hommes et des femmes. De continuer à marcher malgré les chutes, les trahisons, les débacles, parce-que l'histoire continue, meme après nous, et quand elle dit adieu, elle est en train de dire au-revoir.

On doit se souhaiter de garder vivante la certitude qu'il est possible d'etre contemporains de tous ceux qui vivent animés par une volonté de justice et de beauté, partout ou on se retrouve, partout ou on vit, parce-que les plans de l'ame et du temps n'ont pas de frontières.

Hasta siempre. "

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