Jacques Chirac et la théorie du swag: l'épisode pilote

Âmes égarées des internets, je vous salue.

"How many bitches wanna fuck this nigga ?" Snoop Dogg "How many bitches wanna fuck this nigga ?" Snoop Dogg
Âmes égarées des internets, je vous salue. Pour cette leçon inaugurale, nous allons aborder un sujet pas racoleur pour deux sous, qui pourrait déclencher un ramdam, ou comme disent les ringards d'aujourd'hui, un buzz (#Morandini) conséquent sous les chaumières numériques de notre belle jeunesse de France (c'est-à-dire celles de leurs parents, puisque avoir un appartement pour soi relèverait désormais d'une forme de snobisme, il est  en effet bien plus commode et économique de devenir des Tanguys pour l'impératif de la compétitivité), puisque nous parlons d'un fait contemporain : la montée en puissance d'une vague de chiracmania (comme la pokémania à l'époque de tes plus belles parties de balle au prisonnier affublé de ton plus beau pull pikachu) dans les esprits.

Nous tenterons de décrypter, pour toi lecteur, et surtout toi, lectrice intriguée par ces lignes, ce fait social peu commun, voire hors du commun, qu'est l'apparente canonisation de Jacques Chirac, par la jeunesse connectée et encore vaguement politisée, au panthéon des internets. Nous formulerons l'hypothèse que loin d'être une simple admiration pour l'homme politique qu'il fut, la consécration symbolique de l'ex-président par l'octroi du caractère de swagance, définie comme la reconnaissance qu'une personne a un swag (car on l'a ou on ne l'a pas selon les contextes socio-spatiaux), reflète une forme de dépolitisation de l'imaginaire historique que va laisser dans l'histoire le gangsta du bruit et de l'odeur et du refus de l'Irak. En témoigne notamment le succès du tumblr FYJC sur les internets et les reprises qui en ont été faites dans les rédactions les plus sérieuses du pays.

Il nous faut donc commencer par un détour pour éclairer le concept de swag (et non, je te vois venir, fan de La Fouine: écrire swagg à la place de swag est une hérésie linguistique dont tu vas saisir les tenants et aboutissants quand tu auras fini de lire ce billet finement documenté s'appuyant sur des sources dont on ne saurait douter, comme Topito ou Le Point, donc continue à lire ce billet et cesse d'écouter le Patrick Bruel du pseudo-rap). Pour paraphraser un type malin, le swag, c'est comme un éléphant, ou une idéologie: personne ne sait ce que c'est mais tout le monde le reconnait IRL, autrement dit in real life pour les gens haïssant les sigles comme votre serviteur. Peut-on alors aboutir à une théorisation effective et satisfaisante du swag qui puisse rendre compte de son usage social ? Vaste chantier théorique que les critiques rangeront du côté de l'onanisme intellectuel alors que notre quête parait plus stimulante que les confessions d'un babtou fragile qui a mal tourné. Un bref détour historique s'impose pour expliquer à nos amis les personnes âgées et aux jeunes nobody comment les gens utilisent et comprennent la notion de swag. Bref, on va se taper une bonne petite socio-genèse de la notion de swag, genèse comme dans le best-seller de monsieur de Nazareth, c'est à dire qu'on va remonter à la source, comme dirait 1995 ou 199swag comme disent les mordus du mélange entre rap et saxojazzyrelou, aux origines du concept de swag tel qu'on l'entend et qu'on l'utilise entre djeunz des années 10 dans la France du général de Gaulle, de Notre-dame-des-landes et de Florian Philippot, #mondepresquetoutpourri.

Le swag, tout le monde en parle, le décerne, pense en avoir, mais qu'entend-on par là ? Enquête sur un sujet chaud comme la résistance de mon grille-pain.


In the previous episodes of Jacques Chirac and swag theory: nothing, because it's the first episode, you retarded. Mettez plutôt cette petite bande-son pour savourer l'article.

Une samba swaggy

Question à cent patates: Qui a été le premier à témoigner historiquement dans la langue de Shakespeare de l'existence du swag, qui n'est autre que l'anglais ? Ne cherchez pas trop, il s'agit du dramaturge anglais en personne, je vous le donne en mille, retenez votre souffle, Shakespeare. En quinze-cent quatre-vingt dix, il utilise le verbe "to swagger" dans Le songe d'une nuit d'été (une pièce à voir bien montée ou à défaut, à lire) pour qualifier l'activité d'une sorte de brigand des forêts qui se la raconte. Un genre de dark robin des bois, si vous voulez. Ok, hors-la-loi, mais stylé. Un peu comme Walter White. Ou les mecs de The Wire. Ou même Littlefinger. Ou tous les personnages masculins anti-héros de séries qui cartonnent dans le monde entier. Le swagger serait quelqu'un qui fanfaronne nous dit ce site qui ne prend pas suffisamment le swag au sérieux. Nous soutenons, à la différence des vues dominantes sur le swag que les femmes aussi peuvent trouver leur swag et qu'il n'est pas un attribut intrinsèquement lié à la masculinité : prouvez moi que Emma Watson, Angela Merkel ou Katniss Everdeen n'ont aucun swag et on en reparle. Shakespeare étant à l'époque, en termes de e-influence, constamment retweeté outre-manche, autrement dit il est l'ancêtre du trendsetter, un leader d'opinion, un véritable aimant à likes. Du coup, bim, son verbe commence à être utilisé par les anglophones curieux de mots stylés.

