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Billet de blog 20 septembre 2025

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Les boussoles ne sont plus ce qu'elles étaient

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Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je n’arrive plus à suivre, ou presque (je vous mens délibérément). Tout se bouscule, tout s’entre choque à une telle vitesse, qu’à la longue on en perd le Nord jusqu’à oublier qu’il a un Sud. Un peu comme le fameux concept du « ni droite, ni gauche » qu’utilisa notre divin Emmanuel Jupiter lors de sa première campagne présidentielle en 2017. Ou je m’étais dit à l’époque, si donc il n’y en avait plus, de droite et de gauche, qu’on aurait un mal fou à se rendre d’un point A à un point B, sauf à considérer qu’entre temps, toutes les routes, les rues et les chemins n’aient été transformés en ligne droite. Pratiquement impossible, à moins qu’au fil du temps, l’on accepta dans sa démesure prétentieuse (« c’est notre vision, notre projet » comme le vociféra l’alors encore marquis Macron introduit en grandes pompes par ses très riches amis, le PS qui lui avait servi de marche pied, et jusqu’à séduire Médiapart entre autre), nous considérions qu’en l’état (dans toutes ses dimensions), quelques entorses puissent être admises en matière de lignes à suivre. Jusqu’au constat huit ans plus tard pour les moins attentifs (un bail, hein !), que le susdit projet, la susdite vision, se résumaient à une boussole déjà fort connue ou « ciels" qui avaient le pouvoir de décider ce qui était bon, utile et naturellement issus de droits divins, nous re fourguaient au 21ème siècle, une gamelle sans rien dedans. Et qu’il nous fasse quémander alors à nouveau de leurs bonnes grâces, qu’on puisse manger, avoir un toit, se soigner, élever nos enfants et ajouterais-je, le droit de rêver à un autre monde plus juste et plus équitable. Là, force est de se rendre à l’évidence que non seulement une nouvelle ancienne boussole tient le haut du pavé (à la pensée réactionnaire), mais que parmi les capitaines et matelots qui tentent de naviguer à contre courant, le cap à suivre pour ouvrir une autre voie s’embourbe sur le quai avant même que leurs navires n’aient remonté l’ancre. Qui nécessiterait donc qu’on s’entende sur le susdit cap, afin de lever la brume épaisse et particulièrement noire qui occupent nos cerveaux disponibles. 

Ainsi, comme l’a écrit Mathieu Dejean (Médiapart) dans son article « Avec Lecornu, le PS ne sait plus où donner de la tête » (13 septembre), l’on comprend que ce navire, jadis porte étendard de la Gauche, continue de tourner en rond dans l’océan de sa conversion au néolibéralisme. Cap jamais vraiment assumé depuis 1983 (tournant de la rigueur sous le règne de François Mitterrand) qu’il ne lui reste aujourd’hui en guise de carte boussole à nous proposer, qu’une prétention sans fin, sans aucun inventaire réalisé, que « nous avons gouverné, et pas les autres ». La belle affaire, dont le bilan est tellement désastreux et cruel pour « ceusses » qui leurs avaient accordé leur confiance, qu’à la longue, de navire amiral il soit devenu zodiaque (1,78 % obtenu par Anne Hidalgo à la présidentielle de 2022). Dix ans après l’ouragan terrible qui traversa l’hexagone, ou son candidat de l’époque à l’élection suprême (2002), Lionel Jospin fut éliminé dès le premier tour, son cap reste le même. L’on comprend sans mal alors qu’il rame comme un beau diable, dès lors qu’il navigue à vue, espérant qu’un climat plus favorable le remette sur le pont du pouvoir. Veine illusion d’autant que d’autres navires, plus armés que lui (au sens politique j’entends), l’ont déjà dépassé depuis des lustres. Les écologistes d’une part, mais aussi et surtout « La France Insoumise », dont les 22% de suffrages obtenus en 2022, toujours lors de la présidentielle, peut estimer que son cap est le bon. Ce à quoi depuis, un certain nombre pour ne pas dire un nombre certains de fabricants de cartes et de boussoles (notamment médiatiques, mais aussi intellectuel, experts en tous genres),  lui tirent continuellement à boulets rouges dessus. Pas question que ce navire prenne la mer, et si par mésaventure ça devait être le cas, qu’on le coule immédiatement sans sommation. Avis partagé par la droite, l’extrême centre, l’extrême droite, les milieux d’affaires, les médias privés comme publics, jusqu’aux propres navires qui constituaient avec lui la flotte de la Nupes tout d’abord, puis du Nouveau Front Populaire (PS, PC et écologistes). Ainsi après les élections législatives anticipées de 2024 (les navires communistes, socialistes et écologistes qui avaient touché le fond de cale à l’élection présidentielle de 2022, et qui ne durent leur renflouement que grâce à la FI), déclarèrent en grandes pompes une fois réinstallés leurs groupes respectifs à l’Assemblée Nationale, que ce partenaire ne l’était plus et que pour combattre le Roi et le porte avion du Rassemblement National (dont le pont a accueilli depuis des transfuges de droite), il était logique que chacun retourne à son port d’attaches tout en appelant illico presto à l’unité qu’ils venaient justement de sacrifier (à ce sujet, l’électorat de la gauche sociale et écologiste qui avait réussi à barrer le chemin du RN au pouvoir lors des législatives de 2024 sous emblème NFP contre toute attente, devait comprendre que leur acte citoyen, républicain, comptaient ici pour du beurre). D’après le trio PS, PC et Ecologistes, l’impossibilité de l’union serait due aux particularismes des trois sus-nommés non pris en compte par le navire pirate, la France Insoumise. Cette posture ne tient pas la route et encore moins la mer, parce qu’au moins deux d’entres eux (le PC et les Ecologistes) ont des programmes quasi similaire à la France Insoumise. Le PS étant à part, puisqu’il n’en a plus, de programme. 

