La femme maghrébine entre en scène

De “Haines de femmes” à “À mon âge je me cache encore pour fumer” en passant par “des mots pour se dire” C’est l’histoire de femmes du Maghreb que l’on entend. Si pour les deux premières, il faut bien remettre les histoires dans le contexte d’une époque, pour la troisième c’est un atelier d’écritures de femmes françaises et algériennes qui nous racontent une condition féminine d’aujourd’hui et universelle. Ces histoires montrent la résilience de femmes qui avec patience et pugnacité ont conquis leurs droits. (Voir les vidéos)

Haine de femmes, Off Avignon 2015 Haine de femmes, Off Avignon 2015
De “Haines de femmes” à “À mon âge je me cache encore pour fumer” en passant par “des mots pour se dire” C’est l’histoire de femmes du Maghreb que l’on entend. Si pour les deux premières, il faut bien remettre les histoires dans le contexte d’une époque, pour la troisième c’est un atelier d’écritures de femmes françaises et algériennes qui nous racontent une condition féminine d’aujourd’hui et universelle. Ces histoires montrent la résilience de femmes qui avec patience et pugnacité ont conquis leurs droits. (Voir les vidéos)

Mais quiconque dira à une femme qu’elle soit maghrébine ou non que le combat est achevé est bien certain de recevoir une volée de bois vert. À juste titre. Sans vouloir crier victoire, il s’agit à travers la chronologie de ces trois pièces de constater que la condition des femmes du Maghreb a progressé. Il est sans doute temps de sortir d’un misérabilisme et de l’image de la femme victime.

 

Dans ”À mon âge je me cache pour mourir”, ce sont huit comédiennes qui racontent les débats et les luttes de pouvoir entre femmes. Sous la chape d’oppression d’une Algérie des années noires, la parole se libère dans cet antre féminin qu’est le Hammam. La masseuse en chef jouée avec autorité par Julie Kapour accueille et régule ce groupe aux prises avec les contradictions d’un Maghreb en pleine mutation.  Accepter les femmes divorcées même si elles ne respectent pas leurs devoirs de femmes soumises ou s’attacher à une vision rigoriste de l’Islam pour y trouver une force et un calme intérieur. Dans ce décor aux allures d’un tableau de Delacroix et d’un orientalisme qui peut sembler un peu désuet se joue l’entraide et le soutien mutuel. L’essentiel étant de préserver une humanité confrontée à la violence masculine particulièrement exacerbée dans les années 90 dans cette ex-colonie de la France.

La Vie du #OFF15 Haine des femmmes © Avignon le OFF - Festival OFF d'Avignon (Avignon Festival & Compagnies / AF&C)
Pour “Haine des femmes”,  une femme et un homme sont sur le plateau. Pour pouvoir suivre tous les personnages, seul l’homme assume de changer d’identité. Il devient alors une tante, un avocat, une amie, un ministre, une confidente, un président. Cet homme qui prend ainsi des personnages féminins amène une empathie quasi immédiate chez le spectateur. Cette mise en scène très prenante nous conditionne pour mieux comprendre la soudaine brutalité de la la seconde partie de la pièce qui traite du crime atroce de Hassi Messaoud.

Dans la nuit du 13 juillet 2001, suite au prêche d’un Imam radical, des centaines d’hommes se dirigent vers un bidonville de cette cité pétrolière du Sahara algérien. Prés d’une cinquantaine de femmes sont violentées, trainées nu dans la rue et battues. L’épisode se renouvèle, le 17 juillet, le 23 et le 24 juillet. Ces violences sont racontés par Nadia Kaci dans son livre “Laissées pour mortes” dont s’inspire la pièce de théâtre de Mounia Boudiaf.

 Rahmouna Salah est une des survivantes et le personnage principal de la pièce. Dans la quête continue de son indépendance et du respect d’elle-même, elle est amenée à travailler pour des entreprises occidentales dans la fournaise du Sahara. Résiliente par nature et par ces amitiés, ici aussi c’est la sororité qui l’aide à survivre. La pièce raconte aussi le procès et les injonctions politiques. En 2005, la Justice et le discours dominant sont pourtant peu favorable à l’émergence d’une vérité. Il y a eu au moins un débat, un procès qui ont fait connaitre ces faits.

Quelque soit le rivage, il y a un verre à moitié vide et un verre à moitié plein. Pour le verre à moitié vide comme dans “Haines de femmes” à la Présence Pasteur à 21h35  et “À mon âge, je me cache encore pour fumer” au “Collège de la Salle” à 20h40 une vision des femmes du Maghreb en souffrance s’expose. Pour l’angle plus positif, on peut également voir une communauté de destin comme dans “Des mots pour se dire” qui se joue au Théâtre des Barriques à 22h22. Cette vision plus optimiste et plus contemporaine de la situation des Femmes n’en est pas moins critique du sexisme ambiant et de la misogynie. Ces textes issus d’atelier d’écritures entre femmes françaises et algériennes racontent la vie quotidienne où l’amour et la tendresse prennent toutes leurs places. À l’entendre, on ne fait plus la différence entre les paroles de femmes algériennes ou françaises. L’âge, les enfants, les amours, les hommes et quelquefois leur violence, les joies et même les douleurs sont racontées avec pudeur.

 De cette trajectoire à travers trois pièces sur la condition des femmes du Maghreb, on ressent les douleurs et les angoisses mais aussi une belle et tendre amitié entre femmes. Il y a des colères et des déchirements, des fêtes et des youyous. L’ensemble est à chaque fois porté par des actrices exceptionnelles. Dans les rôles de ces femmes arabes, on voit souvent des «Françaises». L’inverse est plus rare. Malheureusement de nombreux acteurs restent aux portes de rôles, parce qu’elles ne ressemblent pas au public qui les regardent. Il reste sans doute encore des frontières à effacer.

Mehdi Guiraud

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