(Partisans de la thèse du complot homo-féministo-juif-franc-maçon-notarial, passez votre chemin: Swag ne veut donc pas dire secretly we are gay, qu'on pourrait traduire en français approximativement par je domine le monde en secret avec mes amis de la fistinière et nous décidons de l'avenir du capitalisme au coin de l'oreiller après l'amour.)

C'est alors qu'un beau jour, des siècles plus tard, à l'aube d'une catastrophe écologique sans précédent mais dont tout le monde se fout, (légère ellipse dans mon enquête mais wikipède n'est pas très loquace au sujet du swag, d'où le besoin pressant de connaissance sociologique sur le swag qui justifie mon article), une chanteuse nommée M.I.A plutôt très connue, coutumière des musiques agressives cheloues mais qu'on aime bien , surfant sur une vague artistique à l'oeuvre dans le mouvement hip-hop américain, décide de se fendre d'une petite chanson en feat-urine avec ses potes  : 

Une samba swaggy

En gros, elle nous dit que ouais, comme un brigand des forêts sortis de l'imagination de Shakespeare, elle s'en bat les reins, et que le plus important, tu vois, c'est d'avoir le style et de faire des gros sons avec les collègues du tiéquar. Du coup personne dans son pâté de maisons il a autant de style qu'elle et son crou. Du coup tout le monde se met à utiliser le mot swag dans le rap US, et ça donne des chansons mixant le swag à diverses plantes aromatiques qui cartonnent et deviennent mainstream. Puis des rappeurs français passant sur les ondes FM, qui écoutent évidemment ce qui se fait outre-atlantique, vont reprendre le terme de swag, pour en dériver l'adjectif swaggy et le nom de swagance ; certains iront même jusqu'à écrire swagg, mais c'est une déformation honteuse de la langue de nos amis brûleurs de pucelles d'Orléans, puisqu'il n'y a aucune raison de doubler le g dans ce genre de mot tiré de l'anglais, comme te le répétait ta prof d'anglais au nez rougi du collège qui te rendait des copies barrées de rouge et qui sentaient le cigare, parce qu'elle était probablement veuve et que jamais l'éducation lui avait donné une bourse pour aller étudier au pays du Loch Ness, du coup elle parlait anglais comme moi je ramone des cheminées, tout ça pour dire qu'elle était pas si forte que ça en angliche mais qu'elle savait ce qu'elle racontait (comme moi sauf quand la cheminée appartient à une femme d'âge assumé cherchant désespérément de l'aide).

Là on fait le bilan calmement : Swag en anglais=swag en français et c'est un mot transparent et fais pas genre ça s'écrit swagg pour parler franglish et être hype. En un mot, chercher à montrer du swagg, c'est se condamner à ne jamais trouver son swag. Quand tu pars de Shakespeare et que ça aboutit à ta petite cousine qui va faire des concours de swag pour gagner de la popularité au collège, tu te dis qu'il y a un problème, et qu'on a dû perdre un peu du sens du concept de swag en chemin, quelque part sur le bord de la route entre les platanes et les mecs de la DDE. Qu'est ce que le vrai swag, celui qui ne va pas partouzer avec l'industrie cacaculturelle (coucou les copains de NRJ12 et skyrock) ou celui que ta petite cousine cherche ? Est-ce juste un synonyme du style ou de la classe ?  Mais alors, comment retrouver le sens originel du mot swag pour en faire une définition sociologiquement utilisable que ne renierait pas les figures contemporaines de cette science humaine et sociale ? Et quel est le rapport avec Jacques Chirac et l'agnosostosie dans tout ça ?

Vous le saurez si quelqu'un manifeste le désir de connaître la suite de Jacques Chirac et la théorie du swag et a trouvé cet article-pilote swaggy. Et même si personne ne le réclame, je prétendrais que quelqu'un l'aura fait pour vous écrire la suite, mozerfuckers.

Avec l'expression de mes toasts les plus dorés,

Zegrillepain

 

 

 

 

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