Colloque: UE-Balkans, 20 ans à se regarder dans les yeux

En ce début d’année d’élections européennes, le Courrier des Balkans invite pendant deux jours des intellectuels, des chercheurs et des acteurs politiques des pays du sud-est de l’Europe à venir débattre autour d’un programme décliné en quatre tables rondes. À la maison de l'Europe de Paris en coopération avec la Fondation Heinrich Böll.



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Il y a 20 ans, la guerre du Kosovo s’invitait sur nos écrans tandis que le souvenir de la guerre de Bosnie-Herzégovine était encore frais. Qand les armes se sont tues, on a pu croire que les pays de l’ancienne Yougoslavie allaient enfin tourner la page de ce sanglant éclatement. Certains fixaient mêmes les plus ambitieux objectifs à la région : les Balkans avaient non seulement « vocation » à se rapprocher de l’Union européenne, mais ils allaient même se « débalkaniser », c’est-à-dire se débarrasser des travers qui seraient propres à cette région – du moins telle que l’Occident semble vouloir la voir. En plus de la « transition » vers l’économie de marché et la démocratie libérale, les Balkans devaient connaître un processus « d’européanisation », supposant une véritable transformation ontologique.

Deux décennies plus tard, le bilan est bien maigre. Les Balkans piétinent toujours à la porte de l’Union européenne. Le processus de « transition » s’est résumé à des privatisations souvent mafieuses et à un pillage généralisé des ressources publiques, tandis que les économies de la région sont cantonnées à une précaire position de périphérie manufacturière du « centre » européen. Et ce sont toujours les mêmes figures, ou les mêmes familles, qui président aux destinées de tous les pays de la région. Bien sûr, les dirigeants des Balkans sont tous formellement devenus « pro-européens » depuis le milieu des années 2000, mais leurs pratiques du pouvoir n’ont guère changé : corruption, népotisme et clientélisme restent le ciment des Etats, la justice et la presse sont sous contrôle.

Obnubilés par une « stabilité » de façade au point que certains en ont forgé le néologisme de « stabilocratie » les dirigeants européens s’accommodent de ces manquements flagrants avec les valeurs fondatrices de l’Union. Alors que la région se trouve placée sur la route internationale des migrations, les pays des Balkans n’ont-ils pour seule vocation que de garder les frontières de l’UE ? Dans ces conditions, c’est le projet européen lui-même qui non seulement s’éloigne des Balkans mais semble surtout avoir perdu sa capacité transformatrice. Tandis que la Bosnie-Herzégovine ne sort pas de l’impasse politique, on parle désormais de « corriger » certaines frontières de la région. Alors que l’UE proclame depuis deux décennies son attachement au multiculturalisme, va-t-elle finalement se rallier à la perspective de nouveaux « États ethniques » ?

Dans ce contexte délétère, les populations des Balkans partent, plus massivement que jamais depuis quelques années. Elles s’exilent, sans intention de retour, en Europe occidentale ou sur d’autres continents. Le phénomène ne concerne pas seulement les diplômés, mais toutes les forces vives de la région, qu’il s’agisse d’États membres comme la Bulgarie, la Croatie ou la Roumanie, ou de pays candidats. À quoi ressemblera donc le sud-est européen d’ici une dizaine d’années ? À une région en voie de désertification, toujours contrôlée par les mêmes oligarchies, servant de « zone tampon » aux frontières de l’Union ?

Le Courrier des Balkans est né à l’automne 1998. À l’occasion de ses vingt ans, le média de référence sur l’Europe du sud-est organise un colloque pour tenter de reprendre la réflexion sur la complexe relation entre « l’Europe » et les « Balkans ». Que reste-t-il de l’idée d’européanisation ? Où en est le projet européen dans les Balkans ? Pourquoi la dynamique du début des années 2000 s’est-elle enrayée ? En quoi les mouvements sociaux qui traversent régulièrement les Balkans interrogent-ils l’idée même d’identité européenne ? Quel avenir pour la région, redevenue, comme au début du XXe siècle, un terrain de jeu idéal pour les ambitions contraires des différentes « grandes puissances » ? De l’accord entre la Macédoine et la Grèce à l’idée de « redéfinition des frontières » entre le Kosovo et la Serbie, le temps des échanges de territoires et de populations est-il revenu ?

Rendez-vous pour deux jours d’échanges à la Maison de l’Europe de Paris
29 avenue de Villiers - 75017 Paris
M° Villiers (Ligne 2 & 3) ou Malesherbes (Ligne 3)

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