Hors donc, si on écarte les soit-disants particularismes, quelle est donc la raison principale qui conduit la gauche sociale et écologiste à ne pas trouver de cap commun ? J’utilise ici à dessein la métaphore marine (sans lien avec la fille du borgne, hein !), parce que c’est incompréhensible, ou du moins peut-être qu’il y a véritablement des points de désaccords profonds qui l’en empêche. Ah ! On me glisse dans l’oreillette que c’est à cause de Jean-Luc Mélenchon. Il est de toutes les critiques, de droite, de l’extrême droite, de l’extrême centre, des médias mainstream, de ses ex amis (je pense ici à la boîte à idées nouvellement créée « L’Après »), du PS, du PC, des Ecologistes ; qualifié tour à tour de Leader Maximo, dictateur, Machiavel et jusqu’à récemment je ne sais plus par quel énervé qui l’a comparé à Goebbels le ministre de la propagande hitlérienne, rien de moins. J’avoue, et je ne prends pas le petit déjeuner avec lui et sa compagne Sophia Chikirou, qu’une telle unanimité contre lui et son mouvement est au moins aussi suspecte que le slogan du dernier meeting de François Hollande au Bourget en 2017 « mon ennemi, c’est la finance ». Dont on comprendra rapidement lorsqu’il entrera à l’Elysée qu’il n’en était bien entendu pas question, c’était une bonne blague de communicants de fin de campagne. Pour les moussaillons qu’on désigne généralement par l’électorat de Gauche, difficile pour eux de savoir alors à quelle boussole se fier. Si, comme je l’ai bien compris, celle de la France Insoumise a été exclue de la vente, restent les trois autres. Qui la main sur le coeur et la voix raisonnable chevillée aux lèvres, nous assurent que lors des prochaines échéances électorales, juré, craché, ils ne feront qu’un. D’ores et déjà pourtant peut-on lire qu’aux municipales de 2026, ils comptent déposer des listes chacun de leur côté, contredisants du coup avant même que ne se tiennent les scrutins, que leur unité n’existe pas. Autrement dit que les promesses n’engagent que ciels qui les tiennent. Je ne m’aventurerais pas, comme l’un de mes héros préférés de bande dessinée, Corto Maltese, à parier une mouette si d’aventure des élections législatives anticipées venaient à précéder les municipales. A eux trois et sans la France Insoumise, que feront-ils ? Tout d’abord parce que c’est la tradition, de se réunir entre eux pour savoir comment se partager le gâteau éventuel. On imagine volontiers qu’ici les programmes seront secondaires, et qu’ils conviendra avec force de dissuasion pour chacun d’entre eux, de tenter de tirer les marrons du feu. Combien de circonscriptions gagnables, donc des subsides étatiques à bien ranger dans leurs coffres pour faire vivre leurs mouvements, qui pour les gérer, un communiste, un socialiste, un écologiste ? Je pense ne pas me tromper, mais les réunions seront à la hauteur de ce que l’on imagine, tout sauf une union de sens et de programmes. Les moussaillons comme ciels restés à terre, peuvent donc s’attendre à rater de nouveau l’apprentissage de la gauche sociale et écologique, et invoquer je ne sais quel Dieu, que cet armada ne soit pas torpillée par le Rassemblement National. Si tel était le cas et que dans un scénario catastrophe pour eux, la France Insoumise finisse tout de même par être présente dans des duels ou triangulaires face au RN, qu’ils l’implorent de leur réserver une place sur le pont comme ils le firent durant les législatives de 2024. Je ne veux pas être taquin, j’ai milité avec des communistes, des écologistes, des insoumis (pas des socialistes, je ne les ai jamais rencontrés sur le terrain ?), mais cette boussole à géométrie variable qui nous fait tourner en rond continuellement, lasse le matelot, les moussaillons jusqu’à nous refiler définitivement le mal de mer. Et si comme je le crains, il devenait majoritaire (des taux d’abstentions records), les trois navires suscités (PS, PC et Ecologistes) d’accuser la France Insoumise qu’ils ont exclue d’un même compas, d’être responsable de leur déroute. J’espère de tout coeur me tromper, et inciter ici les capitaines et leurs équipages à bien réfléchir à ce qu’ils diront et feront dans l’avenir proche. La victoire possible de la gauche sociale et écologique ne peut être envisagée sans La France Insoumise. Quoiqu’ils pensent de JL Mélenchon et de son équipage de sauvages sectaires (comme véhiculés en permanence dans les médias mainstream), qu’ils mesurent si tant est qu’ils en aient la faculté, que ce bateau là ma foi, certes imparfait, a au moins le mérite de défendre toujours le même cap depuis sa mise à flot, à savoir sortir par le haut d’un marécage boueux où le porte avions du Rassemblement National remorque désormais celui du Roi, de le Les Républicains et d’une tripotée d’érudits convertis à la noblesse de sa légitimité. Je dis ça sans acrimonie aucune contre les communistes et les écologistes, je me répète, j’ai milité et militerai encore avec eux, mais qu’ils cessent de nous prendre pour des matelots de seconde zone. Il ne suffit pas, plus, à proférer des incantations à l’unité de la flotte de la gauche sociale et écologique, faut-il encore démontrer, par les actes, que ce n’est pas une supercherie. Dans le cas contraire, qu’ils ne s’étonnent alors pas qu’à très court terme, ils ne trouvent plus aucun matelot ni moussaillon à embarquer sur ce qui resteront de leurs navires. 

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