Je ne sais pas vous, mais j'ai la désagréable sensation que s'annonce d'ores et déjà l'acte de décès du Front Populaire, comme ce fut le cas pour la Nupes auparavant ? Si c'était le cas, quelques soient les résultats au soir du 7 juillet, le divorce entre l'électorat de Gauche et les formations politiques qui en prendront la responsabilité, sera définitif. Ce matin du 4 juillet de l'An 24, j'apprends que François Ruffin, qui est en ballotage dans la Somme, a déclaré sur RTL que s'il l'emportait (ce que je lui souhaite ardemment du reste) "ma place ne sera pas dans le groupe LFI". Il a tout à fait le droit, comme d'autres, de choisir le groupe dans lequel il se sentirait le mieux. Mais une chose me chagrine, pour ne pas dire m'exaspère, me met en pétard. Face au risque d'accession au pouvoir du Rassemblement National, avant même que l'on connaisse les résultats du second tour, voilà que le bloc "Front Populaire" se lézarde ? C'est le même scénario qui a prévalu pour la Nupes. Et c'est là que je considère qu'on nous prend vraiment pour des buses. Que crois-tu donc François (je me permets de te tutoyer, je te connais depuis longtemps en ayant été un lecteur assidu de "Fakir") ? Que tu, que vous pouvez disposer à ta guise, à votre guise de nos votes ? De quel droit ? Et surtout pour quoi faire ? Je me souviens, et tu me dis si je me trompe, mais tu as défendu, et bien défendu le programme "l'Avenir en commun" jadis. Là, tu insinues que finalement il n'était pas si bon que ça ? J'avoue ma stupeur, parce que l'électorat de Gauche, dont je fais partie, a toujours voté pour un programme, pas pour X ou Y. Or, et j'attends clarification de ta part et de biens d'autres au demeurant, vous semblez constituer un autre bloc que celui du Front Populaire. Autrement dit qu'au gré de vos mésententes, de vos rapports de pouvoir, nous ne représentons pour vous, qu'une variable d'ajustement. C'est terrible, malhonnête. Je vais te raconter une histoire. Lors des précédentes élections législatives, j'apprends que le candidat de ma circonscription (la 2ème à Lyon) n'est autre que Hubert Julien Lafférière ? Ce type, ex bébé du baron Gérard Collomb, socialiste à l'époque, plie bagages rapidement pour rejoindre "La République en marche arrière" de l'alors encore jeune marquis Emmanuel Macron. Il siégera à l'Assemblée Nationale à ce titre, votant dans la discipline toutes les lois anti sociales sans état d'âme. A quelques mois des susdites législatives, il change soudain de costard, et rejoint l'une des nombreuses constellations écologistes (je ne me rappelle plus de son nom). Et trouve par je ne sais quel moyen d'être investi par la Nupes pour me représenter dans ma circonscription ? Tu peux imaginer ma colère, parce qu'à aucun moment, on ne m'a demandé mon avis. Après qu'elle se soit quelque peu apaisée (ma colère), je me suis résigné à voter pour lui (en me pinçant le nez), parce que j'ai considéré qu'il était primordial de soutenir la Nupes, et surtout son programme (pas moins de 640 propositions co-signées par tous les partis qui la composaient). Naïf que je suis. Le trio PS/PC/Ecologiste qui n'a du la sauvegarde de leurs groupes à l'Assemblée Nationale que grâce à la France Insoumise, s'empresse, une fois ré-installé sur leurs sièges, de prononcer l'acte de décès de la Nupes. En résumé, qu'il me remercie d'avoir glissé un bulletin en leur faveur, mais que dorénavant, on doit passer à autre chose ? Et qu'ainsi il m'assigne le devoir d'oublier ce pourquoi j'ai voté (la Nupes dans son ensemble et surtout son programme), en attendant le prochain round, la prochaine recomposition. Mets-toi un peu à ma place. Si la politique consiste à détruire le vendredi, ce que l'on a patiemment construit le lundi, commence pour l'électeur de Gauche que je suis, à me gratter plus que le séant.
C'est ce qui se profile de nouveau avec le "Front Populaire", je me trompe ? T'es-t-il, vous êtes-t-il venu à l'idée que je ne votais, que nous ne votions pas pour un candidat ou une candidate, mais avant tout pour un programme. A l'évidence, comme ce fut le cas pour la Nupes, vous vous en moquez éperdument. Je ne te jettes aucune pierre, tu as fait un travail conséquent dans ta région, à l'Assemblée Nationale, mais là tu rentres dans le rang. Celui qui dit en gros, qu'il n'y aucune alternative au néolibéralisme, en dehors d'une politique sociale démocrate, dont on sait, et le dernier mandat de François Hollande (qui se représente sous l'étendard Front Populaire comme si de rien n'était) l'a cruellement révélé, qu'elle ne touchera pas à un cheveux de ses principes. Qu'il n'y aura jamais de rupture franche et claire avec un dogme si puissant, qu'il faille nous résigner à le subir jusqu'à plus soif, au risque et ça ne va pas tarder que nous n'ayons plus d'eau du tout pour l'épancher. Je n'étais pas dans le secret des alcôves de la Nupes, et encore moins celui du Front Populaire, mais le spectacle que vous donnez à voir est pathétique et lamentable. Si, comme je l'interprète, vous ne me donnez comme espoir qu'un éternel recommencement de la sociale démocratie (qu'elle soit incarnée par le PS, les écologistes et même par le PC), après l'avoir réveillé (je parle de l'espoir ici) avec le Front Populaire ; alors ne soyez pas surpris qu'à très court terme, vous ne puissiez ni compter sur mon vote, ni sur une quelconque confiance que je serais tenue de vous accorder, puisqu'en seulement deux tentatives (la Nupes et le Front Populaire), vous l'aurez définitivement brisée. Pour quel monde ? L'avenir nous le dira, mais en l'occurence, le vôtre construit sans cesse sur des compromis de résignation face au néolibéralisme, n'est décidément plus le mien.