Attaque contre Charlie Hebdo : dans les Balkans, émotion et récupération

Messages de soutien, veillées solidaires et réactions politiques : de Zagreb à Istanbul, l'attaque contre Charlie Hebdo a été unanimement dénoncée... et déjà politiquement récupérée, parfois de façon nauséabonde, comme en Grèce, par le Premier ministre Samaras.

Messages de soutien, veillées solidaires et réactions politiques : de Zagreb à Istanbul, l'attaque contre Charlie Hebdo a été unanimement dénoncée... et déjà politiquement récupérée, parfois de façon nauséabonde, comme en Grèce, par le Premier ministre Samaras.

Par la rédaction

En Serbie, les médias ont fait leur « une » ce jeudi avec l'exécution des journalistes de Charlie Hebdo. Celle de Politika est particulièrement dérangeante : le quotidien évoque sur sa première page le « massacre de journalistes à cause de leurs caricatures satiriques », accompagné d'une photo de victime, mais titre également « Les Allemands ont peur des étrangers », illustrant le sujet par la photo d'un homme brandissant une pancarte Stop Islam Terreur.

Les médias satiriques en ligne comme Njuz.net et Tarzanija ont été parmi les premiers à publier des articles dénonçant l'atteinte à la liberté de la presse. Comme toujours, ce sont les réseaux sociaux qui ont été les plus réactifs, les messages de soutiens et le hashtag #JeSuisCharlie a circulé toute la journée de mercredi sur Facebook et Twitter.

A noter également, la campagne d'une jeune femme de Novi Pazar, qui entend répondre à l'attentat avec le slogan « Not in my name », une campagne qui avait déjà été populaire auprès des musulmans britanniques pour protester contre les exécutions menées par les djihadistes de l'Etat islamique en Irak et en Syrie.

Le chef du gouvernement Aleksandar Vučić et le président Tomislav Nikolić ont envoyé un télégramme de condoléances aux dirigeants français, tandis que Ivica Dačić a condamné l'attentat. Mercredi soir, un rassemblement modeste d'une cinquantaine de personnes a eu lieu devant l'ambassade de France. L'Organisation des journalistes indépendants de Serbie NUNS exprime sa solidarité avec les victimes et organise un rassemblement de soutien ce jeudi soir à 18 heures, face à l'Institut français.

En Grèce, le Premier ministre Antonis Samaras, en pleine campagne électorale, n'a pas hésité à récupérer le drame de Paris, en faisant un parallèle particulièrement douteux entre le massacre et « ceux qui, ici, encouragent encore l'immigration illégale et promettent des naturalisations ». Une attaque à l'encontre du parti de gauche Syriza et un appel du pied nauséabond en direction des électeurs du parti néonazi Aube dorée...

A Athènes, un rassemblement de soutien est prévu à 17h00 devant l'Institut français de la capitale grecque.

En Roumanie, de nombreux messages de solidarité sont parvenus à la France de la part des hommes politiques. C'est le cas de Klaus Iohannis, le président roumain, qui, après avoir exprimé « sa compassion à l'égard des familles des victimes », a assuré à la France « le soutien de la Roumanie dans la lutte contre toute forme de terrorisme et d’extrémisme ». Interviewé sur RFI, l'ancien ministre socialiste des Affaires étrangères, Mircea Geona, a insisté sur le fait « que l'on ne doit pas permettre aux forces xénophobes et racistes, qui recherchent des boucs-émissaires – hier chez les Juifs, aujourd'hui chez les musulmans – de faire l'amalgame avec la culture et la religion musulmane ».

Du côté de la presse, la rédaction d'Evenimentul Zilei a exprimé sa solidarité aux journalistes de Charlie Hebdo. En 2005, EVZ avait été la seule publication en Roumanie à avoir reproduit les caricatures du prophète Mahomet qui avait alors fait scandale dans le monde arabe. Dans Romania Libera, l'attentat de Charlie Hebdo est perçu comme « une attaque à l'égard de toute la civilisation occidentale », que l'on cherche déjà à l'expliquer par « dix ans de lâcheté de la part des politiques occidentaux face à l'islam radical, au nom du multiculturalisme ».

A l’Ambassade de France à Bucarest, un registre de condoléances a été ouvert et une minute de silence a été observée à 13 heures jeudi. En signe de deuil, l’Institut français a annulé la projection d'un film prévu ce soir.

En Turquie, Le Président turc Recep Tayyip Erdoğan a dénoncé un « crime haineux » dans un message au ton sobre à l'adresse des Français, qui contraste avec la réaction de deux de ses ministres qui ont suscité la controverse, notamment sur les réseaux sociaux. Le ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, a ainsi affirmé qu'il ne fallait pas seulement combattre le terrorisme mais également l'islamophobie. Le ministre de la Culture, Ömer Çelik, a pour sa part estimé que ce « crime contre l'humanité » ne devait pas faire oublier la « blessure » des musulmans lors de la publication de caricatures illustrant le prophète Mahomet, un rappel jugé inopportun sur les réseaux sociaux turcs.

A Istanbul, quelques dizaines de personnes ont observé une minute de silence jeudi midi devant le Consulat français. Une marche pourrait être organisée ce week-end dans la métropole turque, notamment à l'appel de petits mouvements de gauche.

En Albanie et au Kosovo, les forces politiques ont unanimement exprimé leurs condoléances et ils  condamné l'attaque terroriste. Mercredi soir, des personnalités se sont rassemblées en allumant des bougies en hommages à Charlie Hebdo à Tirana, tout comme à Pristina  face au Théâtre national. Ce jeudi, l'Association des Journalistes du Kosovo rendra hommage aux victimes en face de l'Hôtel Grand.

En Croatie, l’Association des journalistes (HND) a publié un message de soutien aux familles des victimes, tout comme le président Josipović qui a appelé les Croates à ne pas faire l'amalgame entre musulmans et terroristes.

Ce jeudi soir, un rassemblement est prévu à Zagreb, sur la place Ban Jelačić, à 19 heures.

En Bosnie-Herzégovine, l'attaque contre Charlie Hebdo n'a pas laissé indifférent l'opinion publique bosnienne. La présidence du pays a condamné l'attentat et exprimé sa solidarité au peuple français. L'association des journalistes bosniens a également publié ses condoléances aux familles des victimes. Mercredi, des citoyens de Sarajevo se sont rendus spontanément face à l'ambassade de France pour allumer des bougies. Une manifestation de soutien a également été organisée jeudi midi.

En Macédoine, le Premier ministre Nikola Gruevski a envoyé à son homologue français un télégramme pour condamner cet acte terroriste et exprimer ses condoléances au peuple français et aux familles des victimes. Les leaders du BDI, Ali Ahmeti, et du SDSM, Zoran Zaev, ont également envoyé des télégrammes de condoléances.

Dans la presse, seul Utrinski Vesnik a longuement évoqué le sujet à la une. Le Syndicat indépendant des journalistes et travailleurs des médias (SSNM) a exprimé son « choc » et son « dégoût ». Le SSNM s'est associé aux commentaires de la Fédération européenne des journalistes (FEN) qui a qualifié ce massacre d'acte barbare de la violence contre les journalistes et contre la liberté des médias. Le SSNM appelle les journalistes macédoniens à se joindre à l'hommage organisé par la Fédération.

Enfin, en Moldavie, une cinquantaine de journalistes, blogueurs et militants associatifs se sont réunis à Chișinău devant l'ambassade de France pour rendre hommage aux victimes.

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