La Turquie renforce la censure d’internet

Cüneyt Özdemir / RadikalSi la censure peut apparaître à court terme comme une force, elle est le signe de l'impuissance à long terme. Touchez à la censure dans les démocraties, c'est tendre le bâton pour se faire battre.Les médias se déchaînent. Des enregistrements sont diffusés la veille au soir dans les médias sociaux avant même que les médias traditionnels publient leurs quotidiens le lendemain matin. Oui, on vit à présent une «  guerre des cassettes  » dans les médias sociaux quand vient le soir. On répand sur internet des écoutes téléphoniques, des prises de son d'ambiance, montées et assemblées.Ce que vous lisez à propos de la guerre des cassettes est déjà suranné lorsque à votre réveil, vous prenez votre journal en main le lendemain matin. C'est tout...

Internete-sansur-yasasi-geliyor_74395_387b9.png

Cüneyt Özdemir / Radikal

Si la censure peut apparaître à court terme comme une force, elle est le signe de l'impuissance à long terme. Touchez à la censure dans les démocraties, c'est tendre le bâton pour se faire battre.

Les médias se déchaînent. Des enregistrements sont diffusés la veille au soir dans les médias sociaux avant même que les médias traditionnels publient leurs quotidiens le lendemain matin. Oui, on vit à présent une «  guerre des cassettes  » dans les médias sociaux quand vient le soir. On répand sur internet des écoutes téléphoniques, des prises de son d'ambiance, montées et assemblées.

Ce que vous lisez à propos de la guerre des cassettes est déjà suranné lorsque à votre réveil, vous prenez votre journal en main le lendemain matin. C'est tout...

On peut faire le constat qu'internet va être le lieu de la lutte médiatique de ce que l'on a qualifié pour la première fois dans les colonnes de ce journal de «  guerre de perceptions  ». Bien sûr que dans un tel contexte, les pro-gouvernement utilisent leur pouvoir d'Etat jusqu'au bout. Ce faisant, on fait de l'excès de zèle et il arrive qu'on en vienne à dépasser les bornes. Il est plus que temps de s'attarder un moment sur ces dernières manifestations, du fait qu'on commence de plus en plus à les subir. En fait, personne n'avait fait grand bruit de ce qu'il était advenu au premier cas recensé qu'était le site «  yenidönem.com  » que Mehmet Baransu s'efforçait de monter. Le site de Baransu avait été soudainement fermé sans aucune décision formelle. Même Baransu n'a pas réussi à trouver de motifs juridiques. Imaginez  !

Ensuite, c'est Vagus.tv de Serdar Akinan qui a été fermé subitement. Aucune raison n'avait également été invoquée à Akinan. En plus, aucune autorisation d'entrée n'a été délivrée de la part de la sécurité à ses avocats qui s'étaient rendus au TIB (ndlr  : autorité gouvernementale des télécommunications) pour s'informer des raisons de sa fermeture. C'est-à-dire que le droit a été totalement invalidé. Le TIB a finalement envoyé l'autre jour une notification au site de T24 (de peur de frôler le ridicule) en ayant la bienveillance de demander que «  l'information relative à la question parlementaire soit retirée du site  », à la suite de l'information publiée par celui-ci sur la motion parlementaire soutenue à l'Assemblée par le député CHP Umut Oran concernant le processus du rachat de Sabah.

Quelle audace  !

On en vient jusqu'à demander la censure d'une question parlementaire déposée par un député de la Grande Assemblée de Turquie. Pourquoi  ?

Nous savons tous pourquoi. Car cette question parlementaire dévoilait clairement les allégations de corruption que le gouvernement tentait de dissimuler. Bien sûr qu'il n'y a pas de base juridique concrète pour une censure. On invoque la décision de justice pour la censure mais en Turquie aucune décision de justice n'est assez forte pour interdire toute chose qui est débattue à l'Assemblée, qui plus est lorsqu'il s'agit d'une question parlementaire. Si ce régime porte encore le nom de démocratie et que la constitution est encore en vigueur, aucune institution de l'Etat, pas même le TIB, n'aurait assez de force.

Si vous déclarez qu'une question parlementaire est risquée, cela veut dire que maintenant votre véritable objectif est devenu l'Assemblée.

Alors posons la question  : les membres affectés à la tête du TIB sont-ils au-dessus des députés élus qui composent l'Assemblée nationale  ?

Même au temps du 12 septembre, le régime répressif ne faisait pas entendre sa voix lors de la couverture de questions parlementaires à l'Assemblée. Cette application montre que la barre est descendue en-dessous même du 12 septembre.

Le TIB met de côté le droit, il agit à sa guise.

«  Les gars, écrivez donc que l'organisation parallèle a tenté un coup d'Etat  » nous assène-t-on en ce moment sous une pression qui prend de temps en temps des allures de menace à peine voilée.

Nous voulons bien prendre la peine d'écrire mais à quoi rime ce que l'on est en train de vivre  ?

Qu'allons-nous faire des tentatives de censures maladroites du TIB qui s'accroissent sur internet depuis ces derniers temps, si celui-ci utilise le droit selon son bon plaisir en invoquant la tentative de coup d'Etat de [l'Etat] parallèle  ?

Si les maîtres de l' «  Empire de la peur  » varient, leurs méthodes ne changent guère.

Heureusement que nous sommes habitués.

Vous ne pouvez pas absoudre une tentative de coup d'Etat contre la loi par une autre tentative de coup d'Etat contre la loi.

Si vous fondez sur internet comme vous le faîtes, dans un des pays qui comptent le plus d'utilisateurs d'internet au monde, vous pouvez être sûr qu'à un moment donné les masses vont éclater.

Comme cela s'est produit au parc de Gezi...

La Turquie n'est plus la Turquie d'autrefois.

Si vous tentez d'interdire internet dans ce pays, vous allez déverser les gens dans les rues et les places.

Avec la technologie d'aujourd'hui, il est impossible d'interdire la circulation de l'information en étant une main de fer dans un gant de velours.

Hosni Mubarak avait essayé de prendre le contrôle d'internet en Egypte lorsque la place Tahrir commençait à s'engorger, voilà le résultat.

Kaddafi avait essayé une méthode similaire  ; il fermait irrémédiablement internet les soirs et se ravisait en désespoir de cause les matins, voilà le résultat.

Je vais reprendre un ou deux thèmes sur lesquels j'ai déjà écrit en le soulignant une nouvelle fois.

Soyez sûr que ce sont les grandes masses populaires qui, en observant le chaos actuel, décideront de l'issue de la victoire dans la guerre entre les tenants de l'Etat parallèle, des pro-confrérie, des pro-gouvernement, de ceux-ci ou de ceux-là.

Avec internet, gagneront ceux qui mettront sous leur protection la transparence, les libertés individuelles et qui promettront leur garantie.

Si les tentatives de censure peuvent apparaître comme une force à court terme, c'est le signe de l'impuissance à long terme.

Touchez à la censure dans les démocraties, c'est tendre le bâton pour se faire battre.

Dans les «  démocraties  » bien sûr...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.