J’ai un peu beaucoup de mal à me résoudre à la définition de la « radicalité », tels qu’en rapportent érudits et érudites dans notre beau Royaume (y compris à Médiapart qui n’est pas, loin s’en faut, le plus mauvais des canards). D’après ce que j’entends ou lis, elle est le fruit de « ciels » de mes contemporains qui ne savent jamais se tenir à table. Ainsi par exemple ces hordes de manants de gilets jaunes qui ont eu l’outrecuidance de réclamer une plus grande justice sociale, afin qu’au quinze du mois, ils aient autre chose que du vide dans leur frigo. Ou de ces salariés victimes de plans sociaux, à qui l’on réclame de ne pas placer un mot plus haut que l’autre, considérant que leur colère devrait rester dans leur poche et qu’aux négociations rares en pareille occasion, ils conviennent de les aborder avec mesures et félicités comme c’est le cas dans le beau monde. Si par mésaventure les premiers comme les seconds ne l’entendaient pas ainsi, on les assigna alors dans la case « radicalité », non conforme aux règles des bienséances écrites et orales de surcroît imposées par ceux-la même qui en abusent (de la radicalité). Pour l’exemple, et je vous laisse le soin de deviner qui en est l’auteur, « il y a ceux qui sont tout, et ceux qui ne sont rien », « pour trouver un travail, il suffit de traverser la rue », expressions qui ne souffrent d’aucune critique quant à leurs injonctions radicales. J’ajouterai que de la radicalité à l’extrémisme, il y a un petit pas franchi allègrement par des bonimenteurs assermentés, qui estiment, que dis-je éructent qu’entre gens de bonne lignée, il ne saurait être question de s’exprimer autrement qu’avec un rince doigt. Le propos est un peu taquin, j’en conviens. Que je suis gauche.
Ainsi du « parler cru et dru », récemment et de nouveau mis en exergue dans l’article de Mathieu Dejean de Médiapart qui interviewait le professeur Xavier Vigna, spécialiste des « mondes ouvriers » (rien de moins), qui visait sans ambages Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise, qualifiés de méchants radicaux, au point que le second (le professeur) résume ce mouvement et son leader a une « posture contestataire voire gauchiste ». Tout est presque dit et redit à satiété d’une radicalité d’idées et de propos, ici assimilés à de l’outrance verbale et politique que la gauche, selon X Vigna, devrait exclure pour conquérir à nouveau les classes populaires. Lesquelles si j’ai bien compris, et notamment ciels qui n’ont plus rien dans l’assiette saisissent bien le message. On ne dit pas « j’ai faim », on dit « auriez-vous la bonté de me donner quelques miettes ». C’est plus correct. Certes, quelques miettes ne font pas un repas et encore moins un festin comme l’a dénoncé Médiapart d’ailleurs ce jour avec l’article sur la gabegie du Roi Emmanuel Macron et de l’Archiduchesse Brigitte en la matière (Voyages et diners coûteux : les comptes de l’Elysée dérapent). Dilemme cornélien parce qu’entre la morgue et le mépris du Roi et de sa Cour, et les cris des Cours des Miracles, l’on choisisse une voie médiane dans le propos, à savoir qu’il reste mesuré en toute chose. J’avoue là également que j’ai un mal fou à la traduire (cette voie médiane) parce que les mêmes esprits ouverts qui n’ont pas trouvé grand chose à dire au concept du divin du « ni droite, ni gauche » lors de son premier sacre, dont on sait désormais qu’il penchait tout à droite, voire à l’extrême droite, réactivent leurs conseils avisés à l’endroit du Nouveau Front Populaire, de ne pas réclamer la lune. Et même s’il s’y attelait, à ne surtout pas parler trop fort, respecter les usages d’une société où plus de neuf millions de ses sujets vivent sous le seuil de pauvreté, et donc auraient chez ces derniers le bon « sens », le « bon mot » de ne pas l’ouvrir de trop. Ce compromis intellectuel, c’est comme cela que je l’appelle, est aussi hors sol que de prétendre qu’un conflit ne se résout qu’avec de la tendresse. Dans ce cadre et je pose la question, où se situent la radicalité et la violence qui va avec ? Qui en sont les maîtres d’oeuvre ? Et quelle définition commune lui donne-t-on. Je ne vois pas de différence entre les saillies d’Emmanuel Jupiter et le fameux slogan de l’ex divin normal, François Hollande qui, lors de son dernier meeting de campagne présidentielle au Bourget en 2017, déclara « mon ennemi, c’est la finance », rapidement oublié lorsqu’il s’installa à l’Elysée. Tout comme j’ai encore en travers de la gorge, le vote majoritaire de son parti au congrès extraordinaire du Parlement, convoqué à Versailles en 2018 par le divin Nicolas Sarkozy (adepte du « karcher »), qui entérina le traité de Lisbonne, copie conforme du projet de traité constitutionnel européen rejeté par plus de 55% de mes concitoyens et concitoyennes en 2005. Une radicalité et une violence contre la démocratie qu’il n’est pas conseillé de rappeler, surtout à gauche, parce qu’elles sont cruellement associées aux pensées de droite. J’ai dit un gros mot, veuillez m’en excuser. Que je suis gauche !
Autrement explicité, et vous voudrez bien considérer mon billet d’un flagrant délit de radicalité dans le propos, qu’entre l’esclavagisme et la liberté, entre le néolibéralisme et une politique de rupture d’avec ses lois et principes mortifères, entre le silence et les cris ; je puisse en toute conscience préférer les seconds aux premiers. Qui ne fait pas de moi un extrémiste, un islamo-gauchiste, un éco terroriste ou que sais-je encore, mais un parmi tant d’autres qui exigent qu’on respecte mon point de vue qui défend contre vents et marées l’intérêt général contre les intérêts particuliers. Et qu’à ce titre, je considère que les idées et le programme de la France Insoumise, « l’Avenir en commun » (autrement plus louable que l’Avenir du chacun pour soi), reste l’une des portes de sorties du merdier dans lequel on vit. N’en déplaise à ciels qui n’entrevoient notre avenir qu’au seul prisme de leurs résignations, de leurs mauvaises fois, de leurs hypocrisies, à maintenir un système inégalitaire (de droite, de la gauche de droite, de l’extrême droite, de l’extrême centre) au prétexte que je serais, que nous serions radicaux ; démontrent si besoin est que nous ne vivons pas sur la même planète.